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"Salauds de pauvres" (Coluche)

Lorsque je vois le débat dans lequel se lance l’UMP sur le RSA, je ne peux rester sans réagir. Certes, je me réjouis que le débat soit lancé et mes propositions ne sont sans doute pas tout à fait étrangères à cet empressement. Mais l’UMP ressemble de plus en plus à ce parti dont on pouvait dire qu’il pose les bonnes questions mais qu’il apporte les fausses solutions. C’est vrai la ficelle est un peu grosse quand on s’évertue à monter les petits contre plus petits qu’eux pour éviter les embrasements.

Mais cela ne doit pas aveugler sur le besoin de répondre aux vrais problèmes. Les Français sont-ils hostiles à ceux qui souffrent ? Non. Les Français sont-ils hostiles à l’assistanat ? Oui. La vraie question, c’est pourquoi ?

Parce que notre système d’aides est une machine à jalousies. Chacun se demande ce que touche son voisin et pour quels efforts. On ne veut pas tant aller mieux que d’être sûr que le voisin ne va pas mieux que soi. Avec des dizaines d’allocations et de minima sociaux, une chatte n’y retrouverait pas ses petits.

Parce que c’est une machine à désespérer. Ceux qui reçoivent les aides sociales se sentent maintenus dans une survie sans perspectives réelles. L’inactivité qu’on leur reproche, ils la subissent, car ils n’ont presque aucune chance, les études le montrent, d’accéder à un vrai emploi avec un tel niveau de chômage. Ils sont les derniers dans la file d’attente et ils le savent.

Parce que c’est une machine à perdre. Les minima sociaux sont maintenus d’autant plus bas qu’on laisse stagner les bas salaires de ceux qui travaillent. Quel en est le résultat ? Une incapacité à subvenir aux coûts d’une réelle réinsertion – les transports dans les zones rurales par exemple.

Alors le travail forcé est-il une solution ? Non parce que la réalité de la plupart des allocataires, ce n’est pas l’oisiveté volontaire. Ce sont souvent des mères seules, qui jonglent avec le quotidien et sont au bord de la rupture sociale.  C’est d’autant moins une solution que cela fait du travail non pas une chance d’insertion mais une sorte de punition. Cela mènerait au contraire de l’effet escompté.

La solution c’est la dignité. Et c’est pour cela que depuis plusieurs mois maintenant je défends la création d’un revenu citoyen et d’un service citoyen. Les deux participent à cette dignité.

Le revenu citoyen de 850 euros pour tous les Français sans revenu parce qu’il permet une vie digne que le RSA ne permet pas. Contrairement aux idées reçues, nos minima sociaux ne sont pas élevés par rapport à nos voisins, ils sont inférieurs à ceux d’Irlande, de Grande Bretagne ou du Danemark.

Le service citoyen parce qu’il permet aux gens qui touchent le revenu citoyen – mais aussi à tous les autres- de trouver un cadre pour un projet qui contribue au bien public – travailler pour une association, pour une commune ou pour des missions de proximité des services publics comme du soutien scolaire ou de l’aide aux personnes en difficulté.

Qu’est-ce que cela change par rapport à une augmentation des minima sociaux ? Cela change tout. Parce que c’est un choix volontaire, pas une activité forcée. Et c’est un vrai revenu qui rémunère une activité qui peut mener plus tard à l’emploi. Ceux qui refuseront de s’engager dans une telle activité doivent en rester libres, mais alors ils ne percevront pas le revenu citoyen, mais un minimum de solidarité au niveau des minima actuels. Et ceux qui travailleront auront toujours plus de revenu que ceux qui ne travaillent pas ou travaillent moins.

Soyons concrets, parce que la réalité de la pauvreté, n’en déplaise aux hiérarques de l’UMP, ce n’est pas un sigle, mais mille visages :

Un étudiant de famille modeste, au lieu de devoir travailler pour financer des études et, à cause de cela, les réussir moins bien, pourra s’y consacrer grâce à ce revenu citoyen, car étudier, c’est servir l’intérêt général.

Une femme d’agriculteur qui aide son mari dans l’exploitation agricole mais qui ne peut pas se verser de salaire pourra recevoir le revenu de citoyenneté, car travailler aussi durement, tout le monde doit en convenir, c’est contribuer à l’intérêt général.

