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1024 679 Dominique de Villepin

Chaque peuple a la responsabilité de construire la paix

– Dans un entretien accordé au journal L’Humanité, Dominique de Villepin livre ici ses réflexions sur l’esprit guerrier qui domine notre époque et ouvre quelques pistes pour revenir à des solutions politiques et pacifiques –

Une marche pour la paix est organisée ce samedi 23 septembre, mais parler de paix et manifester pour elle a-t-il encore un sens aujourd’hui, à l’heure où l’appétit pour la guerre comme solution aux conflits politiques n’a jamais semblé aussi important ?

Oui d’autant qu’il y a urgence à la prise de conscience et la réflexion sur les enjeux de la paix. Pour beaucoup de gens, la paix demeure trop souvent le fruit d’une guerre gagnée. L’expérience, l’observation d’un certain nombre de crises internationales et l’étude de notre histoire, m’ont convaincu que la paix se construit. Il faut donc reconnaître que c’est un bien commun pour l’ensemble de la communauté internationale. Chaque peuple a une responsabilité particulière dans ce domaine, et il se trouve que nous, Français, avons une expérience singulière. Nous sommes sans doute un des pays qui a été le plus traversé par la guerre, il nous appartient donc d’en tirer un certain nombre de leçons et d’aider la communauté internationale à franchir des caps difficiles. L’Assemblée générale des Nations Unies s’ouvre cette année sur un risque d’affrontement en Corée du Nord, mais ce n’est pas, et de loin, le seul théâtre qui est susceptible de s’envenimer ; qu’on songe à la Syrie, l’Irak, au Yémen, à la Libye, à l’ensemble du Sahel… Nous devons nourrir cette réflexion, ce qui suppose de se doter de nouveaux instruments plus efficaces pour parvenir à construire la paix.

Quels pourraient être ces nouveaux instruments que vous évoquez ?

Ces instruments sont ceux qui permettent de favoriser un dialogue plus soutenu sur la scène internationale. Parmi eux, il y a bien sûr le Conseil de sécurité, et il y a aussi des formats ad-hoc de groupes d’Etats qui peuvent se réunir pour faire avancer la paix. On l’a vu par exemple dans la voie d’un règlement de la crise iranienne : l’accord signé le 14 juillet 2015 a été obtenu dans le cadre des cinq membres du Conseil de sécurité plus l’Allemagne et l’Iran. Pour la Corée du Nord, le «  groupe des six  » (les deux Corée, la Chine, la Russie, le Japon et les Etats-Unis, ndlr) s’est réuni entre 2003 et 2008 afin de faire avancer la recherche d’une solution mais malheureusement, la Corée du Nord n’a pas respecté ses engagements.

Sur ce dossier, quelle approche préconisez-vous et pensez-vous que la France puisse faire un pas vers la réduction de son propre arsenal nucléaire ?

Nous avons fait le choix d’accentuer les pressions sur Pyongyang – nous en sommes au 8ème train de sanction – mais peut-on se contenter de cette approche ? Je ne crois pas aux vertus cardinales des sanctions, d’autant plus que ces dernières seront de plus en plus difficiles à mettre en application. D’abord parce qu’il y a un certain nombre de lignes rouges pour la Chine, qui est hostile à un changement de régime comme à une réunification compte tenu des modifications que cela impliquerait sur le plan régional. Pékin refuse également la présence de troupes américaines au nord du 38ème parallèle. La sortie de ce conflit ne peut se faire que par la voie du dialogue, de la négociation. Les Etats-Unis sont réticents à l’emprunter, mais nous devons mobiliser la Chine comme la Russie qui disposent de leviers sur leur voisin. La France, qui a des relations de confiance avec les Etats-Unis et qui maintient un dialogue approfondi avec la Russie et la Chine, doit poursuivre ses efforts. La militarisation croissante de cette région constitue une autre source de préoccupation : on a vu les Etats-Unis renforcer le système THAAD en Corée du Sud, et c’est naturellement un élément d’inquiétude pour Moscou et Pékin. Est-ce que la France doit pour autant entrer dans un cycle visant à réduire sa propre dissuasion ? Cela ne peut résulter que d’une démarche globale et concertée de réduction des arsenaux respectifs, notamment dans le cadre du Traité International sur les Armes Nucléaires. Une diminution unilatérale n’aurait pas beaucoup de sens et peu d’impact. Par contre, la question de la dénucléarisation de la péninsule coréenne est urgente quand on sait que seul un armistice a été signé à la fin de la guerre de Corée en 1953, sans qu’aucun traité de paix ne soit venu l’entériner.

Les Chinois et les Russes posent dans la négociation l’arrêt des manœuvres annuelles conjointes entre les armées américaines et sud-coréennes…

Effectivement, cette proposition de double gel (arrêt des manœuvres / arrêt des essais balistiques et nucléaires) a du sens car elle permettrait d’amorcer la négociation et de poser des mesures de confiance susceptibles de changer la donne dans cette région. C’est un très bon point de départ et la France pourrait apporter son soutien à cette initiative.

Comment la France peut-elle peser dans la crise politique qui secoue le Venezuela, dans une région qui ne fait pas partie de ses zones d’influence traditionnelles ?

