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917 532 Dominique de Villepin

Discours d’ouverture de l’Université d’été de la CGME à Casablanca

Le 29 septembre 2018, à l’invitation de la Confédération générale des entreprises marocaines (CGME), Dominique de Villepin s’est exprimé sur les principaux enjeux de la mondialisation, en particulier pour le Maroc à l’heure des grands défis du continent africain.

1024 692 Dominique de Villepin

La Chine et l’Europe peuvent répondre ensemble au repli protectionniste

Dans une tribune de la revue China Watch, co-publiée avec Le Figaro le 28 septembre 2018, Dominique de Villepin revient sur la nécessité, pour les puissances européenne et chinoise, de construire conjointement une alternative politique, diplomatique et commerciale à la tentation unilatéraliste des Etats-Unis.

La Chine et l’Europe peuvent répondre ensemble au repli protectionniste

 Dominique de Villepin, ancien Premier ministre de la France (2005-2017)

Où que nous regardions, le libre-échange vit des jours difficiles. Nous assistons depuis plusieurs mois à l’un des plus violents procès de l’ordre mondial contemporain qui se décline sur plusieurs fronts : critique de la mondialisation culturelle, d’abord, avec le choc des identités ; hantise de la mondialisation politique, ensuite, avec l’enrayement des institutions multilatérales (ONU, OMC, COP21) ; rejet de la mondialisation économique, enfin, dans la tentation protectionniste soufflant d’Outre-Atlantique. Sur ce dernier sujet, nombreux sont les exemples de traités régionaux et internationaux dont les heures sont comptées ou la crédibilité compromise. Les membres de ALENA sont divisés, le CETA tarde à être ratifié, le partenariat transatlantique est au point mort quand le partenariat transpacifique est structurellement affaibli par le retrait américain. Seule l’Afrique s’efforce d’aller de l’avant avec la création d’une zone de libre échange continentale (ZLEC), sous la houlette de l’Union africaine, et la renégociation des accords de Cotonou.

 Ma conviction, c’est que la stabilité de l’économie internationale est entre les mains des seules puissances capables de modérer les soubresauts de l’Amérique devenue imprévisible et impétueuse : parce que l’Union européenne et la Chine pèsent ensemble près d’un tiers du PIB planétaire, leur entente sera décisive pour infléchir la spirale destructrice que nous annoncent les replis successifs du commerce mondial.  La Chine et l’Europe sont soumis à un défi conjoint. Avant l’été, l’augmentation des droits de douane sur l’acier et l’aluminium avaient constitué l’acmé d’une séquence aux accents de guerre commerciale.

 Le 20e Sommet UE-Chine accueilli par Pékin, en juillet dernier, a ainsi permis de mettre en avant plusieurs objectifs communs. Premièrement, la Chine et l’Union européenne souhaitent répondre au risque de ralentissement en consolidant des relations économiques et commerciales qui font du premier le principal partenaire du second avec plus 570 milliards d’euros d’échanges. Deuxièmement, elles entendent réfléchir à des moyens concrets de faire collectivement face aux pressions protectionnistes des Etats-Unis qui, à défaut d’alternative, pourrait durablement assombrir les perspectives de la croissance mondiale. L’enjeu, pour chacune des parties, est d’anticiper un recul des échanges avec le partenaire américain et de compenser à long terme la baisse potentielle des exportations.  Qu’est-ce que cela signifie ? Qu’au-delà d’actions purement judiciaires, à l’instar des plaintes déposées à l’OMC, l’avenir du commerce mondial doit reposer sur des initiatives concertées, combinant la confiance des peuples, l’engagement des Etats et l’implication des sociétés civiles.

