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1024 490 Dominique de Villepin

Le système américain pousse jusqu’à la carricature le jeu politique

Invité d’Elisabeth Quin dans l’émission « 28 minutes  » sur Arte, Dominique de Villepin s’est prononcé sur les élections américaines quelques heures avant le déroulé du scrutin. Il a également été amené à donner son avis sur l’intervention française au Mali

800 946 Dominique de Villepin

Nous avons un combat commun à mener

Invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC-BFMTV, Dominique de Villepin considère que la France doit dialoguer avec l’ensemble de ses interlocuteurs et ne pas se restreindre à l’action militaire pour contribuer à la résolution des grandes crises internationales. Il en a profité pour avancer des pistes de réflexion pour désamorcer les conflits qui meurtrissent le Moyen-Orient, notamment entre l’Iran et l’Arabie Saoudite

1024 534 Dominique de Villepin

En diplomatie, on ne choisit pas ses interlocuteurs

Invité de Laurent Ruquier dans l’émission « On n’est pas couché » le 5 novembre dernier, Dominique de Villepin y a présenté son livre Mémoire de Paix pour temps de Guerre et proposé de réviser notre emploi de l’outil militaire.

1024 660 Dominique de Villepin

La gouvernance mondiale ne fonctionne pas

Dominique de Villepin était l’invité de Patrick Cohen sur France Inter le 3 novembre dernier à l’occasion de la sortie de son livre Mémoire de Paix pour temps de Guerre

 

1024 576 Dominique de Villepin

Nous devons être médiateur

Dans une interview pour LCI, Dominique de Villepin précise le rôle que doit jouer la France au Moyen-Orient

 

1024 576 Dominique de Villepin

Sur la crise ukrainienne

Lors d’une interview avec Ruth Elkrief sur BFM TV, Dominique de Villepin revient sur la crise ukrainienne et sur le rôle joué par la Russie dans ce pays

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Prenons les Russes au sérieux !

Dans un extrait vidéo d’une interview pour « Télématin » sur France 2, Dominique de Villepin estime que le manque de confiance et de dialogue avec la Russie est préjudiciable pour la résolution du conflit syrien

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Conférence des Ambassadeurs

Monsieur le ministre des Affaires étrangères, Cher Philippe,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs, Chers Amis,

Merci d’être venus d’aussi bonne heure : une bonne diplomatie, c’est une diplomatie en veille permanente, toujours prête à répondre à l’urgence.

Vous l’avez montré cet été, face aux attentats et aux catastrophes aériennes qui ont frappé nos concitoyens : en quelques heures, les moyens ont été mobilisés, en France et sur le terrain, pour répondre aux inquiétudes des familles. Je tiens à saluer l’engagement de tous ceux qui ont participé à cet effort.

Le président de la République vous a fixé lundi votre feuille de route. Philippe Douste-Blazy vous a présenté hier ce qu’il souhaite pour son ministère et pour votre action. Je voudrais pour ma part vous dire ce que j’attends de vous au regard des priorités du gouvernement.

Dans un monde confronté à de profonds changements, la mobilisation de notre diplomatie est d’autant plus importante que les nations ont tendance à se replier sur elles-mêmes. Après les espoirs déçus des années 1990, après d’intenses débats lors de la crise iraquienne, l’engagement international des Etats faiblit. La construction européenne a connu un double coup d’arrêt avec le rejet de la Constitution et l’échec du dernier sommet de Bruxelles.

La communauté internationale voit s’essouffler ses ambitions communes, qu’il s’agisse de la réforme des institutions multilatérales, de la protection de l’environnement ou de la lutte contre la faim et les épidémies. A l’heure où les pays comme les peuples sont plus liés que jamais, nous avons besoin d’unité et de rassemblement.

Sur tous les sujets qui préoccupent les Français, il revient à chacun d’entre vous d’apporter des réponses.

En Asie, en Afrique, en Europe ou sur le continent américain, vous devez toujours vous poser les mêmes questions : en quoi mon action est-elle directement utile à mon pays ? Qu’est-ce que je peux proposer pour l’améliorer ?

Face à la mondialisation, une diplomatie performante anticipe sur les grands bouleversements stratégiques, les évolutions économiques et les transformations des sociétés : c’est là aussi votre tâche. Vous le savez mieux que personne : dans la négociation, celui qui prend l’initiative d’un projet possède sur les autres un avantage décisif.

