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Non, la guerre ce n’est pas la France

 – Tribune initialement parue dans Le Journal du Dimanche

Le Mali, pays ami, s’effondre. Les djihadistes avancent vers le sud, l’urgence est là.

Mais ne cédons pas au réflexe de la guerre pour la guerre. L’unanimisme des va-t-en-guerre, la précipitation apparente, le déjà-vu des arguments de la « guerre contre le terrorisme » m’inquiètent. Ce n’est pas la France. Tirons les leçons de la décennie des guerres perdues, en Afghanistan, en Irak, en Libye.

Jamais ces guerres n’ont bâti un Etat solide et démocratique. Au contraire, elles favorisent les séparatismes, les Etats faillis, la loi d’airain des milices armées.

Jamais ces guerres n’ont permis de venir à bout de terroristes essaimant dans la région. Au contraire, elles légitiment les plus radicaux.

Jamais ces guerres n’ont permis la paix régionale. Au contraire, l’intervention occidentale permet à chacun de se défausser de ses responsabilités.

Pire encore, ces guerres sont un engrenage. Chacune crée les conditions de la suivante. Elles sont les batailles d’une seule et même guerre qui fait tache d’huile, de l’Irak vers la Libye et la Syrie, de la Libye vers le Mali en inondant le Sahara d’armes de contrebande. Il faut en finir.

Au Mali, aucune des conditions de la réussite n’est réunie.

Nous nous battrons à l’aveuglette, faute de but de guerre. Arrêter la progression des djihadistes vers le sud, reconquérir le nord du pays, éradiquer les bases d’AQMI sont autant de guerres différentes.

Nous nous battrons seuls, faute de partenaire malien solide. Eviction du président en mars et du premier ministre en décembre, effondrement d’une armée malienne divisée, défaillance générale de l’Etat, sur qui nous appuierons-nous?

Nous nous battrons dans le vide, faute d’appui régional solide. La Communauté des Etats de l’Afrique Occidentale reste en arrière de la main et l’Algérie a marqué ses réticences.

Un processus politique est seul capable d’amener la paix au Mali.

Il faut une dynamique nationale pour reconstruire l’Etat malien. Misons sur l’union nationale, les pressions sur la junte militaire et un processus de garanties démocratiques et de l’Etat de droit à travers des politiques de coopération fortes.

Il faut aussi une dynamique régionale, en mobilisant l’acteur central qu’est l’Algérie et la CEDEAO en faveur d’un plan de stabilisation du Sahel.

Il faut enfin une dynamique politique pour négocier en isolant les islamistes en ralliant les touaregs à une solution raisonnable.

Comment le virus néoconservateur a-t-il pu gagner ainsi tous les esprits? Non, la guerre ce n’est pas la France. Il est temps d’en finir avec une décennie de guerres perdues. Il y a dix ans, presque jour pour jour, nous étions réunis à l’ONU pour intensifier la lutte contre le terrorisme. Deux mois plus tard commençait l’intervention en Irak. Je n’ai depuis jamais cessé de m’engager pour la résolution politique des crises et contre le cercle vicieux de la force. Aujourd’hui notre pays peut ouvrir la voie pour sortir de l’impasse guerrière, si elle invente un nouveau modèle d’engagement, fondé sur les réalités de l’histoire, sur les aspirations des peuples et le respect des identités. Telle est la responsabilité de la France devant l’histoire.

12 janvier 2013, Le Journal du Dimanche

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Syrie : la France peut et doit agir

Dans les ruines d’Alep, la communauté internationale à failli à sa tâche. La démission de Kofi Annan prend acte de la crise de légitimité sans précédent des Nations unies. Une époque née de la chute du Mur trouve ici son dénouement tragique. D’un côté, une Amérique et un Occident qui supportent d’autant moins le scandale de l’impuissance qu’il n’y a plus d’adversaire à blâmer, et qui interviennent tous azimuts, mêlant souci de l’humanité et intérêts stratégiques, au Kosovo, en Afghanistan, en Irak, en Libye. De l’autre côté, des puissances soucieuses de stabilité, comme la Russie ou la Chine, qui font du droit international un rempart d’immobilisme et dont les troupes ne sortent jamais de leur pré carré supposé.

Nous sommes face à un dilemme. Si la communauté internationale n’intervient pas en Syrie, l’immobilisme aura triomphé et le monde du XXIe siècle sera celui des nouvelles barbaries, sagement abritées par des frontières complaisantes. Si nous intervenons militairement en Syrie, c’est le risque de la porte ouverte à toutes les croisades de l’empire du bien. Quand irons-nous, la fleur au fusil, dans l’est du Congo, où la guerre se rallume sans cesse, après trois millions de morts probables en une décennie tragique? Quand en Corée du Nord, en Iran?

Dans les deux cas, on nourrit l’engrenage explosif de la région et de ses acteurs les plus irresponsables, régimes radicaux, mouvements islamistes ou monarchies conservatrices.

