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1024 692 Dominique de Villepin

La Chine et l’Europe peuvent répondre ensemble au repli protectionniste

Dans une tribune de la revue China Watch, co-publiée avec Le Figaro le 28 septembre 2018, Dominique de Villepin revient sur la nécessité, pour les puissances européenne et chinoise, de construire conjointement une alternative politique, diplomatique et commerciale à la tentation unilatéraliste des Etats-Unis.

La Chine et l’Europe peuvent répondre ensemble au repli protectionniste

 Dominique de Villepin, ancien Premier ministre de la France (2005-2017)

Où que nous regardions, le libre-échange vit des jours difficiles. Nous assistons depuis plusieurs mois à l’un des plus violents procès de l’ordre mondial contemporain qui se décline sur plusieurs fronts : critique de la mondialisation culturelle, d’abord, avec le choc des identités ; hantise de la mondialisation politique, ensuite, avec l’enrayement des institutions multilatérales (ONU, OMC, COP21) ; rejet de la mondialisation économique, enfin, dans la tentation protectionniste soufflant d’Outre-Atlantique. Sur ce dernier sujet, nombreux sont les exemples de traités régionaux et internationaux dont les heures sont comptées ou la crédibilité compromise. Les membres de ALENA sont divisés, le CETA tarde à être ratifié, le partenariat transatlantique est au point mort quand le partenariat transpacifique est structurellement affaibli par le retrait américain. Seule l’Afrique s’efforce d’aller de l’avant avec la création d’une zone de libre échange continentale (ZLEC), sous la houlette de l’Union africaine, et la renégociation des accords de Cotonou.

 Ma conviction, c’est que la stabilité de l’économie internationale est entre les mains des seules puissances capables de modérer les soubresauts de l’Amérique devenue imprévisible et impétueuse : parce que l’Union européenne et la Chine pèsent ensemble près d’un tiers du PIB planétaire, leur entente sera décisive pour infléchir la spirale destructrice que nous annoncent les replis successifs du commerce mondial.  La Chine et l’Europe sont soumis à un défi conjoint. Avant l’été, l’augmentation des droits de douane sur l’acier et l’aluminium avaient constitué l’acmé d’une séquence aux accents de guerre commerciale.

 Le 20e Sommet UE-Chine accueilli par Pékin, en juillet dernier, a ainsi permis de mettre en avant plusieurs objectifs communs. Premièrement, la Chine et l’Union européenne souhaitent répondre au risque de ralentissement en consolidant des relations économiques et commerciales qui font du premier le principal partenaire du second avec plus 570 milliards d’euros d’échanges. Deuxièmement, elles entendent réfléchir à des moyens concrets de faire collectivement face aux pressions protectionnistes des Etats-Unis qui, à défaut d’alternative, pourrait durablement assombrir les perspectives de la croissance mondiale. L’enjeu, pour chacune des parties, est d’anticiper un recul des échanges avec le partenaire américain et de compenser à long terme la baisse potentielle des exportations.  Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’au-delà d’actions purement judiciaires, à l’instar des plaintes déposées à l’OMC, l’avenir du commerce mondial doit reposer sur des initiatives concertées, combinant la confiance des peuples, l’engagement des Etats et l’implication des sociétés civiles.

 Nous avons besoin de structures et de projets adaptés à ce nouveau contexte. Sur le plan économique, la priorité est de résoudre un certain nombre d’incompréhensions ou d’angoisses mutuelles entre la Chine et l’Europe. Des deux côtés, les craintes sont légitimes. Des deux côtés, aussi, le potentiel des échanges financiers et commerciaux est un puissant levier de croissance. Je pense en particulier au projet de Nouvelle Route de la Soie auquel le Sénat a récemment consacré un rapport détaillé. Par-delà les appréhensions, ce projet d’investissement massif dans les infrastructures et les industries innovantes, telles que l’énergie, le numérique ou la santé, offrent aux entreprises chinoises et européennes l’occasion de travailler ensemble au développement de la zone eurasiatique. La Nouvelle Route de la Soie est une chance inédite d’accroître les flux financiers croisés et de favoriser des projets communs sur des marchés tiers, à commencer par le continent africain dont les besoins ne cesseront d’augmenter.

Cela suppose un pilotage commun, des priorités partagées et des garde-fous contre les risques de dérives et de concurrence.  Mais il nous faut également des lieux de discussion et de décisions collectives, au niveau national et européen, pour fluidifier les relations entre entreprises, s’assurer de la clarté des règles juridiques et nourrir la réflexion économique en matière de réciprocité, d’accès au marché public et de protection de la propriété intellectuelle. Au rang des grands sujets figurent également la stabilité financière sur la base d’un G3 entre les principales banques centrales (BCE, FED et Banque centrale de Chine) ainsi que l’urgence climatique.

 Le calendrier des mois à venir est favorable à l’impulsion d’une nouvelle politique euro-chinoise. A Bruxelles, l’imminence des élections européennes, en mai prochain, impose un débat clair et franc sur le renouvellement des relations économiques avec la Chine. A Pékin, la célébration du quarantième anniversaire des réformes de Deng Xiaoping offre un terrain propice à l’approfondissement de l’ouverture économique, dans un pays si sensible à l’histoire, aux symboles et au dialogue inscrit dans la durée. La Chine doit s’ouvrir davantage aux entreprises et aux investissements. Mais construisons d’abord les conditions d’un dialogue apaisé. 

