• 4 juin 2011

La politique est morte. Vive la politique.

La politique est morte. Vive la politique.

150 150 Dominique de Villepin

Que se passe-t-il ? Quel est cet étrange pourrissement que traverse la vie politique française. Affaires successives, Woerth-Bettencourt, Mediator, DSK, stigmatisations en tous genres, abstention, montée des populismes : ne sous-estimons pas la puissance des coups de boutoir qui enfoncent un peu plus, chaque jour, la politique française.

Ce qui se passe est en réalité paradoxal.

D’un côté, nous avons le pays officiel qui continue de se fissurer et de se lézarder. L’enquête judiciaire de New York nous a plongés dans une course folle à la repentance et à la haine de soi. Tous coupables ! Les journalistes, de ne pas avoir mis sur la place publique ce qu’ils savaient et dont la révélation aurait pu éviter un drame… mais que savaient-ils ? Les Français, car le viol serait le prolongement naturel d’une culture de la gauloiserie et de la séduction… mais où est le lien ? Où est la cohérence ? Ce pays ne se réduirait qu’à la seule surface des choses, là où se coagulent les égoïsmes, les haines, les intérêts. C’est cette croûte qui cache la vérité de notre pays.

Sous cette surface, il y a la vérité de notre pays. Cette vérité, c’est la crispation des élites sur leurs privilèges, sur leur reproduction, sur la conservation d’un entre-soi strict, aboutissement d’un processus de découplage entre la nouvelle aristocratie et le peuple, qui a plus de trente ans déjà. Cette vérité, c’est la victoire des lobbies en tous genres, des puissances organisées, comme c’est tout particulièrement le cas, en ce moment, de l’industrie pharmaceutique ou nucléaire.

De l’autre côté, dans l’ombre, sous la surface médiatique et politique, le pays réel bouillonne. Les souffrances et les difficultés sont là. Ceux qui les vivent au quotidien, qui ne se contentent pas de les découvrir dans les journaux, savent par exemple que l’école ne tient plus ses promesses d’égalité des chances, que la police ne parvient pas à maintenir l’ordre nécessaire, que les entreprises ne réussissent pas à garnir assez leurs carnets de commandes pour embaucher. Mais ils savent aussi ce que les journalistes et les hommes politiques ne savent pas encore. Que sous cette coquille craquelée, une nouvelle politique est prête à éclore. Qu’il existe des engagements concrets, des solidarités pragmatiques et au jour le jour. Qu’il y a la mobilisation de la jeunesse, même éphémère, à travers les réseaux sociaux. Que se multiplient les initiatives et les idées neuves de la dernière décennie, apportant des solutions locales avant de se présenter au grand jour : le commerce équitable et le microcrédit ont été de celles-là, l’économie sociale et solidaire également. Il y a également l’expérience commune, par delà des frontières, d’une mondialisation qui n’est pas seulement une menace mais aussi une histoire partagée – en Europe par les jeunesses de Grèce, d’Italie, du Portugal ou d’Espagne, dans le Bassin méditerranéen avec le Printemps des Peuples arabes-. Un espoir est en train de lever. « Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve » dit Hölderlin dans un vers célèbre. Plus nous semblons descendre aux enfers de la politique sclérosée, plus nous tendons le ressort de la nouveauté.

Le renouveau est déjà là, mais il est encore fragile, incertain.

Nous avons en effet à craindre en 2011 et 2012 la décomposition finale de la politique avec un petit « p ». Il faut le reconnaître, elle peut tuer les nouveaux ferments, comme une maladie infantile.

Cette petite politique, elle prend d’abord le visage du populisme, qui est la décomposition chimique de la souveraineté du peuple et sa transformation en une passion aveugle des foules, les haines, les peurs, les rages accumulées dans la frustration.

C’est aussi la « peoplisation » de la vie politique, qui est la dégénérescence de la croyance aux hommes providentiels en un vedettariat superficiel, d’autant plus impuissant qu’il est figé sur le papier glacé, où l’on guette les failles personnelles.

C’est enfin la politique partisane qui est la dégradation du débat démocratique en un jeu d’écuries et d’appareils, où les idées n’ont plus leur place.

C’est pourquoi nous devons protéger la croissance des germes nouveaux qui apparaissent, et qui rendent possible une nouvelle politique avec un grand « P ». C’est notre responsabilité aujourd’hui.

Qu’est ce que la politique devrait-être aujourd’hui ? La politique doit être un projet, pour la France et pour les Français en cherchant un changement réel capable de surmonter les déceptions accumulées depuis 1981 pour redonner du crédit à la parole politique.

Elle a aussi le visage de la participation, car il n’est pas de politique durable et efficace sans l’engagement au quotidien de tous les citoyens pour la solidarité.

Elle s’appelle enfin progrès, car toute la République est construite sur l’idée qu’il reste toujours de nouveaux horizons à conquérir. Et aujourd’hui, ces horizons ce sont ceux de la justice sociale, d’un autre modèle économique fondé sur la sobriété, l’innovation et l’activité de tous.

Je crois à la nécessité d’un réveil citoyen qui rende cette éclosion possible. Rien ne se fera sans eux. Rien ne se fera sans vous. Je veux en tirer les conséquences pour moi même et pour mon action. On ne peut plus agir aujourd’hui en politique comme on le faisait encore hier. Il faut assumer l’audace et le courage.

C’est ce que je veux faire à travers mes propositions en mettant en leur cœur la nécessité de redonner toute sa place au grand mot de citoyen : il faut un statut du citoyen mentionnant ses droits et ses devoirs, un revenu citoyen garantissant la dignité et la justice pour tous, un service citoyen ouvert à tous et obligatoire pour les jeunes afin de créer de vraies solidarités.

C’est ce que je veux faire en prenant la parole, sans relâche ici, sur ce blog, pour défendre mes idées et mes convictions, comme tout autre citoyen dans notre pays. Je ne crois pas à « l’abracadabra technologique », c’est-à-dire à l’idée que les réseaux sociaux, l’internet 2.0. ou l’e-démocratie soient des solutions miracles. Je ne confonds pas les moyens et les fins, tout simplement. Mais je crois que ces nouveaux médias constituent un outil puissant, un levier formidable pour tous ceux qui croient encore aux idées.

Ce à quoi je veux m’engager aujourd’hui, devant vous, c’est à aller, encore et toujours, jusqu’au bout de mes idées.