D’abord, il faut mesurer à quel point la situation du peuple vénézuélien s’est dégradée au cours des dernières années : le système sanitaire, social et médical s’est effondré, au risque de créer un Etat failli. Le Venezuela connaît aujourd’hui une dérive autoritaire préoccupante, marquée notamment par une répression très violente des manifestations, la mort de plus de 120 personnes et un dévoiement des institutions. A l’heure actuelle, le risque est double : celui du coup d’état militaire ou du basculement dans la guerre civile d’un pays en proie aux radicalisations idéologiques.
Comment la communauté internationale peut-elle réagir ? Il ne peut y avoir d’autre alternative que la recherche d’un compromis entre la majorité et l’opposition. Outre la médiation entamée sous l’égide de la République Dominicaine et les démarches menées par les pays latino-américains qui ont la confiance de l’opposition, il y a Cuba, qui exerce de facto une influence forte au Venezuela. Et puis il y a quelques pays européens qui ont des leviers pour agir : l’Espagne, le Portugal, la Grèce, mais aussi l’Italie et la France. Si le président de la République a reçu récemment le chef de l’opposition à Paris et a qualifié le régime de Nicolas Maduro de dictature, le ministre des Affaires étrangères a dans le même temps reçu son homologue vénézuélien : la voix de la France compte dans cette région. Le plus urgent selon moi, c’est de prendre en compte la situation humanitaire de ce pays et d’éviter les interférences des Etats-Unis. Pour avoir vécu là-bas, je sais à quel point l’ombre américaine pèse sur la psychologie et les mentalités au Venezuela.

Lorsque vous étiez ministre des Affaires étrangères, au moment de la guerre en Irak, les néoconservateurs étaient au sommet de leur influence aux Etats-Unis, et vous avez à de nombreuses reprises dénoncé la persistance de ce courant en France. Comment le définiriez-vous, et avez-vous joué un rôle dans la prise de distance publique d’Emmanuel Macron vis-à-vis du néoconservatisme ?

Un néoconservateur ? C’est quelqu’un qui privilégie l’intervention militaire pour le règlement des crises, pensant que par l’outil militaire on peut trouver une solution à tous les problèmes, le meilleur exemple étant celui de l’Irak, ou plus récemment, celui de la Libye. Je n’ai jamais cessé de plaider pour que la France reste fidèle à elle-même et à sa vocation, qui est d’exercer partout où cela est possible sa médiation, parler à tout le monde, et je suis heureux que notre diplomatie emprunte cette voie. Est-ce que j’ai contribué à faire évoluer les mentalités ? Je l’espère, mais je suis inquiet quand je vois la multiplication des opérations et des escalades militaires à travers le monde. Le néoconservatisme mute, sous l’effet du principe d’incertitude créé par Donald Trump, vers un retour aux affrontements nationalistes.

Peut-on parler de paix sans justice ? Les dirigeants africains s’indignent à juste titre d’être les seuls à fréquenter les couloirs de la Cour pénale internationale. Faut-il promouvoir l’idée que les responsables occidentaux de conflits meurtriers doivent également rendre des comptes, y compris sur le dossier irakien ?

L’exigence de justice est absolue et indispensable si on veut construire un ordre international meilleur. La justice doit être la même pour tous, avec les mêmes standards et les mêmes procédures. Il faut ainsi obtenir une adhésion réellement universelle au traité de Rome. Il faut ensuite une justice au service de la paix, car vouloir la justice trop tôt, trop vite, c’est parfois faire obstacle à la paix. Cela nécessite sans doute une meilleure coordination entre la CPI et le Secrétaire général de l’ONU.

21 septembre 2017, L’Humanité

1024 682 Dominique de Villepin

Rien ne serait pire qu’un retour à la junte en Birmanie

Invité de Guillaume Erner sur France Culture, Dominique de Villepin s’est exprimé sur les idées qu’il souhaiterait voir défendre par la France à  l’Assemblée générale des Nations Unies. Il a également été interrogé sur la difficulté de la communauté internationale à faire face à la crise des Rohingyas en Birmanie.

 

1024 541 Dominique de Villepin

Trump veut-il tuer l’ONU ?

Invité d’Elisabeth Quin dans l’émission 28 minutes sur Arte, Dominique de Villepin a participé à un débat sur la réforme de l’ONU envisagée par l’administration américaine.

 

1024 458 Dominique de Villepin

L’Assemblée générale des Nations Unies, un enjeu de taille

Invité d’Audrey Crespo-Mara sur LCI, Dominique de Villepin est revenu sur l’importance de l’Assemblée générale des Nations Unies et des discours qui y seront prononcés par Emmanuel Macron mais aussi Donald Trump et Antonio Guterres. Il s’est également prononcé sur la possibilité d’un retour de la France sur le devant de la scène internationale.

 

900 762 Dominique de Villepin

Pourquoi la diplomatie semble-t-elle aujourd’hui si impuissante?

Invité de Chantal Lorho pour l’émission « Géopolitique, le débat », Dominique de Villepin s’est exprimé sur les divers conflits en cours, et sur la place de la diplomatie face à la politique du fait accompli, notamment menée par les régimes autoritaires. Il a appelé à davantage faire preuve d’initiative afin que la diplomatie et la politique puissent offrir des perspectives d’avenir aux peuples qui se détournent de la démocratie

1024 360 Dominique de Villepin

Penser la paix

Dans le cadre d’une soirée de débats au Quai d’Orsay, sur le thème de l’exposition « L’Art de la Paix », Dominique de Villepin et Hubert Védrine se sont exprimés sur leur façon respective de « Penser la paix »

1024 325 Dominique de Villepin

Peut-on réformer l’ONU ?

