• 1 juin 2018

Zao Wou Ki à l’honneur au Musée d’Art Moderne de Paris. L’espace est silence.

Zao Wou Ki à l’honneur au Musée d’Art Moderne de Paris. L’espace est silence.

1020 1024 Dominique de Villepin

À l’occasion de l’exposition “Zao Wou-Ki. L’espace est silence”, présenté au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris de juin 2018 à janvier 2019, Dominique de Villepin est revenu sur quelques thèmes chers à son ami dans la préface du hors-série du magazine Connaissance des arts consacré à l’exposition. Leur longue amitié est nourrie d’un dialogue qui se poursuit aujourd’hui encore.

 

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Quel bonheur de le voir ici, dans ce numéro hors-série de Connaissance des Arts, à l’occasion de l’extraordinaire exposition « Zao Wou-Ki.L’espace est silence » que lui consacre le musée d’Art moderne de laVille de Paris.

Zao Wou-Ki poursuit son bonhomme de chemin dans les cimes de la grandeur. Je ne crois pas qu’il en aurait eu peur et j’imagine le sourire énigmatique qu’il m’aurait offert si nous en avions plaisanté ensemble. Au-delà de la mort, Zao Wou-Ki demeure présent. Il parle, il change, il dévoile. Il y a quelque chose de titanesque chez cet homme qui a tenu à bout de bras les deux traditions d’Orient et d’Occident, qui, à travers ce corps-à-corps, les a fondues dans une peinture nouvelle, une peinture de signes capables de dompter le chaos des hommes. Qui a inventé une peinture totale, à l’unisson des autres arts, prise dans le dialogue constant des arts, avec la poésie, bien sûr, mais aussi la musique, comme le montre ce dossier exceptionnel. Il savait ainsi s’atteler avec humilité au labeur quotidien d’une étreinte et d’une recréation du monde, au mépris du risque.

Le temps qui passe ne fait en vérité qu’illuminer toujours davantage les toiles de Zao Wou-Ki. Ceux qui l’ont connu et accompagné savaient déjà qu’il comptait parmi les grands, parmi les monuments du XXe siècle. Le réveil de la Chine, le mûrissement de l’oeil – ce que Fabrice Hergott, directeur du musée d’Art moderne de la Ville de Paris, appelle justement « l’accélération du regard » – et l’évolution des esprits montrent de jour en jour que Zao Wou-Ki appartient à ce club très fermé des grands génies de la peinture du XXe siècle, égal en force, en rupture, à Picasso, Bacon ou Pollock.

Zao Wou-Ki ne pourra que poursuivre son ascension au firmament, car j’ai la conviction qu’il a anticipé notre temps plus qu’il n’a assimilé le sien. Zao Wou-Ki est, parmi les premiers, un peintre de la mondialisation, c’est-à-dire non seulement un peintre qui a fait l’expérience physique de l’écartèlement du monde, de la distance des regards et du rapprochement des cultures, mais quelqu’un qui a deviné que derrière la réinvention du portrait et du paysage dans l’abstraction surgissait un nouvel art global, un art fait du partage des regards, de la confluence, même heurtée, des traditions. Il est peintre d’un monde qui d’emblée doit se représenter comme unique et divers, un monde auquel est refusée la mise à distance de l’altérité mais qui doit s’engager dans la métamorphose perpétuelle. Lançons-nous alors à sa redécouverte.