• 13 septembre 2011

Tigre et cheval

Tigre et cheval

150 150 Dominique de Villepin

Nous sommes dans le temps du courage politique. Je l’ai dit il y a quelques semaines et j’ai vu que ces propos avaient trouvé un certain écho.

En ces temps de triomphe de l’image et de l’événement, ne nous trompons pas sur la force de caractère qui devra être celle du large rassemblement qui tentera de faire face à la conjonction des forces. Emerson, ce penseur américain à la racine de l’esprit pionnier de ce jeune pays, invitait à différencier courage et courage. Celui du tigre et celui du cheval. C’est un peu ce à quoi nous sommes confrontés. Ce sont un peu les deux formes de courage qu’il nous faut assumer en même temps aujourd’hui.

Le courage du tigre, le plus évident sans doute, fait face à l’événement, à l’effondrement de tous les châteaux de cartes : la bourse, l’Europe de Maastricht. Il s’agit de penser vite et d’agir plus vite encore. Ce courage là n’est pas le moins répandu. La gloire médiatique vient le couronner facilement. Ce n’en est pas moins une qualité rare que de savoir trancher, savoir convaincre, savoir choisir ses priorités.

Mais il ne faut pas oublier le courage du cheval, pour reprendre cette typologie commode, qui ressemble à s’y méprendre à ce courage de trois heures du matin dont Napoléon faisait le seul vrai courage. C’est la vraie qualité des dirigeants politiques que de savoir proposer un cap – aussi incertain, aussi contestable soit-il, et de s’y tenir. Ce courage là manque cruellement à nos démocraties majoritaires et partisanes. C’est un courage qui rapporte peu et tard, mais dont dépend en fin de compte tout. Ce courage là, personne ne l’aura seul en 2012. Il exige le respect des différences. Si les tigres dévorent les chevaux, si les chevaux piétinent les tigres, le combat est perdu d’avance. Il exige le rassemblement des forces, le débat préalable, parce que si on veut se tenir à une direction, autant en avoir discuté avant. Sinon on s’expose au destin de tous ces randonneurs du dimanche, partis en famille, qu’on voit s’entredéchirer sur le bord du chemin en tournant et retournant dans tous les sens leur carte.

Car voilà ce qui ramène à la seule question que finiront par se poser les Français, tôt ou tard. Sur qui pouvons-nous compter ? Sur quels tigres et sur quels chevaux ? Mais surtout sur quel peuple, sur quels principes communs, sur quelle espérance, car il ne saurait y avoir de courage fondé sur les divisions, les stigmatisations et le chacun pour soi, voilà la morale que nous enseignent d’autres animaux de fable, malades de la peste.