La France entend rester une grande puissance économique, un pays compétitif, un pays qui pèse sur la scène internationale. Et il vous revient de relayer hors du territoire national l’action engagée par le gouvernement pour restaurer la confiance des Français. Vous devez prolonger cette action, en particulier dans le domaine de la croissance et de l’emploi, en réaffirmant notre volonté de relever les défis de la mondialisation grâce à une économie ouverte, dynamique et tournée vers l’avenir. Il vous faut expliquer les grands choix faits depuis plusieurs mois afin de moderniser le modèle français : le choix d’une mobilisation exceptionnelle dans la lutte contre le chômage, le choix de l’innovation avec les pôles de compétitivité, le choix de la justice sociale et de l’égalité des chances.

La première des priorités sur lesquelles je souhaite insister, c’est la sécurité de notre pays : vous devez y prendre toute votre part.

Protéger les Français, c’est bien entendu garantir la sécurité du territoire face au risque des armes, qu’il s’agisse du terrorisme ou de la prolifération. La menace terroriste s’étend aujourd’hui à l’ensemble de la planète. La France n’est pas à l’abri. La lutte contre ce fléau constitue donc une priorité pour le gouvernement : j’ai demandé la rédaction d’un Livre blanc sur la sécurité intérieure face au terrorisme. Il nous permettra d’avoir une analyse plus claire de la menace, d’élaborer une doctrine et de renforcer nos moyens dans le respect de notre Etat de droit.

Cela implique d’abord d’en comprendre le fonctionnement. En France, comme dans d’autres pays européens, le terrorisme s’appuie sur un discours extrémiste véhiculé par des prédicateurs et des idéologues capables d’endoctriner certains jeunes en quête d’identité. Il utilise un réseau logistique capable de mettre sur pied des filières à destination des camps d’entraînement et de recruter des poseurs de bombe.

Nous devons donc agir à chaque niveau : nous devons combattre le discours extrémiste qui sous-tend le terrorisme, sans faire d’amalgame. Grâce aux pôles de lutte contre l’islamisme radical que j’ai mis en place dans chaque région, nous pourrons faire preuve de plus de vigilance devant ce phénomène particulièrement inquiétant. Nous devons aussi renforcer notre efficacité sur le plan opérationnel.

C’est vrai au niveau national : au-delà des mesures déjà prises, j’ai demandé au ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur, de me proposer à l’automne un projet de loi sur la lutte contre le terrorisme afin d’adapter nos moyens juridiques et opérationnels, dans le respect de nos exigences juridiques.

C’est vrai aussi en ce qui concerne notre coopération policière internationale, indispensable face à des réseaux qui ne connaissent pas les frontières : avec nos partenaires européens et américains en particulier, mais aussi, par exemple, avec nos voisins du Maghreb.

Vous avez, donc, un rôle essentiel dans ce combat : Vous avez une connaissance en profondeur de pays sensibles et de zones de tension, notamment en Asie du Sud et au Moyen-Orient : votre éclairage est précieux, il est attendu par toutes les autorités de l’Etat. Certains d’entre vous sont en poste dans des pays avec lesquels nous avons engagé une coopération étroite. Je pense en particulier aux pays participant au G5 : l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et l’Espagne.

J’ai fait un certain nombre de propositions au Premier Ministre britannique, actuellement président du Conseil européen, lors de ma visite à Londres en juillet dernier : l’échange systématique des listes de djihadistes ; la conservation des données téléphoniques qui ont permis, notamment dans le cas des attentats de Madrid, de remonter la filière terroriste ; une coopération accrue dans la lutte contre l’islamisme radical qui risque de se propager dans nos pays, notamment auprès des jeunes.

Ces coopérations doivent nous permettre d’aller plus loin à l’échelle de l’Union européenne dans son ensemble, où les résultats sont encore trop limités : la coopération dans les domaines de la justice et des affaires intérieures doit être une priorité.

J’attends également de vous que vous défendiez, dans les enceintes internationales et auprès de nos partenaires, la conviction que la démocratie constitue notre principal atout dans la lutte contre le terrorisme.

Enfin, la résolution des crises régionales est indispensable pour renforcer la sécurité de nos concitoyens. Nous savons qu’elles nourrissent de manière directe ou indirecte la menace terroriste, nous le voyons particulièrement avec l’Iraq, devenu terre de prédilection pour le terrorisme international. Or, elles risquent de se multiplier dans les années à venir.

