• 18 décembre 2009

Pour une stratégie nationale de sortie de crise

Pour une stratégie nationale de sortie de crise

150 150 Dominique de Villepin

Aujourd’hui face à la crise, nous avons le devoir de préparer notre avenir et de nous fixer une grande ambition de modernisation économique, politique et sociale.

Ne nous laissons pas aveugler par les faux débats sur l’identité nationale, par les clivages partisans et l’éparpillement des réformes, car le véritable enjeu c’est la défense de l’intérêt national.

La déferlante financière de 2008 a secoué le monde, mais, dans l’ensemble, les autorités monétaires et les dirigeants des grands pays ont su faire preuve de sang-froid et de sens des responsabilités.

La France a même mieux résisté que beaucoup d’autres. Pourquoi ? Non pas tant en vertu des politiques menées qu’en raison des évolutions structurelles de notre pays, qui se détourne peu à peu de l’industrie et tire  sa croissance de l’appétit de son marché intérieur, un peu à l’écart de la mondialisation. Mais il amortit aussi les chocs extérieurs par un modèle social solide et un Etat encore fort.

Notre pays redémarrera-t-il aussi vite que les autres ? Ce qui a retenu sa chute freinera aussi son rebond. Nos amis allemands partent mieux armés pour la nouvelle mondialisation avec une industrie compétitive, bien spécialisée et soutenue. Le risque du décrochage est là. Pour aller de l’avant, libérons les forces de la modernisation et construisons une stratégie nationale de sortie de crise.

Trois défis centraux exigent notre détermination pour lutter contre le chômage de masse, à la fois gâchis humain et menace sociale, et inventer une nouvelle croissance sociale et durable.

Une garantie de la protection sociale, qui suppose de faire avancer de pair efficacité économique et justice sociale en refondant notre système de protection sociale avec un niveau de prestations durable et un financement consolidé. Pour cela, il faut alléger les charges qui pèsent sur les salariés et élargir le financement aux revenus du capital.

Le combat contre les déficits, ensuite, qui nécessite davantage d’efforts. Nous traitons aujourd’hui nos problèmes en reportant leur coût sur les générations futures. Une stratégie volontaire et contraignante de désendettement s’impose pour venir à bout de nos faiblesses, à l’image de la révision constitutionnelle adoptée récemment par l’Allemagne.

 

Le chantier de la compétitivité et de l’innovation, enfin. Le débat sur le grand emprunt, même s’il ne saurait suffire, aura permis de repérer des filières d’avenir et des besoins. Mais il ne s’agit pas de faire table rase et de ne se vouer qu’à l’attrait de la nouveauté. Nous nous devons d’accompagner aussi nos secteurs d’excellence traditionnelle qui souffrent de la crise, industrie du luxe, tourisme comme agro-alimentaire. Ayons le courage de planifier l’avenir  grâce au pilotage public d’une stratégie unissant tous les acteurs, grandes entreprises, PME et banques par filière.

Plusieurs exigences décideront du succès de nos efforts.

L’obligation de résultats, comme nous nous y sommes astreints dans un autre contexte entre 2005 et 2007. Qu’il s’agisse de la bataille de l’emploi, avec 600 000 chômeurs de moins et le taux de chômage le plus bas depuis 1984 ; de la réduction des déficits de 56 milliards à 36 milliards d’euros en deux ans, nous permettant de nous affranchir de la tutelle humiliante d’une mise sous surveillance par Bruxelles ; ou encore du patriotisme économique avec la mise en œuvre des pôles de compétitivité autour de la modernisation de grands champions nationaux.

Le rassemblement, parce qu’il n’y a pas de politique durable qui construise sur les divisions. Parce qu’il faut rétablir la confiance des citoyens en un système économique remis à niveau. Il faut donc trouver le courage du sursaut et se concentrer sur l’essentiel, ne pas engager cent chantiers à la fois, mais lancer les réformes essentielles dont on sait qu’elles peuvent changer la donne.

La justice parce que c’est l’exigence de la politique de répartir les efforts mais aussi les fruits selon les capacités et les besoins. La crise a révélé les inégalités accumulées. Elle y a ajouté le scandale, quand ouvriers et employés ont dû payer pour les dégâts de l’économie-casino.

L’équilibre des institutions, enfin, indispensable à toute action efficace, comme l’enseigne l’histoire de la Ve République. Retrouvons l’élan modernisateur du général de Gaulle. Il faut pour cela un premier ministre et un gouvernement forts ainsi qu’un parlement capable de se faire entendre face au risque d’isolement du président.

Nous ne sommes pas à l’heure des ruptures, au contraire, nous nous trouvons face au défi de préserver, ensemble, le salut public et l’intérêt général de la nation.