 Nous avons besoin de structures et de projets adaptés à ce nouveau contexte. Sur le plan économique, la priorité est de résoudre un certain nombre d’incompréhensions ou d’angoisses mutuelles entre la Chine et l’Europe. Des deux côtés, les craintes sont légitimes. Des deux côtés, aussi, le potentiel des échanges financiers et commerciaux est un puissant levier de croissance. Je pense en particulier au projet de Nouvelle Route de la Soie auquel le Sénat a récemment consacré un rapport détaillé. Par-delà les appréhensions, ce projet d’investissement massif dans les infrastructures et les industries innovantes, telles que l’énergie, le numérique ou la santé, offrent aux entreprises chinoises et européennes l’occasion de travailler ensemble au développement de la zone eurasiatique. La Nouvelle Route de la Soie est une chance inédite d’accroître les flux financiers croisés et de favoriser des projets communs sur des marchés tiers, à commencer par le continent africain dont les besoins ne cesseront d’augmenter.

Cela suppose un pilotage commun, des priorités partagées et des garde-fous contre les risques de dérives et de concurrence.  Mais il nous faut également des lieux de discussion et de décisions collectives, au niveau national et européen, pour fluidifier les relations entre entreprises, s’assurer de la clarté des règles juridiques et nourrir la réflexion économique en matière de réciprocité, d’accès au marché public et de protection de la propriété intellectuelle. Au rang des grands sujets figurent également la stabilité financière sur la base d’un G3 entre les principales banques centrales (BCE, FED et Banque centrale de Chine) ainsi que l’urgence climatique.

 Le calendrier des mois à venir est favorable à l’impulsion d’une nouvelle politique euro-chinoise. A Bruxelles, l’imminence des élections européennes, en mai prochain, impose un débat clair et franc sur le renouvellement des relations économiques avec la Chine. A Pékin, la célébration du quarantième anniversaire des réformes de Deng Xiaoping offre un terrain propice à l’approfondissement de l’ouverture économique, dans un pays si sensible à l’histoire, aux symboles et au dialogue inscrit dans la durée. La Chine doit s’ouvrir davantage aux entreprises et aux investissements. Mais construisons d’abord les conditions d’un dialogue apaisé. 

 En France, nous pouvons nous appuyer sur des jalons majeurs de notre histoire commune, de la reconnaissance pionnière de la République populaire de Chine par le Général de Gaulle, en 1964, à la création par Jacques Chirac du partenariat stratégique global, en 2004. La nouvelle ère promue par le Président Xi Jinping pour son pays doit être l’occasion d’une nouvelle donne au sein des relations franco-chinoises et euro-chinoises dans l’esprit de la première visite à Pékin du Président Macron, en janvier dernier.

710 447 Dominique de Villepin

“Entre l’UE et la Tunisie, on peut assister à une grande histoire !”

L’ancien Premier ministre français Dominique de Villepin a accordé, le vendredi 22 juin 2018, une interview à la journaliste Myriam Belkadhi durant laquelle il a mis en exergue la réussite de l’expérience de transition démocratique tunisienne.

« Depuis 55 ans la Tunisie, a toujours montré un modèle original. La constitution, l’enseignement généralisé, et là on parle de l’égalité successorale. C’est une avancée considérable et révolutionnaire. Cependant, on constate des difficultés économiques, malgré l’amélioration de certains indices, à l’instar du tourisme et de l’agriculture, cela reste insuffisant. Ainsi, nous avons des défis communs que nous devons relever. La coopération avec la Tunisie est nécessaire », a-t-il dit.

Et d’ajouter : « La Tunisie bénéficie de l’attention des pays occidentaux, grâce à son travail et sa détermination. Ça reste, aussi insuffisant. La coopération avec l’Union européenne doit s’accélérer davantage afin de garantir plus d’efficacité. Entre l’Union européenne et la Tunisie, on peut assister à une grande histoire dans la période à venir ».

Par ailleurs, il est revenu sur la crise libyenne, soulignant son impact direct sur la Tunisie. « Cependant, ça lui a permis de consolider ses acquis, notamment, par rapport à l’action au niveau des frontières ainsi que dans la lutte contre le terrorisme ».