En appelant à l’action rapide en Syrie, Nicolas Sarkozy refuse toute fatalité. Disons-le, la polémique, une fois n’est pas coutume, peut être fertile: elle permet d’abord de rappeler l’urgence du dossier syrien et ensuite de révéler les lignes de fracture françaises sur les questions internationales. Deux visions s’affrontent.

La première vision, c’est celle d’un message républicain de liberté et d’humanité qui ne peut s’arrêter à nos frontières, même s’il faut le soutenir par la force des armes. Une même filiation unit les enfants de 1789 aux plus sincères parmi les néoconservateurs. Nicolas Sarkozy reprend aujourd’hui ce flambeau, au nom de ce qu’il a voulu en Libye, il y a un an. Il est légitime qu’il s’y tienne, quitte à négliger les différences de terrain, d’environnement et de risque militaire des deux situations. Pourtant, on ne fait pas une politique en enchaînant émotions et coups de force. Si la situation est si inextricable à l’ONU, c’est aussi parce que l’opération libyenne a fragilisé la responsabilité de protéger, désormais pour certains synonyme de changement de régime.

La deuxième vision, c’est, semble-t-il du moins, celle qui s’esquisse ces jours-ci à l’Élysée et au Quai d’Orsay, celle d’un réalisme soucieux non seulement de l’action immédiate, mais aussi des conséquences, au nom de la complexité de l’héritage historique de la France dans la région depuis le mandat colonial, au nom aussi d’une modestie affichée pour une «puissance moyenne». Mais attendre et expliquer qu’on ne peut rien faire n’est pas une politique.

Ce débat doit avoir lieu. Mais le choix, ce ne peut-être la guerre ou rien. La France peut et doit agir, même si l’option militaire est trop dangereuse. L’union de l’esprit d’initiative et du souci d’équilibre est le fil d’Ariane de la diplomatie française des grandes heures, et notamment du gaullisme. Nous avons su porter des principes dans l’affaire syrienne. Soyons aussi au rendez-vous de l’action, guidés par le souci permanent de sauver des vies humaines.

Priorité à l’humanitaire et à la poursuite des auteurs de crimes, car c’est la souffrance des victimes qui mobilise les consciences du monde entier. Il faut pour cela déployer des moyens humanitaires, notamment médicaux, comme la France s’apprête à le faire en Jordanie, mais également envisager des corridors humanitaires pour évacuer les dizaines de milliers de civils hors de l’enfer de la guerre. Poursuivre les coupables en même temps. Le droit international ne sera crédible que quand il saura châtier non seulement les dirigeants, mais tous ceux qui le méritent à chaque niveau de décision et qu’il aura les moyens d’agir, notamment sur les avoirs dans les paradis fiscaux. Il n’y a pas de droit sans possibilité de recourir à la contrainte. Mobilisons également les outils dans le domaine militaire et du renseignement. Si une zone d’exclusion aérienne sur la Syrie paraît difficilement praticable, peut-être peut-on envisager de créer des couloirs aériens protégés. De surcroît, rien n’interdit à la Ligue arabe de prendre toutes ses responsabilités sur le terrain.

Mais il faut aussi préparer l’avenir de la Syrie et de la région, face notamment à un enjeu iranien qui est dans tous les esprits, face également aux risques qu’une partition du pays ferait courir à la stabilité régionale. Quelle serait l’action d’un petit État alaouite surarmé et fanatisé? Nul ne le sait, mais il est évident que la menace pour Israël en serait encore accrue. Pour relever le défi, nous n’avons pas le droit de renoncer à la diplomatie parce qu’elle aurait déçu. Elle reste la seule réponse qui dure dans un monde imparfait. Renouons les fils et saisissons toutes les opportunités avec tous les acteurs internationaux et régionaux et, de ce point de vue, après Kofi Annan, le travail de médiation demeure indispensable.

Hors des alternatives stériles s’ouvre le chemin du devoir et de l’action.

10 août 2012, Le Figaro

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Il faut engager un processus de retrait en Afghanistan

 

944 762 Dominique de Villepin

Discours prononcé à l’ONU lors de la crise irakienne – 14 février 2003

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général,

Madame et Messieurs les Ministres,

Messieurs les Ambassadeurs,

Je remercie MM. Blix et El Baradei pour les indications qu’ils viennent de nous fournir sur la poursuite des inspections en Iraq. Je tiens à nouveau à leur exprimer la confiance et le plein soutien de la France dans leur mission.

Vous savez le prix que la France attache, depuis l’origine de la crise iraquienne, à l’unité du Conseil de Sécurité. Cette unité repose aujourd’hui sur deux éléments essentiels :

Nous poursuivons ensemble l’objectif d’un désarmement effectif de l’Iraq. Nous avons en ce domaine une obligation de résultat. Ne mettons pas en doute notre engagement commun en ce sens. Nous assumons collectivement cette lourde responsabilité qui ne doit laisser place ni aux arrière-pensées, ni aux procès d’intention. Soyons clairs : aucun d’entre nous n’éprouve la moindre complaisance à l’égard de Saddam Hussein et du régime iraquien.