Invité de Nora Hamadi sur Public Sénat, Dominique de Villepin et Jean Ziegler ont échangé sur l’efficacité de l’ONU et sur la capacité de la communauté internationale à la reconstruire et la réformer


1024 614 Dominique de Villepin

We need much more than war speeches. We need political action

 – Dans une interview en anglais donnée à The Guardian, Dominique de Villepin critique la rhétorique guerrière des pays occidentaux, à laquelle il souhaiterait voir se substituer une volonté politique plus efficace  –

Air strikes can help weaken Isis, but no one would consider it wise today to send troops to the Middle East. Because we know that after Syria and Iraq, we will have to do the same in Libya, in Nigeria and Chad, in Somalia, maybe tomorrow in the Gulf states or in central Asia. The logic of war would imprison us in lasting military occupation of large parts of the world, without any guarantee of success. Has any military intervention since 2001 been a political success? Afghanistan? Iraq? Libya?

We need much more than war speeches. We need political action. We need the world to stand united in the fight against terrorism. Not the western world, but the whole world. That was my belief in 2003, when France opposed the war in Iraq, and this is still my belief today.

First, we need the Muslim world to stand at our side. Because going to war on our own will only remove the burden of responsibility from some of the countries at the forefront. Why should they take difficult decisions if we do what it takes in their place? It will also allow some countries of the region to pursue their own interests and hidden agendas, as well as to settle old neighbourhood disputes while seeming to fight Isis.

Who really fights Isis in Syria and Iraq? Not the Assad regime, which needs this devil to find legitimacy and a foothold against rebel movements. Not Turkey, which is at least as much concerned by Kurdish separatism. Not Saudi Arabia, which wishes before all to keep the trust of its people by being hard on Iran and Shia movements. And the people of the region sometimes feel the threat of Isis weighs less than the hundreds of thousands who have died in the bloodbath of the Middle East in the past three decades, in their view because of regimes supported by the west or because of western military interventions. Let’s be aware of what many think in the Middle East: “This is not our war”.

Second, we need the whole international community to stand united against terrorism. But how could it be so if we give the impression of double standards, that victims in Russia or in China are not quite as innocent as ours? This is not a threat only for the western world. All five permanent members of the UN Security Council have had to face massive attacks in the past decade, with 9/11; the London bombings of 2005; the attack on a school in Beslan, Russia, in 2004; the bombings in Kunming, China, last year. Over two-thirds of mankind are today in direct danger, including India, south-east Asia, central Asia, west and east Africa. Islamist terrorism has become a worldwide concern.

Third, even within the western world, there is still a long way to go to define a common strategy. The diplomatic discussions in the past weeks have shown how few European countries were willing to engage in this war, despite last week’s decisions of the British and German parliament to participate or support the French and American air strikes, out of fear of the risks of increased exposure it would represent to their populations.

The unity of Europe is all the more crucial, as the disintegration of European solidarity is one of the main objectives of the terrorists, aiming at isolation, distrust and fear. Likewise, the US has sounded half-hearted in their support of the French strategy, because of their Iraqi experience. Today, we need to speak with one voice to address the terrorist threat effectively.

Our first task is to develop global awareness and unity. We need a new Atlantic Charter, on a worldwide basis, expressing the common will of all powers. But for this, we need to reach out to other powers, in particular to China and Russia. United, we will be able to send out a message against the terrorists that will be heard in the Muslim world; we will be able to give ourselves the tools to asphyxiate Isis in its home territory by cutting off its communications, its recruitment and its access to easy money through oil, antiquities and human trafficking. This requires at the same time a combination of air strikes, support of regional troops and strong political co-ordination.

Our common task – and it will be a long one – is also to fight all Islamist terrorism. If we overcome Isis, it should not be at the price of a greater danger arising elsewhere. This is exactly what happened in the fight against al-Qaida. True, the central organisation has been weakened, even if in Yemen, Libya, Syria and western Africa the remains of al-Qaida are still active. But in the meantime, we allowed the emergence of a new threat, taking advantage of our mistakes: a global terrorist movement with a territorial base and the ideological appeal of a reborn caliphate.

Overcoming terrorism itself can only be achieved through the stabilisation of the Middle East, which is suffering a catastrophe of historic dimensions comparable only to Europe’s suicide between 1914 and 1945. This can only be done by the pressure of the international community on all regional powers, in a permanent regional security conference that could create mechanisms preventing escalation, as the Helsinki conference did in Europe during the Cold War.

In Syria, we need local truces and ceasefires between government and rebel forces wherever possible in order to create political momentum for a transition of power and to concentrate forces against Isis. And this can be done only by including Turkey, Iran, Saudi Arabia and Russia.

Overcoming terrorism also means cutting the roots it has dug in our own societies. We have to be aware that the ideology of Islamist radicalism is gaining ground among the children of Muslim immigrants in our countries. This is fuelled by rejection and loss of identity and is growing among the children of the middle classes of mass consumption societies, who aspire to the clear-cut moral code of radical Islam, to a model of unconditional authority and submission, to a vision of supreme heroism freeing them from the feeling of mediocre and invisible lives.

These violent sects feed on the wounds of our liberal societies, on our shortcomings and on our inability to propose positive visions of the future. Our message should be that everyone matters.