Revenant sur la migration clandestine, il a estimé qu’il s’agit d’un véritable drame, affirmant qu’il faut trouver les bonnes solutions et un accord gagnant-gagnant. Il faut imaginer des solutions nouvelles et respectueuses. « Il y a une véritable souffrance chez les jeunes, nous devons donc travailler et agir ensemble. Capitalisons sur ce qui marche et qui marchera toujours », assure M. de Villepin. Par ailleurs, il a considéré que la Tunisie a la chance d’entretenir de bons rapports avec les pays du Maghreb, considérant que l’ouverture vers le Maghreb et l’Afrique demeure très importante pour la Tunisie. D’autre part, il a indiqué que la lutte contre le terrorisme nécessite une véritable solidarité, puisqu’actuellement, aucun pays ne peut combattre, à lui seul, ce fléau. « Le terrorisme trouve sa place au cœur des sociétés fragilisées. Il est nécessaire de conjuguer les efforts et de mettre en place une politique adaptée afin de l’éradiquer ».

1024 619 Dominique de Villepin

Attention à la surchauffe diplomatique, la France a besoin de résultats

Invité de Nicolas Demorand sur France Inter, Dominique de Villepin a défendu l’importance du dialogue et de la diplomatie multilatérale, en particulier en établissant un axe Paris-Berlin-Moscou-Pékin, apte à résoudre les crises qui menacent la sécurité mondiale. Il a rappelé l’importance d’apporter des projets neufs et concrets, afin d’unir les intérêts des différents pays.
Interrogé sur la position de la France dans la crise au Moyen-Orient, il s’est dit gêné par la continuation des ventes d’armes à des puissances belligérantes.

 

1024 413 Dominique de Villepin

La France ne doit pas être présente militairement dans la durée en Afrique

Invité de Laurence Ferrari sur CNEWS, Dominique de Villepin est revenu sur le discours d’Emmanuel Macron à Ouagadougou et sur la future diplomatie que le président français souhaite mener en Afrique.

 

1024 682 Dominique de Villepin

Nous avons besoin d’une Chine plus forte

– Présent au symposium international de groupes de réflexion portant sur les implications du 19e Congrès national du PCC pour la Chine et le monde, Dominique de Villepin a estimé que le congrès organisé en octobre dernier représente non seulement l’entrée de la Chine dans une nouvelle étape, mais ouvre aussi une nouvelle ère pour le monde –

 

« Le président Xi Jinping a clairement marqué quelle était l’ambition de la nation chinoise, qui est de défendre et d’accroître la fierté du pays en tant que nation dans le monde, et ce par l’entrée dans une nouvelle ère, l’entrée dans de nouvelles responsabilités internationales. D’autre part, il a confirmé le rôle majeur du Parti dans la défense de l’unité, de la stabilité du pays et a marqué également le souci d’accroître l’efficacité de l’Etat dans cette nouvelle période. Donc il y a là une ambition qui est clairement affirmée et qui rejoint de nombreuses préoccupations des pays européens et de la France, en particulier le soutien au multilatéralisme, le soutien à un monde ouvert, au moment où un certain nombre de risques nouveaux apparaissent liés à l’isolationnisme américain, liés aux tendances nationalistes ou sécessionnistes, dont le Brexit est un exemple. Je crois qu’il y a là donc des convergences importantes qui existent entre la volonté chinoise, dans cette nouvelle période, de concourir à la stabilité internationale, et les ambitions de l’Europe de constituer un pilier pour l’équilibre mondial », a déclaré Dominique de Villepin.

Selon lui, le fait que l’Europe et la Chine partagent des valeurs communes, comme le multilatéralisme ou la volonté d’avancer dans un monde ouvert, constitue des atouts très forts entre ces deux régions. « Je ne suis pas naïf, je vois bien qu’il y a souvent des inquiétudes et des peurs face à l’avenir. La Chine représente une très grande puissance. Un certain nombre de pays européens, de partis ou de peuples européens, s’inquiètent du risque que peut constituer cette nouvelle puissance. Mais je crois que c’est en travaillant ensemble, en développant des partenariats communs, que l’on répondra le mieux à ces peurs. C’est donc ma conviction : nous avons besoin d’une Europe plus forte, nous avons également besoin d’une Chine plus forte, qui soient capables de prendre toutes ces responsabilités sur la scène internationale », a-t-il indiqué au journaliste de China.org.cn lors d’une interview.