En adoptant à l’unanimité la résolution 1441, nous avons collectivement marqué notre accord avec la démarche en deux temps proposée par la France : le choix du désarmement par la voie des inspections et, en cas d’échec de cette stratégie, l’examen par le Conseil de Sécurité de toutes les options, y compris celle du recours à la force. C’est bien dans ce scénario d’échec des inspections, et dans ce cas seulement, que pourrait se justifier une seconde résolution.

La question qui se pose aujourd’hui est simple : considérons-nous en conscience que le désarmement par les missions d’inspection est désormais une voie sans issue ? Ou bien, estimons-nous que les possibilités en matière d’inspection offertes par la résolution 1441 n’ont pas encore été toutes explorées ?

En réponse à cette question, la France a deux convictions:

la première, c’est que l’option des inspections n’a pas été conduite jusqu’à son terme et peut apporter une réponse efficace à l’impératif du désarmement de l’Iraq ; la deuxième, c’est qu’un usage de la force serait si lourd de conséquences pour les hommes, pour la région et pour la stabilité internationale qu’il ne saurait être envisagé qu’en dernière extrémité.

Or, que venons-nous d’entendre, à travers le rapport de MM. Blix et El Baradei ? Nous venons d’entendre que les inspections donnent des résultats. Bien sûr, chacun d’entre nous veut davantage et nous continuerons ensemble à faire pression sur Bagdad pour obtenir plus. Mais les inspections donnent des résultats.

Lors de leurs précédentes interventions au Conseil de sécurité, le 27 janvier, le Président exécutif de la CCVINU et le Directeur général de l’AIEA avaient identifié précisément les domaines dans lesquels des progrès étaient attendus. Sur plusieurs de ces points, des avancées significatives ont été obtenues :

Dans les domaines chimique et biologique, les Iraquiens ont remis de nouveaux documents aux inspecteurs. Ils ont aussi annoncé la création de commissions d’investigation, dirigées par les anciens responsables des programmes d’armements, conformément aux demandes de M. Blix ;

Dans le domaine balistique, les informations fournies par l’Iraq ont permis aux inspecteurs de progresser également. Nous détenons avec précision les capacités réelles du missile Al-Samoud. Maintenant, il convient de procéder au démantèlement des programmes non-autorisés, conformément aux conclusions de M. Blix ;

Dans le domaine nucléaire, des informations utiles ont été transmises à l’AIEA sur les points importants évoqués par M. El Baradei le 27 janvier dernier : l’acquisition d’aimants susceptibles de servir à l’enrichissement d’uranium et la liste des contacts entre l’Iraq et le pays susceptible de lui avoir fourni de l’uranium.

Nous sommes là au cœur de la logique de la résolution 1441, qui doit assurer l’efficacité des inspections grâce à une identification précise des programmes prohibés, puis à leur élimination.

Nous sommes tous conscients que le succès des inspections suppose que nous aboutissions à une coopération pleine et entière de l’Iraq. La France n’a cessé de l’exiger. Des progrès réels commencent à apparaître :

L’Iraq a accepté le survol de son territoire par des appareils de reconnaissance aérienne ; Il a permis que des scientifiques iraquiens soient interrogés sans témoins par les inspecteurs ; un projet de loi prohibant toutes les activités liées aux programmes d’armes de destruction massive est en cours d’adoption, conformément à une demande ancienne des inspecteurs. L’Iraq doit fournir une liste détaillée des experts ayant assisté en 1991 aux destructions des programmes militaires.

La France attend bien entendu que ces engagements soient durablement vérifiés. Au-delà, nous devons maintenir une forte pression sur l’Iraq pour qu’il aille plus loin dans la voie de la coopération.

Ces progrès nous confortent dans la conviction que la voie des inspections peut être efficace. Mais nous ne devons pas nous dissimuler l’ampleur du travail restant à accomplir : des questions doivent être encore élucidées, des vérifications doivent être conduites, des installations ou des matériels doivent sans doute encore être détruits.

Pour ce faire, nous devons donner aux inspections toutes les chances de réussir.

J’ai fait des propositions le 5 février devant le Conseil. Depuis lors, nous les avons précisées dans un document de travail adressé à MM. Blix et El Baradei et communiquées aux membres du Conseil.

Quel est leur esprit ? Il s’agit de propositions pratiques et concrètes, qui peuvent être mises en œuvre rapidement et qui sont destinées à renforcer l’efficacité des opérations d’inspection. Elles s’inscrivent dans le cadre de la résolution 1441 et ne nécessitent par conséquent aucune nouvelle résolution du Conseil. Elles doivent venir à l’appui des efforts menés par MM. Blix et El Baradei. Ils sont naturellement les mieux à même de nous dire celles d’entre elles qu’ils souhaitent retenir pour assurer la meilleure efficacité de leurs travaux. Dans leur rapport, ils nous ont fait des commentaires utiles et opérationnels.

La France a déjà annoncé qu’elle tenait des moyens supplémentaires à la disposition de MM. Blix et El Baradei, à commencer par ses appareils de surveillance aérienne Mirage IV.