Notre diplomatie a un devoir particulier dans la résolution des crises régionales : elle doit trouver des solutions qui respectent les identités culturelles et qui répondent mieux aux besoins politiques, économiques et sociaux de long terme du pays. Qu’il s’agisse de trouver une issue durable aux crises ou de les prévenir, la sécurité est indissociable de la justice. Cela implique de poursuivre sans relâche la mobilisation internationale contre la pauvreté au cours des grandes échéances de ces prochains mois : c’est l’objectif du Sommet qui s’ouvrira à New York dans quelques jours, et auquel participera le président de la République.  Les progrès attendus du cycle de Doha en faveur du développement doivent répondre à la même nécessité. Nous devons également responsabiliser davantage les acteurs régionaux. Sans eux, aucun règlement durable n’est envisageable. C’est ce que nous avons entrepris de faire en Afrique dans le cadre du Programme de renforcement des capacités africaines de maintien de la paix.

Vous devez aussi prendre toute votre part à la lutte contre la prolifération.

Aujourd’hui, elle menace de franchir un nouveau seuil : les tentations sont nombreuses : elles sont stratégiques, pour des Etats qui cherchent à sanctuariser leur territoire ; elles sont également politiques, car acquérir la bombe reste perçu comme un élément de statut sur la scène internationale ; elles sont enfin économiques, pour les pays ou les réseaux qui en tirent des profits importants. Face à cette situation, les instruments internationaux hérités du système de sécurité collective ont atteint leurs limites. Ils restent des piliers essentiels de la paix et la sécurité dans le monde. Mais ils se heurtent aujourd’hui à la difficulté des contrôles et à l’insuffisance même des normes.

Face à cette réalité, nous devons agir à deux niveaux : au niveau opérationnel, en améliorant la complémentarité de nos dispositifs nationaux, en amplifiant la mise en commun de nos moyens à l’échelle européenne et en renforçant, avec nos partenaires internationaux le combat contre les trafics et les réseaux. Il nous faut également agir au niveau politique en participant à la redéfinition du cadre stratégique qui détermine sur le long terme notre sécurité : la pérennité du système international de sécurité collective repose sur sa crédibilité. Celle-ci suppose une capacité d’adaptation permanente. Les défis auxquels nous sommes confrontés doivent nous inciter à refonder les instruments multilatéraux afin de mieux les préserver.

Je souhaite que la France participe pleinement à ce débat, en y défendant avec conviction ses intérêts et ses principes : un multilatéralisme efficace et rénové ; l’encadrement de l’usage de la force par le droit ; le respect de la norme et des engagements souscrits, notamment à travers des contrôles renforcés ; le refus de la course aux armements ; le primat à la sécurité collective.

Nous avons ainsi un défi majeur avec l’Iran, tenté de s’écarter de la voie ouverte par les discussions menées depuis 2003 avec la France, la Grande Bretagne et l’Allemagne, et le soutien de toute la communauté internationale. Il est essentiel de convaincre Téhéran de respecter pleinement ses engagements.

Mais la sécurité des Français ne se résume pas à la question de la violence. Il s’agit aussi de sécurité sanitaire et alimentaire.

Je veux ici rendre hommage à la mobilisation des services diplomatiques lors des crises du SRAS ou de la grippe aviaire. Vous assurez la responsabilité de la protection des Français lorsqu’ils résident à l’étranger ; vous assurez également l’information de Paris afin que les mesures de prévention et de traitement des ces risques sanitaires puissent être préparées à temps malgré la vitesse de propagation des épidémies ; vous participez enfin à des actions de coopération visant à aider les pays victimes de crises sanitaires à s’en protéger. Votre action est d’autant plus importante que nous faisons face depuis quelques semaines à la progression de l’épizootie de grippe aviaire. L’évolution de la situation épidémiologique et le travail continu de déclinaison et d’ajustement opérationnel du plan « pandémie grippale » depuis son adoption le 13 octobre 2004 conduiront le Gouvernement à annoncer rapidement des mesures destinées à renforcer et actualiser notre état de préparation. L’adaptation de notre stratégie de réaction passe tout particulièrement par la construction d’une communauté de vue avec nos partenaires européens.