Permettre à une mère seule qui élève des enfants qui ne vont pas encore à l’école de leur donner plus de stabilité et plus de perspectives grâce au revenu citoyen, c’est moins de chances gâchées, moins d’échec scolaire et moins de risque de délinquance, n’est-ce pas servir l’intérêt général.

Un SDF aujourd’hui en train de sortir de la rue pourra parrainer d’autres SDF et les aider à s’en sortir, comme cela existe dans certaines associations aujourd’hui, et recevoir le revenu citoyen, car sortir les gens de la rue, c’est servir l’intérêt général.

Un retraité au minimum vieillesse doit recevoir le revenu citoyen lui aussi, car l’engagement d’une vie cela a aussi servi l’intérêt général.

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De l’aveuglement des voyeurs

Tout d’abord, merci à tous ceux qui ont lu ce blog au cours de ses premiers jours d’existence et qui m’ont témoigné leur soutien ou leurs conseils à travers leurs nombreux commentaires. Je veux croire que c’est un signe sur la possibilité d’un réveil des consciences citoyennes.

La journée d’aujourd’hui est attendue, annoncée, espérée et crainte. Enfin, un nouveau rendez-vous pour le grand déballage. Tout cela pour quoi ? Pour quatre minutes d’audience.

On repassera à satiété d’heure en heure, de quart d’heure en quart d’heure sur certaines radios et télés les mêmes non-informations : qu’a-t-il dit ? De quoi avait-il l’air ? Que pensait-il ? Nous sommes sous le choc ou plutôt nous encaissons les coups, avec il faut le dire une sorte de jouissance malsaine. Notre vie nationale cahote de choc en choc. La France trébuche, s’affaissant en laissant libre cours à la rumeur, au fantasme et au commentaire.

Nous croyons être spectateurs d’une tragédie pleine de morale et nous ne sommes que des tricoteuses attendant que l’échafaud soit dressé. Il y a là pour moi quelque chose d’écœurant et qui plus est une terrible régression démocratique.

A qui la faute ? A chacun d’entre nous il faut bien le dire.

A la classe politique qui a pu donner le sentiment que tout lui est permis et que tout peut être caché, ouvrant grand les vannes entre vie publique et vie privée.

Aux journalistes soumis à la tentation d’une alléchante affaire. Au lieu, au préalable, de trier suivant l’importance, de vérifier des faits et de les rendre intelligibles – les trois missions de service public inhérentes au journalisme- on met à présent tout sur la table et que chacun se serve au buffet à volonté.

A tous les citoyens, enfin,

qui en demandent et en redemandent – à travers les fils d’actualité en direct, les radios et télés en continu, les couvertures de magazine. Le voyeurisme est partout. Il ne mène nulle part.

Un fait divers n’est qu’un fait divers. Il ne peut remplacer la politique. C’est pourquoi nous devons dire non au voyeurisme, non au spectacle, non à la mise en scène pour choisir la politique qui élève, construite sur la hauteur et non la vulgarité, sur la raison et non les émotions éphémères, sur les principes et non les opinions.

Le vrai danger est d’une tout autre nature. Tournons nos regards ailleurs au lieu de contempler toujours le nombril de nos scandales. Le monde ne s’est pas arrêté de tourner parce qu’il va y avoir une audience préliminaire à New-York. Regardons au Portugal. L’alternance a triomphé aux élections générales. La droite l’a emporté sur la gauche, Coelho sur Socrates. C’est sans doute que le changement est là, dans un pays durement affecté par la crise de la dette ? Non, c’est le désenchantement, une alternance sans alternative et un désintérêt de toute une jeunesse qui rejette désormais en bloc toute la classe politique, faute de parole audible.

Là nous avons des leçons à retenir, car c’est exactement ce à quoi aboutira l’élection de 2012 si nous continuons sur cette pente molle.

Nous devons percer la surface et aller au fond du problème. Qu’est-ce qui rend possible cette coupure entre le peuple et les élites ? Qu’est-ce qui crée tant de ressentiments ? Une seule chose en vérité,

l’inégalité réelle entre les Français, entre ceux qui choisissent la mondialisation et ceux qui la subissent.