Alors oui j’entends bien les critiques :

Il y a ceux qui pensent que dans leur principe, les inspections ne peuvent avoir aucune efficacité. Mais je rappelle que c’est le fondement même de la résolution 1441 et que les inspections donnent des résultats. On peut les juger insuffisantes mais elles sont là.

Il y a ceux qui croient que la poursuite du processus d’inspection serait une sorte de manœuvre de retardement visant à empêcher une intervention militaire. Cela pose naturellement la question du temps imparti à l’Iraq. Nous sommes là au centre des débats. Il y va de notre crédibilité et de notre esprit de responsabilité. Ayons le courage de mettre les choses à plat.

Il y a deux options :

L’option de la guerre peut apparaître a priori la plus rapide. Mais n’oublions pas qu’après avoir gagné la guerre, il faut construire la paix. Et ne nous voilons pas la face : cela sera long et difficile, car il faudra préserver l’unité de l’Iraq, rétablir de manière durable la stabilité dans un pays et une région durement affectés par l’intrusion de la force. Face à de telles perspectives, il y a l’alternative offerte par les inspections, qui permet d’avancer de jour en jour dans la voie d’un désarmement efficace et pacifique de l’Iraq. Au bout du compte, ce choix là n’est-il pas le plus sûr et le plus rapide ?

Personne ne peut donc affirmer aujourd’hui que le chemin de la guerre sera plus court que celui des inspections. Personne ne peut affirmer non plus qu’il pourrait déboucher sur un monde plus sûr, plus juste et plus stable. Car la guerre est toujours la sanction d’un échec. Serait-ce notre seul recours face aux nombreux défis actuels ? Donnons par conséquent aux inspecteurs des Nations Unies le temps nécessaire à la réussite de leur mission. Mais soyons ensemble vigilants et demandons à MM. Blix et El Baradei de faire régulièrement rapport au Conseil. La France, pour sa part, propose un nouveau rendez-vous le 14 mars au niveau ministériel, pour évaluer la situation. Nous pourrons alors juger des progrès effectués et de ceux restant à accomplir.

Dans ce contexte, l’usage de la force ne se justifie pas aujourd’hui. Il y a une alternative à la guerre : désarmer l’Iraq par les inspections. De plus, un recours prématuré à l’option militaire serait lourd de conséquences.

L’autorité de notre action repose aujourd’hui sur l’unité de la communauté internationale. Une intervention militaire prématurée remettrait en cause cette unité, ce qui lui enlèverait sa légitimité et, dans la durée, son efficacité.

Une telle intervention pourrait avoir des conséquences incalculables pour la stabilité de cette région meurtrie et fragile. Elle renforcerait le sentiment d’injustice, aggraverait les tensions et risquerait d’ouvrir la voie à d’autres conflits.

Nous partageons tous une même priorité, celle de combattre sans merci le terrorisme. Ce combat exige une détermination totale. C’est, depuis la tragédie du 11 septembre, l’une de nos responsabilités premières devant nos peuples. Et la France, qui a été durement touchée à plusieurs reprises par ce terrible fléau, est entièrement mobilisée dans cette lutte qui nous concerne tous et que nous devons mener ensemble. C’est le sens de la réunion du Conseil de Sécurité qui s’est tenue le 20 janvier, à l’initiative de la France.

Il y a dix jours, le Secrétaire d’Etat américain, M. Powell, a évoqué des liens supposés entre Al-Qaida et le régime de Bagdad. En l’état actuel de nos recherches et informations menées en liaison avec nos alliés, rien ne nous permet d’établir de tels liens. En revanche, nous devons prendre la mesure de l’impact qu’aurait sur ce plan une action militaire contestée actuellement. Une telle intervention ne risquerait-elle pas d’aggraver les fractures entre les sociétés, entre les cultures, entre les peuples, fractures dont se nourrit le terrorisme ?

La France l’a toujours dit : nous n’excluons pas la possibilité qu’un jour il faille recourir à la force, si les rapports des inspecteurs concluaient à l’impossibilité pour les inspections de se poursuivre. Le Conseil devrait alors se prononcer et ses membres auraient à prendre toutes leurs responsabilités. Et, dans une telle hypothèse, je veux rappeler ici les questions que j’avais soulignées lors de notre dernier débat le 4 février et auxquelles nous devrons bien répondre :

En quoi la nature et l’ampleur de la menace justifient-elles le recours immédiat à la force ?

Comment faire en sorte que les risques considérables d’une telle intervention puissent être réellement maîtrisés ?

En tout état de cause, dans une telle éventualité, c’est bien l’unité de la communauté internationale qui serait la garantie de son efficacité. De même, ce sont bien les Nations Unies qui resteront demain, quoi qu’il arrive, au cœur de la paix à construire.

Monsieur le Président, à ceux qui se demandent avec angoisse quand et comment nous allons céder à la guerre, je voudrais dire que rien, à aucun moment, au sein de ce Conseil de Sécurité, ne sera le fait de la précipitation, de l’incompréhension, de la suspicion ou de la peur.