Our weapon against terrorism is peace. Not peace with the terrorist movements, of course, but civil peace and regional peace everywhere that war is feeding radicalisation and terrorism. And peace with ourselves to avoid division and mistrust in our midst.

6 décembre 2015, The Guardian

150 150 Dominique de Villepin

Débat sur la situation au Proche-Orient et la participation de la France à la mise en œuvre de la résolution 1701 à L’Assemblée Nationale

Monsieur le Président,

Monsieur le Président de la Commission des Affaires étrangères,

Monsieur le Président de la Commission de la Défense,

Mesdames et Messieurs les Députés,

C’est un honneur pour moi de me trouver devant vous aujourd’hui pour ouvrir ce débat.

Cet été, la violence et le deuil ont une nouvelle fois frappé le Proche-Orient. Nos compatriotes ont été profondément touchés par la souffrance du peuple libanais, qui a connu tant de déchirements et de guerres. Devant les images du Liban dévasté par les bombardements israéliens, devant la peur et à la colère légitime des habitants de Haïfa frappés par les tirs de roquette du Hezbollah, nous avons tous éprouvé un même sentiment de révolte. Dans cette nouvelle crise qui a secoué le Proche-Orient, la France, sous la conduite du Président de la République, a pris toutes ses responsabilités. Elle l’a fait dans un esprit de rassemblement et d’unité que je tiens à saluer et pour lequel je veux remercier, au nom du gouvernement, l’ensemble de la représentation nationale.

Aujourd’hui le Proche-Orient nous oblige à l’action :

Il est au coeur d’un arc de crises qui s’étend de la Somalie à l’Afghanistan. Alors que la mondialisation ne cesse de créer de nouveaux liens et de nouveaux échanges, cette  région semble au contraire s’enfermer toujours davantage dans une spirale de violence et de haine. Nous ne pouvons pas être indifférents à ce qui se joue au Liban, dans les territoires palestiniens, à Damas, à Téhéran ou encore à Kerbala. Car le défi du Proche-Orient, c’est la paix, c’est notre capacité à faire vivre le dialogue et la tolérance entre les cultures. C’est la sécurité de nos compatriotes. Au cœur de cet arc de crise, se trouve le conflit israélo-palestinien. Après plus d’un demi-siècle d’affrontements, la paix semble toujours hors d’atteinte. Des millions de personnes en rêvent et ne la voient pas. Des hommes de raison et de sagesse la construisent, mais leurs projets ne se réalisent pas. Tout ce qui s’imagine de grand et de bien pour cette région est à chaque fois emporté par les haines et les violences. La paix ne se décrète pas. Mais aucun des échecs du passé ne doit nous décourager pour l’avenir.

Quelle est la situation aujourd’hui ? Plus de 70% des Palestiniens vivent en dessous du seuil de pauvreté. La victoire du Hamas aux élections législatives témoigne des frustrations du peuple palestinien. Dans le même temps, malgré le retrait de Gaza et la construction de la barrière de sécurité, les Israéliens ont besoin de garanties supplémentaires pour leur sécurité. Le conflit au Liban l’a encore montré. Plus que jamais les parties au conflit semblent incapables de parvenir seules à une solution.

Si nous voulons sortir de cette impasse, il faut donc que la communauté internationale se mobilise avec bien plus de détermination et d’énergie qu’elle ne l’a fait jusqu’ici. C’est le sens de l’appel lancé la semaine dernière par le Président de la République en faveur d’une nouvelle réunion du Quartet. Il repose sur une conviction forte : seule une solution politique et un règlement négocié permettront de parvenir à une paix juste et durable pour l’ensemble des peuples de la région, avec deux Etats vivant côte à côte en paix et en sécurité.

Au-delà du conflit israélo-palestinien, la multiplication des crises dans cette région est aujourd’hui pour nous tous un risque majeur. Un profond sentiment d’injustice causé par la pauvreté, les inégalités et la violence, mais aussi l’histoire, ont fait de cette région une terre fragile, marquée par des plaies profondes qui ne se sont jamais refermées. Par les liens qu’elle entretient avec ces pays, la France connaît mieux que personne l’importance des motivations culturelles et religieuses qui sous-tendent ces crises. Elle sait mieux que personne tout ce que les identités blessées renferment de ressentiment et d’amertume.

Dès 2003, en pleine crise iraquienne le Président de la République l’affirmait : la force seule n’est jamais la solution. Les aspirations identitaires qui sont en jeu appellent d’autres réponses que la seule intervention armée. Aujourd’hui, l’Iraq s’enfonce dans la violence et constitue un nouveau foyer de crise qui déstabilise la région et nourrit le terrorisme.

N’oublions pas enfin que ces crises font le jeu de tous les extrémistes. Nous le voyons avec le terrorisme : qu’il cherche à frapper à l’intérieur ou à l’extérieur de nos frontières, il se greffe sur les conflits et instrumentalise la souffrance des populations. Contre le terrorisme, ce n’est pas une guerre qu’il faut engager. C’est, comme la France le fait depuis des années, une lutte déterminée qui repose à la fois sur une vigilance de tous les instants et sur une coopération efficace avec nos partenaires. Mais nous ne viendrons à bout de ce fléau qu’en luttant aussi contre l’injustice, contre la violence, contre les crises.