Il y a trois terrains sur lesquels se joue la bataille pour redevenir un peuple uni. La bataille de l’école tout d’abord, parce que c’est là que se joue notre avenir. Elle est aujourd’hui à la fois injuste et inefficace. Il faut qu’elle offre des perspectives à chacun et la capacité d’être citoyen.

C’est pourquoi je propose une refondation de l’école républicaine, avec une scolarité qui commence à 3 ans et une formation sanctionnée par une qualification à 18 ans.

La bataille du pouvoir d’achat ensuite, car nous ne pouvons accepter que l’écart entre les bas salaires et les rémunérations les plus élevées se creuse de plus en plus. Voilà pourquoi je propose de relever les salaires nets et d’augmenter l’emploi par une TVA environnementale et sociale.

La bataille du travail enfin, car nous ne pouvons accepter l’érosion de l’emploi industriel depuis une décennie, avec un million d’emplois perdus. Nous devons nous redonner des bases économiques fortes, en jouant sur l’initiative verte et sur l’excellence de nos filières. Voilà pourquoi je propose un Conseil National Stratégique capable de créer des pistes de long terme pour l’économie française.

La triste affaire qui tourne en rond sur nos écrans comme un poisson rouge dans son bocal est pour moi un appel au sursaut. Et si nous éteignions un instant nos téléviseurs pour penser par nous-mêmes ?

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Grand Jury RTL/LCI/LE FIGARO

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La politique est morte. Vive la politique.

Que se passe-t-il ? Quel est cet étrange pourrissement que traverse la vie politique française. Affaires successives, Woerth-Bettencourt, Mediator, DSK, stigmatisations en tous genres, abstention, montée des populismes : ne sous-estimons pas la puissance des coups de boutoir qui enfoncent un peu plus, chaque jour, la politique française.

Ce qui se passe est en réalité paradoxal.

D’un côté, nous avons le pays officiel qui continue de se fissurer et de se lézarder. L’enquête judiciaire de New York nous a plongés dans une course folle à la repentance et à la haine de soi. Tous coupables ! Les journalistes, de ne pas avoir mis sur la place publique ce qu’ils savaient et dont la révélation aurait pu éviter un drame… mais que savaient-ils ? Les Français, car le viol serait le prolongement naturel d’une culture de la gauloiserie et de la séduction… mais où est le lien ? Où est la cohérence ? Ce pays ne se réduirait qu’à la seule surface des choses, là où se coagulent les égoïsmes, les haines, les intérêts. C’est cette croûte qui cache la vérité de notre pays.

Sous cette surface, il y a la vérité de notre pays. Cette vérité, c’est la crispation des élites sur leurs privilèges, sur leur reproduction, sur la conservation d’un entre-soi strict, aboutissement d’un processus de découplage entre la nouvelle aristocratie et le peuple, qui a plus de trente ans déjà. Cette vérité, c’est la victoire des lobbies en tous genres, des puissances organisées, comme c’est tout particulièrement le cas, en ce moment, de l’industrie pharmaceutique ou nucléaire.

De l’autre côté, dans l’ombre, sous la surface médiatique et politique, le pays réel bouillonne. Les souffrances et les difficultés sont là. Ceux qui les vivent au quotidien, qui ne se contentent pas de les découvrir dans les journaux, savent par exemple que l’école ne tient plus ses promesses d’égalité des chances, que la police ne parvient pas à maintenir l’ordre nécessaire, que les entreprises ne réussissent pas à garnir assez leurs carnets de commandes pour embaucher. Mais ils savent aussi ce que les journalistes et les hommes politiques ne savent pas encore. Que sous cette coquille craquelée, une nouvelle politique est prête à éclore. Qu’il existe des engagements concrets, des solidarités pragmatiques et au jour le jour. Qu’il y a la mobilisation de la jeunesse, même éphémère, à travers les réseaux sociaux. Que se multiplient les initiatives et les idées neuves de la dernière décennie, apportant des solutions locales avant de se présenter au grand jour : le commerce équitable et le microcrédit ont été de celles-là, l’économie sociale et solidaire également. Il y a également l’expérience commune, par delà des frontières, d’une mondialisation qui n’est pas seulement une menace mais aussi une histoire partagée – en Europe par les jeunesses de Grèce, d’Italie, du Portugal ou d’Espagne, dans le Bassin méditerranéen avec le Printemps des Peuples arabes-. Un espoir est en train de lever. « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve » dit Hölderlin dans un vers célèbre. Plus nous semblons descendre aux enfers de la politique sclérosée, plus nous tendons le ressort de la nouveauté.