Dans ce temple des Nations Unies, nous sommes les gardiens d’un idéal, nous sommes les gardiens d’une conscience. La lourde responsabilité et l’immense honneur qui sont les nôtres doivent nous conduire à donner la priorité au désarmement dans la paix.

Et c’est un vieux pays, la France, d’un vieux continent comme le mien, l’Europe, qui vous le dit aujourd’hui, qui a connu les guerres, l’occupation, la barbarie. Un pays qui n’oublie pas et qui sait tout ce qu’il doit aux combattants de la liberté venus d’Amérique et d’ailleurs. Et qui pourtant n’a cessé de se tenir debout face à l’Histoire et devant les hommes. Fidèle à ses valeurs, il veut agir résolument avec tous les membres de la communauté internationale. Il croit en notre capacité à construire ensemble un monde meilleur.

Je vous remercie.

150 150 Dominique de Villepin

Conférence de presse à New York le 20 janvier 2003

Aujourd’hui, dans le contexte de la présidence française du Conseil de sécurité, j’ai présidé une réunion sur le terrorisme. La lutte contre le terrorisme est une priorité pour nous. C’est une priorité pour la France et la communauté internationale au Nord et au Sud.

Nous souhaitons donner un nouvel élan à cette lutte avec quatre objectifs : tout d’abord, la nécessité de finir les travaux de négociation sur la Convention générale contre le terrorisme et la nouvelle Convention contre le terrorisme nucléaire. Nous avons également proposé la création d’un fonds de coopération et d’assistance contre le terrorisme visant à aider les Etats qui souhaitent renforcer leurs dispositions nationales. En outre, nous devons améliorer notre maîtrise des sources radioactives dans le monde. Deuxièmement, nous devons définir un nouveau calendrier. Il pourrait y avoir une nouvelle réunion ministérielle au Conseil de sécurité en septembre, en marge de l’Assemblée générale. Troisièmement, nous devons réaffirmer notre volonté commune d’agir ensemble. Tous les organismes pertinents des Nations unies seront mobilisés, y compris l’Assemblée générale, éventuellement dans le contexte d’une session extraordinaire. Nous avons également renforcé nos efforts ailleurs, comme au G8 et au GAFI. Nous devons en outre mettre fin aux dysfonctionnements de la communauté internationale qui appuient le terrorisme, à savoir les réseaux criminels, les centres financiers qui encouragent des transferts financiers peu clairs. L’unité est la clé du succès. Il est essentiel de la maintenir. Le terrorisme est un fait qui menace tout le monde, tout le temps, ainsi que la diffusion des armes de destruction massive, les crises régionales, les réseaux et le financement illégal.

J’aimerais dire maintenant quelques mots à propos de l’Iraq. La crise en Iraq est une épreuve pour nous tous. Les défis à relever sont énormes. Enormes, pourquoi ? Car nous ne pouvons séparer l’Iraq des autres questions sur la prolifération. Ce que nous faisons pour l’Iraq concernant la prolifération doit s’appliquer à toutes les autres crises. Si la guerre est la seule façon de résoudre le problème, nous entrons immédiatement dans une impasse. La communauté internationale doit clairement faire preuve d’initiative et d’imagination. Nous devons également préserver l’unité internationale. L’intervention militaire unilatérale doit être perçue comme une victoire pour la loi du plus fort, une attaque contre la primauté du droit et la moralité internationale.

En Iraq, nous avons tous fait, collectivement, le choix des inspections. Un choix en faveur de la légitimité qui a été approuvé par l’ensemble de la communauté internationale. C’est également un choix en faveur de l’efficacité. Des inspections ont lieu dans des conditions satisfaisantes. Déjà, nous savons, et c’est un fait avéré, que les programmes iraquiens de destruction massive ont essentiellement été interrompus, même gelés. Tous les jours, cela est confirmé par les informations que nous recevons sur le terrain, nous demandons de tout faire pour renforcer ce processus. Il y a également là un choix en faveur de la responsabilité. Si nous nous donnons les moyens d’agir, les inspections pourront être menées à terme. Une fois que MM. Blix et El Baradeï auront présenté leur rapport au Conseil de sécurité le 27 janvier, nous devrons examiner toutes les conséquences en vue de procéder à des éventuels ajustements en termes de ressources et de personnel. Et enfin, c’est un choix en faveur de la fermeté. L’Iraq doit comprendre qu’il est grand temps qu’il coopère de façon active, qu’il fournisse à la communauté internationale un tableau complet et global de ses programmes d’armes. Nous n’accepterons pas des zones d’ombre.

Etant donné que nous pouvons désarmer l’Iraq par des moyens pacifiques, nous ne devons pas courir le risque de mettre en danger la vie de civils ou de soldats innocents, mettre en danger la stabilité de la région ou même élargir le fossé entre les peuples et les cultures, entre nos peuples et nos cultures, et alimenter le terrorisme. L’unité des consultations qui ont été maintenues depuis le début de la crise iraquienne est exemplaire. Cela doit être à la base du traitement d’autres crises, notamment en Corée du Nord et au Moyen-Orient.