 

Interrogé si une Chine plus forte sera une opportunité pour l’Europe et pour le monde, Dominique de Villepin a résolument répondu « oui », tout en précisant que « dans une période où l’on voit bien que l’isolationnisme, où la tendance au nationalisme, gagnent du terrain, une Chine ouverte sur le monde, une Chine désireuse de prendre ses responsabilité, une Chine qui défend des projets ambitieux comme celui des Nouvelles Route de la Soie, est une Chine qui contribue à l’ordre mondial et à la stabilité du monde ».

L’ancien Premier ministre de l’Hexagone a également salué l’initiative de « La Ceinture et la Route », la qualifiant de projet ambitieux et global, puisqu’il est à la fois politique, économique et culturel. Selon lui, il s’agit d’abord d’un projet politique marquant la volonté d’associer les pays de l’Eurasie, en particulier les pays qui aujourd’hui connaissent le plus de difficultés, en leur permettant une nouvelle croissance par le développement de leurs infrastructures. C’est aussi un projet à forte dimension économique et technologique qui apporte des infrastructures et de nouvelles technologies, permettant la construction de routes, de ponts, d‘autoroutes et de chemins de fer. Enfin, dans ce projet, il y a une dimension culturelle importante, qui souligne la nécessité du dialogue entre l’ensemble de ces Etats si l’on veut éviter les risques du monde d’aujourd’hui, tels que le risque de l’islamisme ou le risque du terrorisme.

« On doit accepter la nécessité de travailler ensemble dans une vision coopérative. De ce point de vue, le projet des Nouvelles Routes de la Soie constitue une véritable innovation dans cette volonté de faire travailler l’ensemble des pays de cette zone », a-t-il conclu, tout en ajoutant que la coopération entre la Chine et l’Europe, qui participe également à l’initiative chinoise de « La Ceinture et la Route », a déjà porté des résultats fructueux, parmi lesquels on peut citer la participation à la Banque asiatique d’investissements pour les infrastructures (BAII), les échanges à travers le train de fret reliant Lyon à Wuhan et la coopération sino-européenne dans divers domaines concrets comme le nucléaire et la lutte contre le changement climatique.

1024 334 Dominique de Villepin

Multipolar World Order: Opportunities & Challenges

Après une conférence donnée au 15e forum du “Dialogue of Civilizations” à Rhodes, Dominique de Villepin a ensuite participé à un débat en anglais organisé par la chaîne chinoise CGTN, sur le caractère multipolaire du monde.

 

1024 504 Dominique de Villepin

Le repli identitaire risque de faire tache d’huile en Europe

Lors d’un entretien avec Marcel Mione pour l’émission “Geopolitis” sur la chaîne suisse RTS, Dominique de Villepin s’est exprimé sur divers sujets de politique internationale, du terrorisme à la Corée du Nord, en passant par la réforme de l’Union Européenne.

 

1024 679 Dominique de Villepin

Chaque peuple a la responsabilité de construire la paix

– Dans un entretien accordé au journal L’Humanité, Dominique de Villepin livre ici ses réflexions sur l’esprit guerrier qui domine notre époque et ouvre quelques pistes pour revenir à des solutions politiques et pacifiques –

Une marche pour la paix est organisée ce samedi 23 septembre, mais parler de paix et manifester pour elle a-t-il encore un sens aujourd’hui, à l’heure où l’appétit pour la guerre comme solution aux conflits politiques n’a jamais semblé aussi important ?