Le renouveau est déjà là, mais il est encore fragile, incertain.

Nous avons en effet à craindre en 2011 et 2012 la décomposition finale de la politique avec un petit « p ». Il faut le reconnaître, elle peut tuer les nouveaux ferments, comme une maladie infantile.

Cette petite politique, elle prend d’abord le visage du populisme, qui est la décomposition chimique de la souveraineté du peuple et sa transformation en une passion aveugle des foules, les haines, les peurs, les rages accumulées dans la frustration.

C’est aussi la « peoplisation » de la vie politique, qui est la dégénérescence de la croyance aux hommes providentiels en un vedettariat superficiel, d’autant plus impuissant qu’il est figé sur le papier glacé, où l’on guette les failles personnelles.

C’est enfin la politique partisane qui est la dégradation du débat démocratique en un jeu d’écuries et d’appareils, où les idées n’ont plus leur place.

C’est pourquoi nous devons protéger la croissance des germes nouveaux qui apparaissent, et qui rendent possible une nouvelle politique avec un grand « P ». C’est notre responsabilité aujourd’hui.

Qu’est ce que la politique devrait-être aujourd’hui ? La politique doit être un projet, pour la France et pour les Français en cherchant un changement réel capable de surmonter les déceptions accumulées depuis 1981 pour redonner du crédit à la parole politique.

Elle a aussi le visage de la participation, car il n’est pas de politique durable et efficace sans l’engagement au quotidien de tous les citoyens pour la solidarité.

Elle s’appelle enfin progrès, car toute la République est construite sur l’idée qu’il reste toujours de nouveaux horizons à conquérir. Et aujourd’hui, ces horizons ce sont ceux de la justice sociale, d’un autre modèle économique fondé sur la sobriété, l’innovation et l’activité de tous.

Je crois à la nécessité d’un réveil citoyen qui rende cette éclosion possible. Rien ne se fera sans eux. Rien ne se fera sans vous. Je veux en tirer les conséquences pour moi même et pour mon action. On ne peut plus agir aujourd’hui en politique comme on le faisait encore hier. Il faut assumer l’audace et le courage.

C’est ce que je veux faire à travers mes propositions en mettant en leur cœur la nécessité de redonner toute sa place au grand mot de citoyen : il faut un statut du citoyen mentionnant ses droits et ses devoirs, un revenu citoyen garantissant la dignité et la justice pour tous, un service citoyen ouvert à tous et obligatoire pour les jeunes afin de créer de vraies solidarités.

C’est ce que je veux faire en prenant la parole, sans relâche ici, sur ce blog, pour défendre mes idées et mes convictions, comme tout autre citoyen dans notre pays. Je ne crois pas à « l’abracadabra technologique », c’est-à-dire à l’idée que les réseaux sociaux, l’internet 2.0. ou l’e-démocratie soient des solutions miracles. Je ne confonds pas les moyens et les fins, tout simplement. Mais je crois que ces nouveaux médias constituent un outil puissant, un levier formidable pour tous ceux qui croient encore aux idées.

Ce à quoi je veux m’engager aujourd’hui, devant vous, c’est à aller, encore et toujours, jusqu’au bout de mes idées.

150 150 Dominique de Villepin

Cher Nicolas,

Je suis inquiet. C’est la raison pour laquelle je vous écris. Ces derniers mois, vous m’avez demandé plusieurs fois de venir vous voir pour connaître mon opinion. C’est toujours un peu compliqué, avec toutes ces caméras et tous ces micros, avec les arrière-pensées des commentateurs. Dans l’urgence où se trouve la France, je préfère écrire directement.L’état de  stupeur et de sidération dans lequel s’enfonce la France m’inquiète et je ne vous entends pas. La France a besoin aujourd’hui d’une parole présidentielle, d’une parole qui dépasse les enjeux partisans, qui nous extirpe du fait divers pour parler à la nation tout entière. 