Nous devons, sur la Corée du Nord, savoir de quoi nous parlons, sur la préservation des instruments multilatéraux, sur la non-prolifération notamment le TNP, ainsi que sur la stabilité de la région et ailleurs. Là aussi, nous pensons qu’une démarche graduelle mais ferme est celle qui convient le mieux. Tous les canaux doivent être utilisés parallèlement : contacts bilatéraux, consultations régionales et consultations multilatérales, notamment dans le cadre de l’AIEA et du Conseil de sécurité. A chaque étape il est indispensable que les Etats de la région, notamment le Japon et la Corée du Sud, soient étroitement associés.

J’en arrive maintenant à la crise qui dure depuis le plus longtemps : le Moyen-Orient. D’un côté, le terrorisme frappe des innocents, de l’autre le sentiment d’injustice alimente des sentiments extrémistes. Quelles sont nos priorités à ce stade ?

Nous pensons qu’après les élections, il faudra publier la feuille de route du Quartet adoptée le 20 décembre avec sa mise en oeuvre immédiate. Dans la lignée de la feuille de route, il faut qu’il y ait des élections dans les Territoires palestiniens sur une plate-forme de paix et une conférence internationale sur le Moyen-Orient. La France veut s’engager résolument, en liaison avec ses partenaires, en donnant l’exemple en reconnaissant l’Etat palestinien dans ses frontières provisoires au terme d’un délai clairement fixé. Enfin il faut d’ores et déjà réfléchir à la question des garanties : garantie de la sécurité d’Israël, garantie de la justice due au peuple palestinien, garanties enfin pour le développement économique de l’ensemble de la région.

Je dois dire que j’ai été assez long dans cette intervention préliminaire, mais nous sommes persuadés, c’est là la démarche française, que tous les problèmes du monde sont liés entre eux. Et à problèmes mondiaux, il faut des solutions mondiales dans le cadre de la sécurité globale aux Nations unies.

Q – On a l’impression ici d’une France qui n’est pas constante, d’une France qui s’efforce de restreindre l’hyper-puissance alors qu’elle est prête à envoyer ses propres troupes à la bataille. Une France qui cède toujours à la pression. Premièrement, est-ce que cette impression est justifiée. ? Deuxièmement, le président Chirac a demandé que les inspecteurs aient un peu plus de temps pour leur travail en Iraq. Vous venez d’indiquer clairement que vous estimez que le processus doit être renforcé et amélioré, mais que le processus doit se poursuivre. La semaine dernière, Colin Powell a dit que, d’ici la fin du mois, il pensait qu’il y aurait suffisamment d’éléments ici pour justifier une deuxième résolution autorisant la guerre en Iraq. Y a-t-il une possibilité que l’Iraq renonce à son exigence en faveur d’inspections plus longues dans les deux ou trois semaines à venir ?