Restons vigilants également face au risque de la prolifération. Le programme nucléaire iranien suscite des inquiétudes légitimes. Avec ses partenaires européens, la France a pris l’initiative du dialogue avec Téhéran. Là encore, il n’y a pas d’autre solution que politique. La réponse de l’Iran à l’offre faite par la communauté internationale n’est pas satisfaisante, notamment concernant la nécessité de suspendre l’enrichissement. Avec l’ensemble de la communauté internationale nous privilégions aujourd’hui la voie du dialogue. Il revient maintenant à l’Iran de prendre toutes ses responsabilités.

Nous le voyons : c’est bien la stabilité de l’ensemble de la région qui est en jeu, avec un risque véritable de contagion et de radicalisation. Agir au Liban, c’est se donner les moyens de prévenir un nouveau conflit régional et défendre les intérêts de la France.

Dans ce contexte instable, la France a fait pour le Liban le choix de l’initiative et de l’action.

Sur le plan politique d’abord:

A la demande du Président de la République, je me suis rendu à Beyrouth le 17 juillet pour manifester la solidarité de la France et offrir notre assistance aux autorités libanaises. Le Ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, le Ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie et le Ministre de la Santé et des Solidarités, Xavier Bertrand, sont également allés sur place ou dans la région à plusieurs reprises. Dominique Perben se rendra demain à Beyrouth à l’occasion de la reprise des vols Air France entre Paris et la capitale libanaise.

Notre pays a pris une part déterminante dans l’adoption à l’unanimité du Conseil de sécurité, de la résolution 1701 le 14 août dernier. Au-delà de l’indispensable cessation des hostilités, notre objectif est bien de parvenir à un véritable cessez-le-feu et à une solution durable qui garantisse la pleine souveraineté du Liban comme la sécurité d’Israël.

Tout au long de la crise, nous n’avons cessé de dialoguer avec les deux parties. Je tiens ici à saluer le courage et l’esprit de responsabilité du Premier ministre, Monsieur Fouad Siniora, qui a déclenché le 7 août le déploiement de l’armée libanaise au sud du pays après presque quarante ans d’absence. Nous avons également entretenu un dialogue constructif avec les autorités israéliennes. Lors d’un échange avec Ehoud Olmert à la veille de mon départ pour Beyrouth, comme lorsque j’ai reçu à Paris Madame Livni, Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, j’ai pu mesurer combien la relation entre la France et Israël demeurait solide et confiante.

Nous avons aussi fait le choix de l’action pour répondre dans l’urgence aux besoins des populations :

Nous avons évacué 11 000 Français ainsi que 2500 ressortissants d’autres nationalités. Je tiens à rendre ici hommage aux personnels civils et militaires, dont la compétence, le dévouement et le courage ont permis le succès de cette opération. Nous avons également aidé nos compatriotes présents dans le nord d’Israël, exposés aux tirs de roquette, et auxquels le Ministre des Affaires étrangères est allé manifester sur place notre soutien.

Pour répondre aux besoins humanitaires de la population libanaise, nous avons apporté Des vivres, des médicaments et des équipements sanitaires pour près de 20 millions d’euros. Avec l’installation en cours de 15 ponts métalliques « Bailey », pour lesquels notre pays mobilise plus de 200 militaires du génie, la France apporte une contribution décisive au rétablissement des voies de communications vitales pour le pays. Nous avons également pris notre part à l’effort humanitaire européen, soit 7 millions d’euros supplémentaires.

Au-delà des moyens matériels, nous avons décidé de rouvrir, y compris dans le sud du pays, notre important réseau d’établissements scolaires. Ces écoles, ces collèges, ces lycées, qui accueillaient l’an dernier plus de 45 000 élèves libanais, seront au rendez-vous de la rentrée, le mois prochain. Enfin, nous contribuons à hauteur de 700 000 euros à la lutte contre la marée noire sans précédent qui a affecté le pays après le bombardement de la raffinerie de Jiyeh.

La France a également assumé ses responsabilités sur le plan militaire. Face aux risques de la situation, nous avons demandé des garanties précises : garanties quant à l’efficacité de la mission confiée à une FINUL renforcée, garanties aussi pour la sécurité de nos soldats. Ces garanties, nous les avons obtenues.

Sur cette base, le Président de la République a pris la décision de déployer deux bataillons au sein de la force des Nations unies. Au total, ce sont bientôt 2000 militaires français qui serviront sous casque bleu au Liban. Nous assumerons le commandement de la force sur place, avec le général Pellegrini, jusqu’en février 2007. A cet effort s’ajoutent les 1700 hommes déployés au titre du dispositif aérien et naval Baliste, en charge depuis le 12 juillet de l’approvisionnement de la FINUL et qui participent aussi, de façon temporaire, à la surveillance des côtes libanaises.

Nos forces sont engagées dans le cadre des Nations unies, en pleine conformité avec notre attachement au droit et à la sécurité collective. C’est  également un engagement européen. A notre demande les ministres des Affaires étrangères des Etats-membres de l’Union Européenne se sont réunis le 25 août en présence de Kofi Annan. Au total, ce sont 7300 militaires européens qui seront déployés sous casque bleu au Liban. Je veux saluer en particulier la contribution de l’Italie. L’Europe montre ainsi que lorsqu’elle sait unir ses forces, elle peut être un acteur de poids sur la scène internationale.