Mais que dire ? Faites simple. Allez à l’essentiel. Touchez les cœurs et réveillez les esprits. Il s’agit de rassurer, d’expliquer, de fixer un cap. Dire que l’avalanche des suspicions et des faits divers est un brouillard dans lequel nous perdons de vue la politique elle-même. Dire que la politique vaut mieux que tout cela, que la France vaut mieux que tout cela. Dire que l’émotion n’a jamais fait une bonne politique et qu’il reste toujours une place pour la raison. Que l’heure est au rassemblement, dans la hauteur et la dignité, de tous ceux qui ont une haute idée, de la France, de la République et du service de l’Etat.

Quand j’ai vu les jeunes « indignés » sur la place de la Bastille, je me suis mis à imaginer un président qui irait les voir.  Je me suis pris à imaginer un président qui irait à la rencontre de la foule, qui monte sur le socle de la colonne de Juillet pour discuter. J’ai des souvenirs de Chirac qui sont de cet ordre là, Chirac dans nos campagnes comme à Ramallah ou à Oran, par exemple. Des souvenirs aussi de Mitterrand se rendant dans une modeste mairie. C’est aussi De Gaulle et son extraordinaire capacité à prendre les foules au sérieux, de discours en discours.

Car voilà le vrai défi pour un président, comment faire tomber les décors de carton-pâte qu’on dresse et qu’on dressera toujours sur son chemin ? Parce que c’est l’esprit même de la cour de masquer les réalités. Comment bousculer les habitudes pour renouer le fil perdu avec le pays ? En 2007, vous avez su faire lever un espoir pour beaucoup de Français. Il est temps de retourner dans le pays pour mesurer les attentes et affronter courageusement les déceptions. C’est cela l’honneur de la République. Je mesure ce que cela exige d’efforts, de courage et de volonté.

Le défi aujourd’hui est plus grand encore. Nous avons à enrayer l’affaissement de notre pays, cette humiliation répétée sur la scène internationale, cette propension à la haine de soi qui nous mène aux fausses repentances et à une sorte de jouissance suicidaire. Il n’y a pas de demi-affaissement ou de demi-sursaut. Il y a aujourd’hui un choix à faire, pour chaque homme, pour chaque citoyen, pour chaque responsable politique. Il vous revient, en vertu de la légitimité du suffrage, d’ouvrir la voie pour que 2012 ne soit pas la lutte partisane des ressentiments et des dénonciations, mais un débat serein sur l’avenir de la France.

Saluts républicains,

Dominique de VILLEPIN

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C Politique (France 5)

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Intervention sur le nucléaire – Cub de l’Europe Bruxelles

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Conférence de Presse au Centre d’Accueil de la Presse Etrangère (Février 2011)

Devant le mouvement des peuples arabes, je veux d’abord dire ce matin mon émotion dans un moment qui nous réjouit et nous rassemble. L’Histoire, grâce à ces hommes et ces femmes de Tunis et du Caire, grâce à ces jeunes, est à nouveau en marche. Ils se sont levés pour dire non à la résignation, non à la fatalité.

Je sais qu’au Maghreb, au Moyen Orient, partout dans le monde, on a espéré des paroles fortes et des gestes forts de la part de la France et de l’Europe.

Soyons au rendez-vous, nous tous, citoyens de France et d’Europe, pour saluer cet événement. Car la Méditerranée est notre mer commune. Nous partageons une longue histoire et une grande amitié. Tous les Français de Tunisie et d’Egypte le savent, comme le savent tous les Tunisiens et les Egyptiens de France. Je ne l’oublie pas, moi qui suis né à Rabat.

Nous avons besoin d’une voix et d’une conscience. Pour dire le sentiment de fraternité qui est le nôtre. Pour dire notre sentiment de fierté devant le sursaut d’une jeunesse à travers les visages de Mohamed Bouazizi, immolé en Tunisie, de Khaled Saïd, torturé à mort en Egypte, sans oublier la figure de cette jeune fille, Neda Agha-Soltan, assassinée en Iran.