Oui d’autant qu’il y a urgence à la prise de conscience et la réflexion sur les enjeux de la paix. Pour beaucoup de gens, la paix demeure trop souvent le fruit d’une guerre gagnée. L’expérience, l’observation d’un certain nombre de crises internationales et l’étude de notre histoire, m’ont convaincu que la paix se construit. Il faut donc reconnaître que c’est un bien commun pour l’ensemble de la communauté internationale. Chaque peuple a une responsabilité particulière dans ce domaine, et il se trouve que nous, Français, avons une expérience singulière. Nous sommes sans doute un des pays qui a été le plus traversé par la guerre, il nous appartient donc d’en tirer un certain nombre de leçons et d’aider la communauté internationale à franchir des caps difficiles. L’Assemblée générale des Nations Unies s’ouvre cette année sur un risque d’affrontement en Corée du Nord, mais ce n’est pas, et de loin, le seul théâtre qui est susceptible de s’envenimer ; qu’on songe à la Syrie, l’Irak, au Yémen, à la Libye, à l’ensemble du Sahel… Nous devons nourrir cette réflexion, ce qui suppose de se doter de nouveaux instruments plus efficaces pour parvenir à construire la paix.

Quels pourraient être ces nouveaux instruments que vous évoquez ?

Ces instruments sont ceux qui permettent de favoriser un dialogue plus soutenu sur la scène internationale. Parmi eux, il y a bien sûr le Conseil de sécurité, et il y a aussi des formats ad-hoc de groupes d’Etats qui peuvent se réunir pour faire avancer la paix. On l’a vu par exemple dans la voie d’un règlement de la crise iranienne : l’accord signé le 14 juillet 2015 a été obtenu dans le cadre des cinq membres du Conseil de sécurité plus l’Allemagne et l’Iran. Pour la Corée du Nord, le «  groupe des six  » (les deux Corée, la Chine, la Russie, le Japon et les Etats-Unis, ndlr) s’est réuni entre 2003 et 2008 afin de faire avancer la recherche d’une solution mais malheureusement, la Corée du Nord n’a pas respecté ses engagements.

Sur ce dossier, quelle approche préconisez-vous et pensez-vous que la France puisse faire un pas vers la réduction de son propre arsenal nucléaire ?

Nous avons fait le choix d’accentuer les pressions sur Pyongyang – nous en sommes au 8ème train de sanction – mais peut-on se contenter de cette approche ? Je ne crois pas aux vertus cardinales des sanctions, d’autant plus que ces dernières seront de plus en plus difficiles à mettre en application. D’abord parce qu’il y a un certain nombre de lignes rouges pour la Chine, qui est hostile à un changement de régime comme à une réunification compte tenu des modifications que cela impliquerait sur le plan régional. Pékin refuse également la présence de troupes américaines au nord du 38ème parallèle. La sortie de ce conflit ne peut se faire que par la voie du dialogue, de la négociation. Les Etats-Unis sont réticents à l’emprunter, mais nous devons mobiliser la Chine comme la Russie qui disposent de leviers sur leur voisin. La France, qui a des relations de confiance avec les Etats-Unis et qui maintient un dialogue approfondi avec la Russie et la Chine, doit poursuivre ses efforts. La militarisation croissante de cette région constitue une autre source de préoccupation : on a vu les Etats-Unis renforcer le système THAAD en Corée du Sud, et c’est naturellement un élément d’inquiétude pour Moscou et Pékin. Est-ce que la France doit pour autant entrer dans un cycle visant à réduire sa propre dissuasion ? Cela ne peut résulter que d’une démarche globale et concertée de réduction des arsenaux respectifs, notamment dans le cadre du Traité International sur les Armes Nucléaires. Une diminution unilatérale n’aurait pas beaucoup de sens et peu d’impact. Par contre, la question de la dénucléarisation de la péninsule coréenne est urgente quand on sait que seul un armistice a été signé à la fin de la guerre de Corée en 1953, sans qu’aucun traité de paix ne soit venu l’entériner.

Les Chinois et les Russes posent dans la négociation l’arrêt des manœuvres annuelles conjointes entre les armées américaines et sud-coréennes…

Effectivement, cette proposition de double gel (arrêt des manœuvres / arrêt des essais balistiques et nucléaires) a du sens car elle permettrait d’amorcer la négociation et de poser des mesures de confiance susceptibles de changer la donne dans cette région. C’est un très bon point de départ et la France pourrait apporter son soutien à cette initiative.

Comment la France peut-elle peser dans la crise politique qui secoue le Venezuela, dans une région qui ne fait pas partie de ses zones d’influence traditionnelles ?