R – La position de la France sur l’Iraq, comme sur l’ensemble des sujets, est guidée par des principes forts : le droit, la morale, la solidarité, la justice. Ces principes ont guidé la France tout au long de la préparation de la résolution 1441. Cette résolution met en avant la nécessité d’avancer dans la recherche de la sécurité collective vers le désarmement de l’Iraq. Je tiens à rappeler que l’objectif de la communauté internationale, et il n’y en a qu’un seul, est le désarmement de l’Iraq. Et pour ce faire, nous nous sommes dotés d’un moyen : les inspecteurs qui travaillent sur place, ont des informations sur le terrain. Et nous avons établi un principe simple : ces inspecteurs font un rapport au Conseil de sécurité, ce qui permet au Conseil de sécurité d’avoir une évaluation satisfaisante de ce qui se passe sur le terrain, et, à partir de là, de prendre ses responsabilités. La France, sur l’ensemble de la planète est fidèle aux principes qu’elle émet. Et je crois pouvoir dire que la communauté internationale dans son ensemble le reconnaît. Aujourd’hui, nous le voyons bien : il y a un choix. Le choix, c’est de continuer, conformément aux choix que nous avons faits, dans la voie de la coopération. L’autre choix, c’est d’avancer, parce que nous serions impatients de la situation en Iraq, d’avancer dans la voie de l’intervention militaire. Nous pensons qu’aujourd’hui, rien ne justifie d’envisager l’action militaire. Cela fait moins de 60 jours que les inspecteurs travaillent sur place. Depuis deux mois, nous pensons que la mise en place des inspections et le travail qu’ils ont fourni – plus de 300 inspections par mois – constituent un travail satisfaisant. Alors certes, ce travail, nous pouvons l’améliorer, et la France est mobilisée pour faire en sorte que le travail des inspecteurs puisse se dérouler avec toujours plus d’efficacité. Et nous avons posé, comme un principe, bien sûr, la recherche de la coopération active de l’Iraq. C’est dans ce sens que nous travaillons. Et nous voyons bien, jour après jour, que les inspecteurs sont en situation d’avoir plus d’informations. Et nous voyons par ailleurs qu’aujourd’hui l’Iraq n’est pas en mesure de poursuivre réellement de nouveaux programmes, quand bien même il le voudrait, avec le nombre d’inspecteurs sur place. Voilà le choix qu’a fait la communauté internationale et que soutient la France. Alors, on peut, à un moment donné, décider de changer. Ce n’est pas nous qui changerions, ce sont ceux qui décideraient d’intervenir militairement qui changeraient. Le choix de la communauté internationale, c’est la coopération. Et nous disons que, tant que la coopération peut avancer, il faut que l’on continue dans la voie qui a été tracée. Si on décide de changer de pied et si les Etats Unis décidaient, à un moment donné, d’envisager une action militaire unilatérale, la première question que nous poserions, c’est celle de la légitimité de cette action. La deuxième question que nous poserions, c’est celle de l’efficacité de cette intervention. Parce que c’est une chose que d’intervenir militairement en Iraq, voire d’attaquer le régime de Saddam Hussein, de faire partir Saddam Hussein et de faire tomber le régime. C’est autre chose que d’avoir un Iraq uni, que d’avoir la région du Moyen-Orient stable et sûre. Quelles conséquences, par ailleurs, pour la communauté internationale en terme de sécurité ? Quelles nouvelles divisions verrait-on surgir sur la scène internationale ? Quels frustrations et sentiments d’injustice seraient nourris ? Notre sentiment, c’est que cette intervention, en terme d’efficacité, nous conduit dans une aventure où nous ne maîtrisons à aucun moment les acquis et les bénéfices. En conséquence de quoi, le choix est simple. Soit nous continuons patiemment mais avec la conviction qu’au bout du chemin, par la coopération, nous désarmerons l’Iraq, et c’est la conviction que la France exprime. Et c’est la conviction qu’expriment les inspecteurs. Nous verrons leur rapport le 27 janvier. Soit on considère qu’il y a un raccourci militaire et que par ce raccourci, on peut espérer aller plus vite à l’objectif. Nous disons, soyons prudents, le monde est malade, le monde est en grand désordre. Est-ce que le monde peut se permettre de telles initiatives dont nous savons qu’elles risquent de faire école ? Car le problème de la prolifération, ce n’est pas uniquement l’Iraq, c’est aussi la Corée du Nord, ce sont aussi d’autres Etats. Faudra-t-il alors envisager l’intervention militaire ou est-ce que l’intervention militaire seule suffira par un effet magique à régler tous les autres problèmes de la planète ? Soyons responsables. Constatons que la situation du monde est grave et qu’il faut s’attaquer à l’ensemble des problèmes en même temps avec l’atout que nous avons aujourd’hui. Et nous considérons que cet atout, il faut le valoriser : c’est l’unité et l’unanimité de la communauté internationale. Vous savez que la France a pris sa part dans l’adoption de la résolution 1441, avec nos amis américains, pour faire en sorte que cette unanimité soit possible. Cette unanimité, c’est pour la communauté internationale un bien précieux. Avant de prendre le risque de rompre cette unanimité, réfléchissons. C’est tout le sens des consultations que nous avons. J’ai rencontré Colin Powell hier, nous allons déjeuner avec le Secrétaire général des Nations unies et les quatorze autres ministres des Affaires étrangères. C’est l’occasion, véritablement, de nous concerter et ma conviction, c’est qu’il est possible aujourd’hui de s’entendre sur une voie déterminée, efficace et résolue, dans le cadre de la résolution 1441.

Q – Est-ce que vous êtes fermement convaincu que l’action militaire n’est pas justifiée ? Est-ce que la France est prête à opposer son veto si elle n’a pas assez d’assurance ou si elle est convaincue que l’Iraq ne viole pas de façon manifeste ses obligations ? Et j’ai l’impression que vous êtes en train de suggérer que même s’il y avait d’éventuelles preuves, vous pourriez décider que la force militaire n’est toujours pas justifiée, que cela pourrait provoquer trop de vagues.

R – L’attitude de la France en cas de deuxième résolution ou si les Etats-Unis décidaient de poursuivre dans la voie qui est la leur, nous l’avons dit depuis le début, le président de la République l’a dit clairement : nous ne nous associerons pas à une intervention militaire qui n’aurait pas le soutien de la communauté internationale, le soutien des Nations unies. Par ailleurs, nous pensons qu’une intervention militaire serait la pire solution et que le recours à la force ne peut être qu’un dernier recours, à supposer que toutes les autres voies aient été épuisées. A partir de là, vous évoquez le droit de veto. La France, comme membre permanent du Conseil de sécurité, assumera toutes ses responsabilités, fidèle aux principes qui sont les siens. Et je réponds une nouvelle fois à la question qui m’a été posée sur l’inconstance de la France : croyez bien qu’en matière de respect des principes, nous irons jusqu’au bout. Sur la question de l’intervention militaire et de la légalité qu’elle pourrait avoir, notre sentiment est très simple : tant que la coopération peut être explorée, tant que l’on peut avancer par la coopération avec les inspecteurs, il n’y a aucune raison de choisir la plus mauvaise des solutions, c’est à dire l’intervention militaire.