 En France, nous pouvons nous appuyer sur des jalons majeurs de notre histoire commune, de la reconnaissance pionnière de la République populaire de Chine par le Général de Gaulle, en 1964, à la création par Jacques Chirac du partenariat stratégique global, en 2004. La nouvelle ère promue par le Président Xi Jinping pour son pays doit être l’occasion d’une nouvelle donne au sein des relations franco-chinoises et euro-chinoises dans l’esprit de la première visite à Pékin du Président Macron, en janvier dernier.

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Hommage à Kofi Annan

Kofi Annan était idéaliste et pragmatique à la fois

Dans les pages du JDD, Dominique de Villepin rend hommage à Kofi Annan, ancien Secrétaire général des Nations Unies (1997-2006), décédé le 18 août dernier. Ministre des Affaires étrangères au moment de la crise irakienne, Dominique de Villepin se souvient d’un homme volontaire, déterminé et exigeant dès lors qu’il s’agissait de promouvoir et de construire la paix.

Kofi Annan, c’était une curieuse alchimie entre un idéal de paix, de justice, de défense du multilatéralisme, des Nations unies qu’il portait plus fortement que n’importe lequel de ses prédécesseurs. Et en même temps, la détermination, le pragmatisme dans l’approche de chacun des problèmes auxquels il était confronté qui le conduisait à bousculer le système international et à refuser d’accepter le système des tout-puissants. Kofi Annan a été précurseur dans la lutte contre le terrorisme, après le 11-Septembre 2001. On avait ensemble, à un moment où la France était présidente du Conseil de sécurité, en janvier 2003, décidé d’organiser un sommet sur le terrorisme. Il s’est insurgé contre la vision réductrice d’une « guerre » contre le terrorisme. On ne peut pas régler par la force seule les grands problèmes du monde.

Dans la crise irakienne de 2003, Kofi Annan a essayé de trouver le meilleur compromis entre les Américains et la France. Je sentais une volonté d’aller le plus loin possible dans la responsabilité des Nations unies, multilatérale. Il était directement engagé dans la définition de cette méthode d’envoyer des inspecteurs sur le terrain, pour y traquer les armes de destruction massive. Il ne pouvait accepter que les États-Unis décrètent seuls que cela ne fonctionnait pas. Il était véritablement désireux d’aller au bout pour montrer que la communauté internationale n’était pas acculée à la guerre dès lors qu’elle n’était pas nécessaire. Sur ce point, il avait une très grande unité de vue avec Jacques Chirac. Après mon discours le 14 février 2003, alors que le Conseil de sécurité applaudissait, il s’est penché vers moi et m’a dit « Tu sais, ça n’est jamais arrivé ». Il avait une très haute idée de la France et de la responsabilité qui était la sienne.

Kofi Annan voulait aller le plus loin possible dans l’engagement onusien. Après ce qu’il avait vécu comme étant l’impuissance de l’ONU à Srebrenica en Bosnie puis au Rwanda et au Darfour, il ne pouvait pas accepter de rester les bras croisés face à de tels drames. C’était quelqu’un qui s’engageait, porteur d’un idéal, pas un idéal contemplatif mais celui d’un homme d’action.

Plus tard, lors de l’intervention militaire en Libye en 2011 et l’invocation de la responsabilité de protéger, je me suis retrouvé sur la même position que Kofi Annan. Dès lors qu’on sortait du cadre de cette résolution, il fallait clairement marquer son refus et il l’a fait. Cette intervention militaire a sans doute été une profonde erreur qui a, en partie, expliqué l’impuissance des Nations unies dans la crise syrienne.

1024 619 Dominique de Villepin

Attention à la surchauffe diplomatique, la France a besoin de résultats

Invité de Nicolas Demorand sur France Inter, Dominique de Villepin a défendu l’importance du dialogue et de la diplomatie multilatérale, en particulier en établissant un axe Paris-Berlin-Moscou-Pékin, apte à résoudre les crises qui menacent la sécurité mondiale. Il a rappelé l’importance d’apporter des projets neufs et concrets, afin d’unir les intérêts des différents pays.
Interrogé sur la position de la France dans la crise au Moyen-Orient, il s’est dit gêné par la continuation des ventes d’armes à des puissances belligérantes.

 

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Multipolar World Order: Opportunities & Challenges

Après une conférence donnée au 15e forum du “Dialogue of Civilizations” à Rhodes, Dominique de Villepin a ensuite participé à un débat en anglais organisé par la chaîne chinoise CGTN, sur le caractère multipolaire du monde.

 

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Rien ne serait pire qu’un retour à la junte en Birmanie

Invité de Guillaume Erner sur France Culture, Dominique de Villepin s’est exprimé sur les idées qu’il souhaiterait voir défendre par la France à  l’Assemblée générale des Nations Unies. Il a également été interrogé sur la difficulté de la communauté internationale à faire face à la crise des Rohingyas en Birmanie.