D’abord, il faut mesurer à quel point la situation du peuple vénézuélien s’est dégradée au cours des dernières années : le système sanitaire, social et médical s’est effondré, au risque de créer un Etat failli. Le Venezuela connaît aujourd’hui une dérive autoritaire préoccupante, marquée notamment par une répression très violente des manifestations, la mort de plus de 120 personnes et un dévoiement des institutions. A l’heure actuelle, le risque est double : celui du coup d’état militaire ou du basculement dans la guerre civile d’un pays en proie aux radicalisations idéologiques.
Comment la communauté internationale peut-elle réagir ? Il ne peut y avoir d’autre alternative que la recherche d’un compromis entre la majorité et l’opposition. Outre la médiation entamée sous l’égide de la République Dominicaine et les démarches menées par les pays latino-américains qui ont la confiance de l’opposition, il y a Cuba, qui exerce de facto une influence forte au Venezuela. Et puis il y a quelques pays européens qui ont des leviers pour agir : l’Espagne, le Portugal, la Grèce, mais aussi l’Italie et la France. Si le président de la République a reçu récemment le chef de l’opposition à Paris et a qualifié le régime de Nicolas Maduro de dictature, le ministre des Affaires étrangères a dans le même temps reçu son homologue vénézuélien : la voix de la France compte dans cette région. Le plus urgent selon moi, c’est de prendre en compte la situation humanitaire de ce pays et d’éviter les interférences des Etats-Unis. Pour avoir vécu là-bas, je sais à quel point l’ombre américaine pèse sur la psychologie et les mentalités au Venezuela.

Lorsque vous étiez ministre des Affaires étrangères, au moment de la guerre en Irak, les néoconservateurs étaient au sommet de leur influence aux Etats-Unis, et vous avez à de nombreuses reprises dénoncé la persistance de ce courant en France. Comment le définiriez-vous, et avez-vous joué un rôle dans la prise de distance publique d’Emmanuel Macron vis-à-vis du néoconservatisme ?

Un néoconservateur ? C’est quelqu’un qui privilégie l’intervention militaire pour le règlement des crises, pensant que par l’outil militaire on peut trouver une solution à tous les problèmes, le meilleur exemple étant celui de l’Irak, ou plus récemment, celui de la Libye. Je n’ai jamais cessé de plaider pour que la France reste fidèle à elle-même et à sa vocation, qui est d’exercer partout où cela est possible sa médiation, parler à tout le monde, et je suis heureux que notre diplomatie emprunte cette voie. Est-ce que j’ai contribué à faire évoluer les mentalités ? Je l’espère, mais je suis inquiet quand je vois la multiplication des opérations et des escalades militaires à travers le monde. Le néoconservatisme mute, sous l’effet du principe d’incertitude créé par Donald Trump, vers un retour aux affrontements nationalistes.

Peut-on parler de paix sans justice ? Les dirigeants africains s’indignent à juste titre d’être les seuls à fréquenter les couloirs de la Cour pénale internationale. Faut-il promouvoir l’idée que les responsables occidentaux de conflits meurtriers doivent également rendre des comptes, y compris sur le dossier irakien ?

L’exigence de justice est absolue et indispensable si on veut construire un ordre international meilleur. La justice doit être la même pour tous, avec les mêmes standards et les mêmes procédures. Il faut ainsi obtenir une adhésion réellement universelle au traité de Rome. Il faut ensuite une justice au service de la paix, car vouloir la justice trop tôt, trop vite, c’est parfois faire obstacle à la paix. Cela nécessite sans doute une meilleure coordination entre la CPI et le Secrétaire général de l’ONU.

21 septembre 2017, L’Humanité

1024 682 Dominique de Villepin

Rien ne serait pire qu’un retour à la junte en Birmanie

Invité de Guillaume Erner sur France Culture, Dominique de Villepin s’est exprimé sur les idées qu’il souhaiterait voir défendre par la France à  l’Assemblée générale des Nations Unies. Il a également été interrogé sur la difficulté de la communauté internationale à faire face à la crise des Rohingyas en Birmanie.