Nous ne pouvons pas rester silencieux et immobiles sur notre rive de l’Histoire. A l’heure de l’internet, comment ne serions-nous pas fiers de ce mot d’ordre des Gavroches arabes : « dégage », dans cette langue française, qui a porté à travers le monde le rêve de Victor Hugo ?

Que s’est-il passé en Egypte et en Tunisie ? Que se passe-t-il dans le monde arabe, en Jordanie, au Yémen, en Libye, en Algérie, au Bahreïn, et au-delà en Iran ?

Les peuples égyptien et tunisien se sont libérés par eux-mêmes. Ils se sont libérés sans violence. Ils se sont libérés avec, pour seule arme, leur dignité nue. Et en se libérant, ils nous ont libérés de nos peurs et de nos aveuglements. Ils ont fait surgir de nouveaux espoirs après des décennies d’immobilisme. Le monde arabe n’était vu qu’à travers le danger du terrorisme, de l’islamisme ou du pétrole.

Chacun le sait aujourd’hui. Il n’y a pas d’exception arabe qui rendrait le monde arabe incompatible avec la démocratie, avec la liberté. Il n’y a pas à imposer la démocratie par la force aux peuples arabes au prétexte qu’ils seraient incapables de le faire par eux-mêmes. Les peuples ont pris la parole. Ils ont pris en main leur destin, de façon pacifique. Ils sont désormais aux avant-postes de valeurs universelles que nous partageons avec eux. Ils ont mis fin à une malédiction qui pesait sur eux. Et ce qui semblait impossible est soudain devenu possible. Une jeunesse condamnée à tenir les murs s’est éveillée pour les briser et sortir de son enfermement.

Ce moment unique nous le partageons avec le monde entier.

J’ai combattu l’administration Bush dans son intervention militaire en Irak. J’ai dénoncé le cercle vicieux de sa vision néoconservatrice du Grand Moyen Orient. Je veux saluer aujourd’hui la lucidité du président Obama. Bousculant son Administration et le jeu des intérêts, il a su tenir le discours que tout le monde attendait d’une grande démocratie, un langage d’humanité. Il a su exprimer un message et une volonté dans lesquels nous pouvons nous retrouver, celui de la fraternité des peuples libres.

Prenons conscience les uns et les autres de l’importance de ce moment. C’est la chance qui nous est offerte de construire un avenir commun. C’est pour nous, Européens, l’égal du printemps des Peuples de 1989. Nous avons su saisir la chance d’une réunification européenne. Nous devons saisir aujourd’hui la chance d’une réconciliation des deux rives de la Méditerranée.

Il y a eu, depuis cinquante ans, une accumulation de rancœurs nées de la colonisation, de peurs nées de l’islamisme et, de part et d’autre, de malentendus liés à l’immigration. Autant de barrières à travers cette mer commune, devenues aussi infranchissables que le rideau de fer. Pour les faire tomber, nous avons d’abord un travail à accomplir sur nous-mêmes. Nous avons ensuite à faire notre part du chemin. L’Europe des peurs doit céder la place à l’Europe des peuples. Nous devons être fidèles à notre mission, à nos valeurs et refuser les logiques de statu quo, toujours synonymes d’injustice.

Notre première responsabilité, c’est d’encourager la démocratie. Nous pouvons faire partager les savoir-faire de l’Europe en encourageant le dialogue, en soutenant l’Etat de droit et le multipartisme dans des pays où ceux-ci sont encore par définition fragiles.

Notre deuxième responsabilité, c’est d’accompagner le développement. Face au chômage des jeunes, face à la vie chère, nous pouvons aider les pays arabes à trouver leur équilibre et le chemin du progrès social. Un effort est nécessaire, à la hauteur de ce qui a été entrepris en 1989 en direction de l’Europe de l’Est avec la création de la Banque Européenne de Reconstruction et de Développement. Nous devons dès maintenant créer une Banque de la Méditerranée pour financer des grands projets d’infrastructure, soutenir l’emploi dans les PME locales. Nous devons offrir des formations adéquates et renforcer les accords universitaires. Nous devons surtout inventer un nouveau statut d’association avec ces pays en transition afin de les arrimer à l’Europe et constituer en étroit partenariat avec eux un véritable pôle paneuropéen de prospérité et de sécurité à la hauteur des défis mondiaux. Cela suppose aussi de promouvoir et d’encourager les efforts d’intégration régionale au Proche et au Moyen Orient comme au Maghreb dont le blocage bride les économies et attise les haines.