Au-delà du soutien militaire à la paix, la France veut aider à la reconstruction du Liban. Lors de la Conférence de Stockholm le 31 août dernier, la Ministre déléguée aux affaires européennes a annoncé une contribution de plus de 40 millions d’euros.

Il faudra bien sûr aller plus loin : ce sera l’objet de la conférence internationale de reconstruction dont le Président de la République a proposé la tenue, et où la France tiendra toute sa place. Une mission interministérielle d’évaluation se rendra aujourd’hui même à Beyrouth.

Au Liban comme dans l’ensemble de la région, la France doit se mobiliser toujours davantage en faveur de la paix. Au Liban la situation reste fragile. Le conflit peut reprendre à tout moment et compromettre le processus politique. Or nous ne pouvons accepter que ce pays serve une nouvelle fois de champ de bataille aux guerres des autres.

Nous devons désormais placer les différents acteurs régionaux devant leurs responsabilités. S’agissant de la Syrie, il est important qu’elle contribue à une application pleine et entière des résolutions 1559, 1595 et 1701. Concernant cette dernière résolution, je salue la levée du blocus annoncée hier par Israël et qui devait prendre effet cet après-midi. L’application de cette résolution implique également de veiller à l’achèvement du retrait israélien, parallèlement au déploiement de la FINUL renforcée ; à la libération des soldats israéliens enlevés ; au respect de l’embargo sur les armes ; au désarmement des milices et, enfin, au règlement de la question des fermes de Chebaa.

Nous devons favoriser le dialogue interlibanais et travailler à préserver la coexistence harmonieuse entre les différentes communautés. L’effort international devra se poursuivre dans la durée, pour permettre au gouvernement libanais de mettre en œuvre les indispensables réformes économiques et sociales que réclame le pays. Par son aspiration à faire vivre la diversité des cultures et des religions, le Liban incarne le message de respect et de tolérance que nous voulons défendre pour toute la région. J’en suis convaincu : pour agir au service de la paix au Proche-Orient, nous devons préserver notre faculté d’écoute et de dialogue, face aux peurs et aux frustrations qui s’expriment de toute part. Par notre proximité, géographique, mais également historique et culturelle avec la rive sud de la Méditerranée, nous avons un rôle particulier à jouer entre l’Europe et le monde arabe, contre la tentation du rejet ou du repli sur soi.

C’est le devoir de la France et de l’Europe de montrer que le choc des civilisations n’est pas une fatalité. Personne d’autre que nous, Français et Européens, ne porte cette sagesse héritée de notre histoire. Personne d’autre que nous ne porte cet espoir pour une région du monde que beaucoup croient vouée à la violence et au fanatisme.

Plus que jamais nous devons, avec nos partenaires européens, faire entendre notre voix. C’est ce qu’attendent nos compatriotes. C’est aussi ce qu’attendent beaucoup d’autres peuples. Plus que jamais nous devons défendre notre vision du monde : une vision fondée sur la conviction que la violence appelle toujours la violence et que seule une perspective politique, fondée sur le droit, permet de sortir des crises. Une vision qui repose sur le respect de l’identité des peuples et l’attachement à l’universalité des droits de l’homme. Une vision qui s’appuie sur une exigence : l’unité de la communauté internationale, pour laquelle les Nations Unies jouent un rôle central. Car il ne peut y avoir de paix durable sans légitimité et adhésion de tous.

Tirons toutes les leçons de cette crise : la France doit se donner les moyens de jouer un rôle toujours plus important sur la scène internationale. Nous avons besoin d’un outil diplomatique fort et efficace, je l’ai dit il y a quelques jours à nos ambassadeurs. Mais je tiens à le réaffirmer ici : il n’y a pas de diplomatie efficace sans un outil de défense performant.

Grâce à la loi de programmation militaire que vous avez votée nous sommes présents aujourd’hui sur de nombreux théâtres de crise. Conformément aux orientations définies par le Président de la République, le gouvernement veillera cette année encore au respect des engagements pris dans la loi.

Enfin, nous devons également poursuivre nos efforts afin de faire de l’Union européenne un acteur de premier plan au service de la paix. Nos opinions publiques attendent une Europe efficace sur la scène internationale. C’est un domaine où nous avons accompli de vrais progrès ces dernières années : le Liban le montre. Mais nous devons aller encore plus loin.

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Députés,

Une nouvelle fois, dans la crise, la France a fait face. Elle a assumé ses responsabilités, elle a su faire entendre sa voix, dans le respect des principes et des convictions qu’elle défend partout dans le monde.

Au moment où l’arrêt des violences a suscité tant d’attentes dans la région, où l’espoir renaît mais où rien n’est encore acquis, l’exigence d’action et d’engagement reste entière. Soyez assurés que mon gouvernement, sous l’impulsion du Président de la République, mettra tout en œuvre pour continuer à défendre les valeurs de la France.

7 septembre 2006.

944 762 Dominique de Villepin

Discours prononcé à l’ONU lors de la crise irakienne – 14 février 2003

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général,

Madame et Messieurs les Ministres,

Messieurs les Ambassadeurs,

Je remercie MM. Blix et El Baradei pour les indications qu’ils viennent de nous fournir sur la poursuite des inspections en Iraq. Je tiens à nouveau à leur exprimer la confiance et le plein soutien de la France dans leur mission.

