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Donald Trump

1024 683 Dominique de Villepin

Donald Trump incarne la synthèse de tous les populismes européens

– Dans un entretien accordé à Henri Vernet pour Le Parisien, Dominique de Villepin réagit à l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis –

 

Comment expliquez-vous l’élection de Donald Trump ?

Cette élection est le symptôme d’un malaise. Un malaise de la démocratie américaine et plus largement des démocraties occidentales. Il y a un puissant sentiment d’humiliation dans cette Amérique blanche qui souffre particulièrement de la crise industrielle. Donald Trump a tenu un discours qui répond à cette humiliation par un rêve de grandeur, un sentiment de fierté possible à retrouver. Il fait la synthèse de différentes formes de populisme qu’on connaît en Europe : celui qui s’exprime en Italie avec Beppe Grillo, avec un côté cirque, le populisme en France avec des relents xénophobes, le nationalisme sourcilleux d’Europe de l’Est…

 

Les réponses de Donald Trump sont-elles inquiétantes ?

Ses propositions démagogiques, populistes ou xénophobes, sa tentation isolationniste, de fermeture en matière d’immigration, d’économie et de commerce, sont inquiétantes. Notamment sa tentation d’engager une guerre commerciale avec la Chine.

 

Comme président, il mettra ses menaces à exécution ?

Il faudra voir la majorité dont il disposera exactement au Congrès — et sa loyauté. Le système américain est fait de contre-pouvoirs importants, entre l’échelon local et l’Etat fédéral, des compromis sont possibles. Et ne sous-estimons pas le pragmatisme américain : Donald Trump mettra-t-il un peu d’eau dans son vin ? Le président élu a plusieurs mois avant d’entrer à la Maison-Blanche, cela peut faire office de sas de décompression.

 

Pour qu’il apprenne le métier de président ?

Oui, parce qu’il n’a pas d’expérience politique ni internationale. Il sera testé par les puissances : la Russie, la Chine… Aux Etats-Unis même, d’aucuns vont tester sa volonté d’aller jusqu’au bout de ses promesses. Le choix de la nouvelle administration (NDLR : le gouvernement) sera éclairant sur sa volonté de prendre davantage en compte les réalités du monde. L’esprit de responsabilité doit jouer à plein dans la classe politique américaine, chez ceux qui seront sollicités pour travailler avec Donald Trump. Mais cet esprit doit aussi être au rendez-vous dans les grandes chancelleries, occidentales et autres. Chacun doit faire une partie du chemin.

 

C’est-à-dire ?

Nous devons faire en sorte que le dialogue puisse être plus fort avec les Etats-Unis, accompagner l’action américaine dans le sens du réalisme et de la concertation. Un des grands problèmes du monde, c’est le fait que les Etats-Unis et l’Europe se sont enfermés dans des politiques de sanctions, d’ostracisme, de conflits gelés et dans des interventions militaires. Nous devons nous doter d’outils de gouvernance régionale ou mondiale, mettre en avant des lieux de dialogue pour trouver des solutions pacifiques aux problèmes. Ne pas céder à la tentation d’ajouter de la guerre à la guerre, d’entrer dans une spirale xénophobe et militaire, très forte dans nos pays.

 

Vous visez la France ?

La France, l’Europe… La France a une responsabilité en Europe : être un trait d’union, un pays de médiation. Or nous avons été à contresens, nous avons renié cette vocation qui était la nôtre depuis de Gaulle, pour céder à la tentation militaire d’ostraciser et d’exclure.

 

A quoi pensez-vous ?

A nos interventions en Syrie ou en Irak. A notre attitude vis-à-vis de la Russie, notre incapacité à regarder un monde dangereux, avec des risques de guerre au Moyen-Orient mais aussi en Europe centrale, où on ne prend pas en compte l’humiliation russe. La revanche des peuples humiliés est terrible. Ce que vivent aujourd’hui les Etats-Unis, c’est la même humiliation que celle ressentie par les Russes au lendemain de l’effondrement de l’Union soviétique. Nous pensions à l’époque que c’était la grande victoire des démocraties libérales, la fin de l’histoire. Nous voyons aujourd’hui que les démocraties sont fragiles, qu’elles peuvent aussi se briser. Soyons capables de raccommoder, de rassembler. Ce qui implique de mettre au cœur de nos démocraties davantage de respect et d’écoute.

 

L’homme Trump pourra-t-il « faire président » ?

Je l’ai rencontré quand j’habitais aux Etats-Unis. L’homme est beaucoup plus complexe que le visage qu’il a montré dans la campagne, se présentant comme un homme-spectacle, une sorte d’anarchiste couronné, d’empereur fou. Il est surtout aujourd’hui, aux yeux d’une part importante de l’Amérique, le « winner », le gagnant, capable de balayer les obstacles, de faire reculer les limites. Avec évidemment le risque de l’aventurisme : tout dépendra donc de sa capacité à prendre la mesure de la fonction. Son premier discours était plutôt empreint de modestie, se voulant rassembleur tout en affichant la nécessité de la fierté retrouvée pour les Etats-Unis.