Notre troisième responsabilité, c’est de favoriser la paix. Avec la démocratisation, il y a une nouvelle donne, une chance à saisir qui doit nous encourager à relancer dès maintenant les négociations entre Israéliens et Palestiniens. L’absence d’Etat palestinien est source d’un immense sentiment d’injustice. La peur de l’islamisme ne peut justifier le statu quo face à la démocratisation. La paix a une chance partout dans le monde arabe aujourd’hui, au Proche Orient, au Sahara Occidental, avec l’Iran demain peut-être.

Oui, c’est vrai, c’est un chemin difficile qui commence, un chemin semé d’embûches.

Les risques sont multiples, je ne les oublie pas. Il y a l’islamisme certes. On prie sur la place Tahrir ? Mais on priait aussi sur les chantiers navals de Gdansk du temps de Solidarnosc. Laissons la voie ouverte à un islam politique pacifique et démocratique. Il y a le risque de surenchère révolutionnaire, face aux attentes si longtemps retenues des peuples qui aujourd’hui peinent à se concrétiser. Il y a enfin le risque militaire dans des pays où l’armée et les forces de sécurité doivent peu à peu céder le terrain à des pouvoirs civils démocratiques. Mais les peuples seront exigeants et je veux croire qu’une fois levés, on ne les fera pas taire de si tôt. Et de grandes perspectives s’ouvrent à nous tous. De grandes perspectives s’ouvrent à un islam de la tolérance et du respect.

Pour nous aussi, en France et en Europe, sonne le temps du réveil.

Les peuples arabes nous tendent un miroir. Sommes-nous encore à la hauteur de nos idéaux ? Le monde arabe va changer. Mais la vérité, c’est que nous allons tous changer. C’est pourquoi nous devons dès maintenant porter trois exigences.

Première exigence, l’exigence démocratique. Nos vieilles démocraties ont du mal à accepter le retour des peuples sur la scène. On les préfère cantonnés dans l’isoloir ou filtrés par l’opinion. Mais la démocratie, c’est aussi l’engagement civique au quotidien, la capacité d’indignation, de résistance, de proposition. La question démocratique, c’est également de prendre en compte l’urgence de la question sociale, qu’il faut regarder en face aussi chez nous : chômage des jeunes, croissance des inégalités, peur du déclassement. Voilà la première leçon que nous devons tirer des événements.

Deuxième exigence, l’exigence mondiale. Qui voulons-nous être ? Que voulons-nous faire ? L’Europe a abdiqué la puissance et elle renonce trop souvent à l’exemplarité qui a été la sienne pendant un demi-siècle. Ce n’est pas acceptable. Retrouvons la force de nos principes et de nos idéaux. Acceptons d’être dans le monde et d’agir. Retrouvons une vision et un projet sur tous les défis mondiaux, qu’il s’agisse de la pauvreté, du réchauffement climatique ou du règlement des crises.

Troisième exigence, l’exigence culturelle. Voulons-nous vraiment être une culture sur la défensive, repliée sur son passé, rejetant l’Autre ? Nous devons accepter la différence et y compris d’autres religions, d’autres conceptions de la place de la religion dans la société. Nous pouvons être fiers de notre laïcité, sans céder aux peurs ni aux rejets.

Cela suppose de retrouver le goût de l’indépendance.

Car plus que jamais le message de la France est à l’unisson de ce que veut entendre le monde, un monde qui aspire à la justice, à la reconnaissance et à la diversité. Ce que nous dit le monde, c’est ce qu’a dit le général de Gaulle, c’est ce qu’a défendu Jacques Chirac – et j’ai eu l’honneur de le défendre à ses côtés –, c’est la voix d’une France qui parle au nom des peuples et au nom des principes.

Nous avons tout à gagner, je le dis solennellement, à un monde arabe libre.

150 150 Dominique de Villepin

Que voulons-nous, à quoi jouons-nous ?

 

150 150 Dominique de Villepin

On n’est pas couché 13 novembre 2010