Vous savez le prix que la France attache, depuis l’origine de la crise iraquienne, à l’unité du Conseil de Sécurité. Cette unité repose aujourd’hui sur deux éléments essentiels :

Nous poursuivons ensemble l’objectif d’un désarmement effectif de l’Iraq. Nous avons en ce domaine une obligation de résultat. Ne mettons pas en doute notre engagement commun en ce sens. Nous assumons collectivement cette lourde responsabilité qui ne doit laisser place ni aux arrière-pensées, ni aux procès d’intention. Soyons clairs : aucun d’entre nous n’éprouve la moindre complaisance à l’égard de Saddam Hussein et du régime iraquien.

En adoptant à l’unanimité la résolution 1441, nous avons collectivement marqué notre accord avec la démarche en deux temps proposée par la France : le choix du désarmement par la voie des inspections et, en cas d’échec de cette stratégie, l’examen par le Conseil de Sécurité de toutes les options, y compris celle du recours à la force. C’est bien dans ce scénario d’échec des inspections, et dans ce cas seulement, que pourrait se justifier une seconde résolution.

La question qui se pose aujourd’hui est simple : considérons-nous en conscience que le désarmement par les missions d’inspection est désormais une voie sans issue ? Ou bien, estimons-nous que les possibilités en matière d’inspection offertes par la résolution 1441 n’ont pas encore été toutes explorées ?

En réponse à cette question, la France a deux convictions:

la première, c’est que l’option des inspections n’a pas été conduite jusqu’à son terme et peut apporter une réponse efficace à l’impératif du désarmement de l’Iraq ; la deuxième, c’est qu’un usage de la force serait si lourd de conséquences pour les hommes, pour la région et pour la stabilité internationale qu’il ne saurait être envisagé qu’en dernière extrémité.

Or, que venons-nous d’entendre, à travers le rapport de MM. Blix et El Baradei ? Nous venons d’entendre que les inspections donnent des résultats. Bien sûr, chacun d’entre nous veut davantage et nous continuerons ensemble à faire pression sur Bagdad pour obtenir plus. Mais les inspections donnent des résultats.

Lors de leurs précédentes interventions au Conseil de sécurité, le 27 janvier, le Président exécutif de la CCVINU et le Directeur général de l’AIEA avaient identifié précisément les domaines dans lesquels des progrès étaient attendus. Sur plusieurs de ces points, des avancées significatives ont été obtenues :

Dans les domaines chimique et biologique, les Iraquiens ont remis de nouveaux documents aux inspecteurs. Ils ont aussi annoncé la création de commissions d’investigation, dirigées par les anciens responsables des programmes d’armements, conformément aux demandes de M. Blix ;

Dans le domaine balistique, les informations fournies par l’Iraq ont permis aux inspecteurs de progresser également. Nous détenons avec précision les capacités réelles du missile Al-Samoud. Maintenant, il convient de procéder au démantèlement des programmes non-autorisés, conformément aux conclusions de M. Blix ;

Dans le domaine nucléaire, des informations utiles ont été transmises à l’AIEA sur les points importants évoqués par M. El Baradei le 27 janvier dernier : l’acquisition d’aimants susceptibles de servir à l’enrichissement d’uranium et la liste des contacts entre l’Iraq et le pays susceptible de lui avoir fourni de l’uranium.

Nous sommes là au cœur de la logique de la résolution 1441, qui doit assurer l’efficacité des inspections grâce à une identification précise des programmes prohibés, puis à leur élimination.

Nous sommes tous conscients que le succès des inspections suppose que nous aboutissions à une coopération pleine et entière de l’Iraq. La France n’a cessé de l’exiger. Des progrès réels commencent à apparaître :

L’Iraq a accepté le survol de son territoire par des appareils de reconnaissance aérienne ; Il a permis que des scientifiques iraquiens soient interrogés sans témoins par les inspecteurs ; un projet de loi prohibant toutes les activités liées aux programmes d’armes de destruction massive est en cours d’adoption, conformément à une demande ancienne des inspecteurs. L’Iraq doit fournir une liste détaillée des experts ayant assisté en 1991 aux destructions des programmes militaires.

La France attend bien entendu que ces engagements soient durablement vérifiés. Au-delà, nous devons maintenir une forte pression sur l’Iraq pour qu’il aille plus loin dans la voie de la coopération.

Ces progrès nous confortent dans la conviction que la voie des inspections peut être efficace. Mais nous ne devons pas nous dissimuler l’ampleur du travail restant à accomplir : des questions doivent être encore élucidées, des vérifications doivent être conduites, des installations ou des matériels doivent sans doute encore être détruits.

Pour ce faire, nous devons donner aux inspections toutes les chances de réussir.

J’ai fait des propositions le 5 février devant le Conseil. Depuis lors, nous les avons précisées dans un document de travail adressé à MM. Blix et El Baradei et communiquées aux membres du Conseil.

Quel est leur esprit ? Il s’agit de propositions pratiques et concrètes, qui peuvent être mises en œuvre rapidement et qui sont destinées à renforcer l’efficacité des opérations d’inspection. Elles s’inscrivent dans le cadre de la résolution 1441 et ne nécessitent par conséquent aucune nouvelle résolution du Conseil. Elles doivent venir à l’appui des efforts menés par MM. Blix et El Baradei. Ils sont naturellement les mieux à même de nous dire celles d’entre elles qu’ils souhaitent retenir pour assurer la meilleure efficacité de leurs travaux. Dans leur rapport, ils nous ont fait des commentaires utiles et opérationnels.

