• 28 août 2018

Hommage à Kofi Annan

Hommage à Kofi Annan

225 225 Dominique de Villepin

Kofi Annan était idéaliste et pragmatique à la fois

Dans les pages du JDD, Dominique de Villepin rend hommage à Kofi Annan, ancien Secrétaire général des Nations Unies (1997-2006), décédé le 18 août dernier. Ministre des Affaires étrangères au moment de la crise irakienne, Dominique de Villepin se souvient d’un homme volontaire, déterminé et exigeant dès lors qu’il s’agissait de promouvoir et de construire la paix.

Kofi Annan, c’était une curieuse alchimie entre un idéal de paix, de justice, de défense du multilatéralisme, des Nations unies qu’il portait plus fortement que n’importe lequel de ses prédécesseurs. Et en même temps, la détermination, le pragmatisme dans l’approche de chacun des problèmes auxquels il était confronté qui le conduisait à bousculer le système international et à refuser d’accepter le système des tout-puissants. Kofi Annan a été précurseur dans la lutte contre le terrorisme, après le 11-Septembre 2001. On avait ensemble, à un moment où la France était présidente du Conseil de sécurité, en janvier 2003, décidé d’organiser un sommet sur le terrorisme. Il s’est insurgé contre la vision réductrice d’une « guerre » contre le terrorisme. On ne peut pas régler par la force seule les grands problèmes du monde.

Dans la crise irakienne de 2003, Kofi Annan a essayé de trouver le meilleur compromis entre les Américains et la France. Je sentais une volonté d’aller le plus loin possible dans la responsabilité des Nations unies, multilatérale. Il était directement engagé dans la définition de cette méthode d’envoyer des inspecteurs sur le terrain, pour y traquer les armes de destruction massive. Il ne pouvait accepter que les États-Unis décrètent seuls que cela ne fonctionnait pas. Il était véritablement désireux d’aller au bout pour montrer que la communauté internationale n’était pas acculée à la guerre dès lors qu’elle n’était pas nécessaire. Sur ce point, il avait une très grande unité de vue avec Jacques Chirac. Après mon discours le 14 février 2003, alors que le Conseil de sécurité applaudissait, il s’est penché vers moi et m’a dit « Tu sais, ça n’est jamais arrivé ». Il avait une très haute idée de la France et de la responsabilité qui était la sienne.

Kofi Annan voulait aller le plus loin possible dans l’engagement onusien. Après ce qu’il avait vécu comme étant l’impuissance de l’ONU à Srebrenica en Bosnie puis au Rwanda et au Darfour, il ne pouvait pas accepter de rester les bras croisés face à de tels drames. C’était quelqu’un qui s’engageait, porteur d’un idéal, pas un idéal contemplatif mais celui d’un homme d’action.

Plus tard, lors de l’intervention militaire en Libye en 2011 et l’invocation de la responsabilité de protéger, je me suis retrouvé sur la même position que Kofi Annan. Dès lors qu’on sortait du cadre de cette résolution, il fallait clairement marquer son refus et il l’a fait. Cette intervention militaire a sans doute été une profonde erreur qui a, en partie, expliqué l’impuissance des Nations unies dans la crise syrienne.