Q – A vous entendre et après avoir entendu M. Powell, on a l’impression que vous n’êtes absolument pas sur la même longueur d’ondes. Il vous a placés, vous et les autres membres du Conseil de sécurité, devant un ultimatum : « ralliez-vous à notre position, sinon vous verrez ». Est-ce que ceci est ressorti de vos échanges récents ? Vous avez parlé d’un échange que vous avez eu hier avec lui. Jusqu’où avez vous l’intention d’aller ? Et que pensez-vous de ses efforts et des efforts qui sont faits en vue d’envisager l’exil de Saddam Hussein ?

R – La relation avec nos amis américains est excellente. Elle l’est d’autant plus que, nos amis américains, comme nous-mêmes, nous parlons franchement. C’est-à-dire que quand nous nous voyons, nous nous disons les choses telles qu’elles sont. Nous n’avons rien à cacher et « entre quatre yeux », nous nous disons les choses telles qu’elles sont. C’est bien le sens de l’action de la diplomatie française et nous avons constaté, semaine après semaine, que la confiance est forte dans cette relation. Il se trouve que sur cette question, nous pouvons avoir des positions différentes. C’est bien justement les principes qui nous font diverger : le sentiment que la communauté internationale aujourd’hui peut espérer rechercher le moyen de trouver des solutions aux crises du monde et je l’ai dit, le terrorisme, la prolifération, les crises régionales, et qu’il est important de prendre le pouls du monde, le sentiment du monde, le sentiment de frustration, le sentiment d’injustice.

Prêtons attention aux peuples du monde. C’est une chose que de décider d’une intervention, c’est autre chose que de régler les problèmes. Pour régler les problèmes, il n’y a pas, malheureusement – nous aimerions qu’il y en ait- de baguette magique. Il n’y a que des efforts, que de la détermination, que de l’énergie, que de l’imagination qui rendent les choses possibles. Et c’est cette énergie, ce sont ces efforts, c’est cette patience que nous mettons au service de la coopération internationale. Parce que c’est la seule façon de régler la question de l’Iraq, de régler demain la question de la Corée du Nord, d’espérer reprendre l’initiative sur le Proche Orient. Voyez la situation dans laquelle nous sommes : l’une des plus vieilles crises de la planète, à laquelle il semblerait qu’aujourd’hui la communauté internationale ne prête pas attention, laisse faire la situation d’injustice qui est celle là. Comment voulez-vous que le monde arabe réagisse face à ces situations ? La France est comptable sur le plan international du respect des principes de droit, de morale, de justice et de solidarité. Et nous disons par ailleurs qu’il est temps de se poser les questions, toutes les questions, si une intervention militaire devait être envisagée. Qu’en sera-t-il demain ? Une fois de plus, le problème est plus difficile que de changer un régime. Et c’est bien pour cela que nous nous sommes fixé un objectif simple : le désarmement de l’Iraq. Et vous me posez la question de l’exil de Saddam Hussein. Ne nous détournons pas de notre objectif. Notre objectif, c’est le désarmement de l’Iraq, ce ne sont pas d’autres solutions dont certaines peuvent paraître aujourd’hui totalement fantaisistes.

Q – Vous avez convoqué aujourd’hui les ministres des Affaires étrangères des grandes puissances pour parler du terrorisme et nous sommes ici en train de parler essentiellement de l’Iraq. Est-ce que vous avez l’impression que les discussions ont été détournées et que si l’on parle trop de l’Iraq, on risque d’alimenter le terrorisme ?

R – Pour nous, toutes les questions sont liées. La planète est une. Et quand vous avez une situation de faiblesse de la communauté internationale, quand vous avez un monde qui a la fièvre, il est bien évident que cette fièvre, elle existe à la tête et aux extrémités. Elle existe partout. On ne peut pas isoler les parties de la planète. Nous voyons la multiplication des crises. Prenez depuis le 11 septembre, la multiplication des attentats qu’a connus la planète. Il y a évidemment un lien qui existe entre l’ensemble de ces situations. Et c’est pour cela que le choix du remède est si important. C’est pour cela que nous pensons que la vraie richesse de la communauté internationale aujourd’hui, c’est bien l’unité, l’unanimité. Nous ne serons efficaces que si nous agissons ensemble. Et toutes les tentations, la peur, la force, le scepticisme ne conduisent à rien. La communauté internationale a besoin de mobilisation. Et il n’y a pas, contrairement à ce que certains voudraient croire, d’un côté ceux qui veulent agir, de l’autre de présumés inconstants ou sceptiques qui se contenteraient de faire semblant d’agir. Non, il y a ceux qui pensent que certaines actions sont efficaces et d’autres qui pensent que d’autres peuvent l’être davantage. Et notre conviction, c’est que la coopération passe par les inspections, c’est là le vrai visage de l’action de la communauté internationale. Il faut être capable de prendre aujourd’hui le risque de la paix, de construire la paix, cela demande parfois plus d’exigence que de faire la guerre.