La France a déjà annoncé qu’elle tenait des moyens supplémentaires à la disposition de MM. Blix et El Baradei, à commencer par ses appareils de surveillance aérienne Mirage IV.

Alors oui j’entends bien les critiques :

Il y a ceux qui pensent que dans leur principe, les inspections ne peuvent avoir aucune efficacité. Mais je rappelle que c’est le fondement même de la résolution 1441 et que les inspections donnent des résultats. On peut les juger insuffisantes mais elles sont là.

Il y a ceux qui croient que la poursuite du processus d’inspection serait une sorte de manœuvre de retardement visant à empêcher une intervention militaire. Cela pose naturellement la question du temps imparti à l’Iraq. Nous sommes là au centre des débats. Il y va de notre crédibilité et de notre esprit de responsabilité. Ayons le courage de mettre les choses à plat.

Il y a deux options :

L’option de la guerre peut apparaître a priori la plus rapide. Mais n’oublions pas qu’après avoir gagné la guerre, il faut construire la paix. Et ne nous voilons pas la face : cela sera long et difficile, car il faudra préserver l’unité de l’Iraq, rétablir de manière durable la stabilité dans un pays et une région durement affectés par l’intrusion de la force. Face à de telles perspectives, il y a l’alternative offerte par les inspections, qui permet d’avancer de jour en jour dans la voie d’un désarmement efficace et pacifique de l’Iraq. Au bout du compte, ce choix là n’est-il pas le plus sûr et le plus rapide ?

Personne ne peut donc affirmer aujourd’hui que le chemin de la guerre sera plus court que celui des inspections. Personne ne peut affirmer non plus qu’il pourrait déboucher sur un monde plus sûr, plus juste et plus stable. Car la guerre est toujours la sanction d’un échec. Serait-ce notre seul recours face aux nombreux défis actuels ? Donnons par conséquent aux inspecteurs des Nations Unies le temps nécessaire à la réussite de leur mission. Mais soyons ensemble vigilants et demandons à MM. Blix et El Baradei de faire régulièrement rapport au Conseil. La France, pour sa part, propose un nouveau rendez-vous le 14 mars au niveau ministériel, pour évaluer la situation. Nous pourrons alors juger des progrès effectués et de ceux restant à accomplir.

Dans ce contexte, l’usage de la force ne se justifie pas aujourd’hui. Il y a une alternative à la guerre : désarmer l’Iraq par les inspections. De plus, un recours prématuré à l’option militaire serait lourd de conséquences.

L’autorité de notre action repose aujourd’hui sur l’unité de la communauté internationale. Une intervention militaire prématurée remettrait en cause cette unité, ce qui lui enlèverait sa légitimité et, dans la durée, son efficacité.

Une telle intervention pourrait avoir des conséquences incalculables pour la stabilité de cette région meurtrie et fragile. Elle renforcerait le sentiment d’injustice, aggraverait les tensions et risquerait d’ouvrir la voie à d’autres conflits.

Nous partageons tous une même priorité, celle de combattre sans merci le terrorisme. Ce combat exige une détermination totale. C’est, depuis la tragédie du 11 septembre, l’une de nos responsabilités premières devant nos peuples. Et la France, qui a été durement touchée à plusieurs reprises par ce terrible fléau, est entièrement mobilisée dans cette lutte qui nous concerne tous et que nous devons mener ensemble. C’est le sens de la réunion du Conseil de Sécurité qui s’est tenue le 20 janvier, à l’initiative de la France.

Il y a dix jours, le Secrétaire d’Etat américain, M. Powell, a évoqué des liens supposés entre Al-Qaida et le régime de Bagdad. En l’état actuel de nos recherches et informations menées en liaison avec nos alliés, rien ne nous permet d’établir de tels liens. En revanche, nous devons prendre la mesure de l’impact qu’aurait sur ce plan une action militaire contestée actuellement. Une telle intervention ne risquerait-elle pas d’aggraver les fractures entre les sociétés, entre les cultures, entre les peuples, fractures dont se nourrit le terrorisme ?

La France l’a toujours dit : nous n’excluons pas la possibilité qu’un jour il faille recourir à la force, si les rapports des inspecteurs concluaient à l’impossibilité pour les inspections de se poursuivre. Le Conseil devrait alors se prononcer et ses membres auraient à prendre toutes leurs responsabilités. Et, dans une telle hypothèse, je veux rappeler ici les questions que j’avais soulignées lors de notre dernier débat le 4 février et auxquelles nous devrons bien répondre :

En quoi la nature et l’ampleur de la menace justifient-elles le recours immédiat à la force ?

Comment faire en sorte que les risques considérables d’une telle intervention puissent être réellement maîtrisés ?

En tout état de cause, dans une telle éventualité, c’est bien l’unité de la communauté internationale qui serait la garantie de son efficacité. De même, ce sont bien les Nations Unies qui resteront demain, quoi qu’il arrive, au cœur de la paix à construire.

Monsieur le Président, à ceux qui se demandent avec angoisse quand et comment nous allons céder à la guerre, je voudrais dire que rien, à aucun moment, au sein de ce Conseil de Sécurité, ne sera le fait de la précipitation, de l’incompréhension, de la suspicion ou de la peur.

Dans ce temple des Nations Unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience. La lourde responsabilité et l’immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix.

Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur.

Je vous remercie.