Enfin, nous devons protéger l’équilibre économique et social de notre pays face à l’immigration irrégulière. Jamais les mouvements de population n’ont été aussi massifs dans le monde. Pour rester une terre d’accueil et d’intégration, la France doit mieux contrôler les flux migratoires. Votre rôle est d’abord de nous aider à mieux comprendre la réalité du phénomène. Les analyses que vous ferez à partir de vos pays de résidence seront précieuses pour le Ministère de l’Intérieur, pour l’OFPRA, la Commission de recours des réfugiés et tous les services concernés. Vous avez aussi une responsabilité directe en matière de délivrance des visas de court séjour. Ils sont aujourd’hui le mode d’entrée privilégié des immigrants irréguliers sur le territoire français. Je vous demande de vous impliquer personnellement dans ce domaine

Je veillerai à ce que vous disposiez des outils nécessaires à l’accomplissement de votre mission : vous pourrez vous appuyer sur la mise en place des visas biométriques : j’entends augmenter les retours perçus par le ministère des Affaires étrangères sur les recettes des visas, afin d’accélérer le développement du programme. Vous aurez également les moyens de contrôler les actes de mariage effectués à l’étranger, afin de lutter en particulier contre les mariages forcés. Vous pourrez bientôt vous appuyer sur un réseau sécurisé unique, commun aux préfectures et aux consulats, qui permettra une plus grande cohérence dans notre politique d’immigration.

Dans ce domaine aussi, nous devons amplifier la coopération internationale pour être plus efficaces : au niveau européen, la mise en place d’une véritable politique commune de l’immigration est un objectif majeur, dont nous devons accélérer la réalisation. Dans l’immédiat, nous devons explorer la piste des implantations consulaires communes. Avec les pays sources, nous devons établir de véritables partenariats ; c’est, je le sais, l’objectif de Brigitte Girardin : l’aide au développement sera mieux ciblée autour du retour des étrangers en situation irrégulière dans leur pays d’origine. L’aide au retour sera plus intéressante financièrement et mieux contrôlée. Nous voulons aussi améliorer le taux de délivrance de laissez-passer consulaires. Aujourd’hui, seul le tiers des documents demandés sont obtenus dans les délais requis pour l’exécution des mesures d’éloignement : ce n’est pas acceptable. Des démarches sont en cours, à Paris et dans plusieurs de vos pays de résidence : j’y attache une importance particulière.

La deuxième priorité, c’est la croissance : vous devez d’abord prendre toute votre part à la relance de notre dynamisme économique. La France a les moyens de rester une grande puissance économique et commerciale.

Notre pays peut compter sur des atouts considérables, qu’il s’agisse de notre situation géographique, de notre réseau d’infrastructures, de la qualité du travail et du savoir-faire, ou encore de l’excellence de notre recherche.

Nous pouvons également compter sur une économie diversifiée, qui nous permettra de mieux résister à la pression économique internationale et aux évolutions conjoncturelles.

Enfin, la France est présente dans la plupart des secteurs d’avenir : nous sommes aux premiers rangs dans des secteurs de haute technologie comme le nucléaire ou l’aéronautique. Dans d’autres domaines d’avenir, comme les nanotechnologies ou les technologies de l’information, nous devons combler notre retard. C’est l’objectif des pôles de compétitivité qui réuniront en un même lieu des compétences aujourd’hui dispersées.

Forts de ces atouts, nous devons relever le défi de la mondialisation. Face à une concurrence toujours plus vive, le gouvernement souhaite rassembler toutes les forces autour d’un véritable patriotisme économique. Il ne s’agit pas de nous replier à l’abri d’un nouveau protectionnisme : nous avons une longue tradition d’ouverture. Il s’agit de mobiliser toutes nos énergies, acteurs publics mais aussi privés, pour valoriser l’attractivité de notre pays. D’autres se sont déjà dotés d’instruments pour mieux valoriser leurs atouts et leurs capacités : il est normal que nous nous donnions les moyens de protéger nos entreprises et nos emplois.

Dans la mise en œuvre de ce patriotisme économique, vous avez un rôle essentiel.

Premièrement, en améliorant l’attractivité de notre territoire : notre pays doit mieux accueillir les compétences et les talents : à vous d’inciter les chercheurs, les étudiants et les cadres à venir tenter leur chance dans notre pays. Vous le faites déjà : renforcez votre action. De notre côté, nous adapterons notre programme de bourses, nous améliorerons l’accueil des étudiants, notamment en ce qui concerne le logement, ainsi que la rémunération pour les chercheurs étrangers. La France doit également attirer davantage les investissements et les capitaux. Il vous revient de jouer un rôle toujours plus actif dans ce domaine, à travers la connaissance des acteurs économiques de votre pays d’accueil. Elle guidera notre action pour améliorer le cadre juridique des investissements étrangers, et offrir de nouveaux dispositifs d’accompagnement à l’installation. Enfin, nous devons développer ensemble certains secteurs stratégiques qui sont les clés de la croissance et des emplois de demain. Nous savons tous ici ce que nous vous devons dans le succès d’Iter. Grâce à des projets comme celui-ci ou comme Galileo, la France et l’Europe resteront fidèles à leur tradition d’excellence.