10 novembre 2016, Le Parisien

 

1024 604 Dominique de Villepin

Il faut un sursaut de la France

Interrogé sur RTL, Dominique de Villepin a donné son sentiment sur la personnalité de Donald Trump et a insisté sur la nécessité de redéfinir le rôle que doit jouer la France dans le monde d’aujourd’hui

 

950 818 Dominique de Villepin

La vague populiste touche le monde entier

 – Ces extraits sont issus de Mémoire de paix pour temps de guerre, dernier livre de Dominique de Villepin paru chez Grasset – 

La nouvelle question politique

« Faute d’avoir compris que la mondialisation était un processus essentiellement politique, les gouvernements ont été surpris par la vague populaire de revanchisme et de colère qui souffle sur le monde. Les élites internationales vivent en effet depuis vingt‐cinq ans dans une triple illusion de la mort du politique, qui traduit en réalité un refus viscéral de la politique exporté avec plus ou moins de succès à travers le monde. […]
Paradoxe final, cette dépolitisation à marche forcée du monde s’est accompagnée de l’exigence de démocratisation des Etats. On leur a enjoint d’exprimer une vision politique de leur avenir tout en les privant des moyens effectifs de la réaliser. Comment s’étonner que le résultat de la démocratie, depuis plusieurs décennies, ait été la frustration des peuples et leur choix d’aller vers des idéologies tournant le dos au formalisme : l’islamisme, le souverainisme, le nationalisme ? Comment s’étonner que les démocraties elles‐mêmes se fatiguent et cherchent de nouveaux modèles, que ce soit dans la démocratie « illibérale » ou souveraine à l’est de l’Europe, ou dans un populisme de star‐system aux Etats‐Unis ?
Le traitement d’un monde passionnel par les moyens de la raison raisonnante a conduit à un aveuglement général. Au sein des peuples comme entre les peuples, on a fait mine d’oublier le plus puissant moteur de la politique, la soif de reconnaissance : revendication de dignité, revanche contre les oppresseurs, aspiration à la puissance demeurent les mobiles profonds de notre monde, la source des révolutions et des guerres. Mais nos vieilles sociétés semblent n’y rien comprendre. »

 

La métamorphose des pouvoirs


« La vague populiste touche le monde entier. Le phénomène Trump ou Le Pen n’est pas en soi différent de celui qu’affrontent la Chine et la Russie. Néanmoins, l’intégration de la demande sociale se fait différemment : d’un côté par des risques de basculement et une panique des élites, de l’autre par une tension du discours nationaliste et une personnalisation du pouvoir qui incorpore la nouvelle exigence sans lui permettre de prendre une forme décisive. Les régimes autoritaires peuvent ainsi promettre plus de stabilité et plus de souplesse que les démocraties, soumises aux à coups de la demande identitaire. »


France et Etats-Unis : les jumeaux terribles

 

« Quelle relation avec les Etats‐Unis pour la France ? Cette amitié est unique. Névrotique parfois, étrange sans doute, mais toujours exigeante. Il n’y a plus aucune nation qui puisse vivre hors du monde, certes, mais la France, par son histoire, sa diversité, son message universaliste, a la possibilité d’être un laboratoire de l’esprit du monde. C’est une caractéristique qu’elle partage avec les seuls Etats‐Unis, qui ont les mêmes espérances et les mêmes risques, avec bien sûr des dimensions et des moyens incomparables. Il nous faut assumer pleinement cette gémellité pour éviter les alignements, assumer les différends et avancer ensemble. Des Etats‐Unis de Donald Trump à la France de Marine Le Pen s’exprime une même tentation de sécession d’une partie de la population blanche défavorisée, anxieuse pour sa place dans la société. Les deux nations portent des messages parallèles et traversent des angoisses symétriques. Dix ans après l’aventure d’Irak, beaucoup d’Américains en sont convaincus : la France n’est jamais aussi soucieuse d’amitié que lorsqu’elle s’oppose et s’inquiète. Une puissance hégémonique, de même qu’un souverain, a peu d’amis et beaucoup de vassaux. Nul autre pays ne peut avec la même franchise que la France exprimer un point de vue différent, parfois dérangeant. Cela fait de nous des médiateurs naturels des doléances et des doutes du monde, position difficile.

Afin de tenir ce rôle d’utilité publique, nous avons le devoir d’être sourcilleux sur notre indépendance. Nous devons faire attention aux symboles et veiller aux glissements progressifs qui pourraient nous entraîner dans l’orbite exclusive des Etats‐Unis. Et il y a aujourd’hui beaucoup de choses à leur dire, car ils se trouvent bel et bien à la croisée des chemins, entre d’un côté l’exagération croissante de leur hégémonie, absorbant peu à peu le monde entier, jusqu’à la surextension ou l’explosion, comme tous les empires avant eux ; et, de l’autre, le choix d’une nouvelle voie, celle de l’exemplarité et de l’équilibre, acquérant d’autant plus de pouvoir qu’ils y renonceront précocement au profit d’un partage équitable. Les Etats‐Unis peuvent exercer un leadership moral, à condition de s’abstenir de contrôler le monde. Aujourd’hui, tous les signaux indiquent le risque d’une sorte d’hystérie hégémonique : leur poids réel décroît – en part du PIB mondial comme en part des dépenses militaires –, tandis que leurs revendications s’accroissent pour consacrer leur suprématie par la maîtrise des outils juridiques et financiers. Dans le même temps, des contre‐pouvoirs ressurgissent, en Chine et en Russie. La vraie tragédie des Etats‐Unis serait de devoir renoncer à la pureté de leur idéalisme, parfois de leur messianisme de la liberté, pour préserver la réalité d’un pouvoir désormais sans valeur. »

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