Deuxième direction : anticiper les grandes mutations à venir : grâce à des stratégies industrielles pour mieux cibler nos secteurs d’excellence : c’est à partir de ces secteurs que nous pourrons développer l’exportation de nos entreprises, quelle que soit leur taille. Anticiper aussi grâce à des stratégies régionales : à vous d’identifier les marchés porteurs. Chaque ambassade doit dorénavant être dotée d’un comité d’intelligence économique réunissant, sous l’autorité de l’ambassadeur, tous les acteurs capables d’analyser la situation des marchés locaux afin de nous informer des opportunités qui apparaissent pour les entreprises. Anticiper enfin dans la préparation des grandes négociations en cours, notamment au sein de l’OMC : je pense en particulier à la préparation de la conférence ministérielle de Hong-Kong, dont l’issue pourrait avoir des conséquences majeures sur notre économie nationale et européenne. Nous devons y faire avancer nos intérêts offensifs et défensifs dans tous les domaines, l’agriculture comme l’industrie et les services. Notre meilleur atout, là encore, ce sera notre capacité à rallier nos partenaires à nos vues.

Troisième direction, appuyer nos entreprises à l’étranger : seules 5% d’entre elles sont présentes à l’export. Nos petites et moyennes entreprises, en particulier, ne sont pas suffisamment soutenues dans leurs exportations, alors qu’elles ont un fort potentiel de croissance et de création d’emplois. Elles doivent bénéficier de nouveaux outils de financement et d’aide à l’exportation, à travers l’Agence de l’innovation industrielle, mais aussi Oséo ou encore les crédits export. Je souhaite renforcer leur accompagnement international en ciblant davantage les pays et les secteurs où nous devons porter nos efforts. Il nous faut également multiplier les initiatives : je pense à celle qui a permis à mille PME de bénéficier dans leurs relations commerciales avec la Chine d’un soutien accru de l’Etat, mais aussi à des démarches triangulaires comme la rencontre Mexico-France-Québec conduite par mon prédécesseur, Jean-Pierre Raffarin. Pour construire une stratégie de long terme, Christine Lagarde me remettra dans les tout prochains jours un plan complet pour le développement de l’exportation, comprenant notamment des mesures de solidarité des grands groupes français à l’égard des PME.

La troisième priorité, c’est le rayonnement de notre pays à l’étranger.

La culture participe à l’attractivité de notre territoire, elle crée des emplois, elle crée de la croissance. Dans un monde guetté par l’uniformisation, elle est aussi devenue porteuse d’un combat pour la diversité. Dans chacun de vos pays de résidence, je vous demande donc de promouvoir notre cinéma, notre littérature et nos arts dans un dialogue constant avec la culture de votre pays de résidence. Vous pouvez pour cela vous appuyer sur notre réseau culturel et éducatif, en particulier les lycées français et les Instituts culturels rénovés, qui constituent sur le terrain autant de relais dynamiques de cette politique. L’effort de rationalisation engagé doit permettre de renforcer leur capacité d’innovation, d’adaptation et de gestion. Notre audiovisuel extérieur constitue également un atout majeur, que devrait renforcer encore le projet de chaîne internationale d’information. Vous devez également faire connaître les efforts de modernisation et d’adaptation de notre propre système éducatif, de l’école élémentaire à l’enseignement supérieur, afin de favoriser le rapprochement avec celui de vos pays de résidence.

Vous avez également en charge la promotion de notre langue, aussi bien sur le plan bilatéral que dans les enceintes internationales. Le français reste l’une des principales langues de communication internationale : parallèlement à l’indispensable développement des langues étrangères en France, auquel nos partenaires sont attentifs, faisons fructifier notre acquis, répondons aux attentes et aux besoins nouveaux. Je souhaite engager une réflexion sur l’usage du français dans des secteurs clefs comme l’économie ou les nouvelles technologies de communication et d’information. En partenariat avec l’Organisation Internationale de la Francophonie et sur la base des propositions de nos parlementaires et de nos entreprises, favorisons des initiatives nouvelles comme par exemple une campagne de sensibilisation auprès des grandes écoles de commerce dans les grands pays partenaires de la France.

Au-delà, c’est une véritable diplomatie culturelle qu’il nous faut mettre en place, autour d’objectifs et de projets précis. Nous avons su le faire en promouvant notre architecture en Chine. D’autres grands chantiers sont en cours, comme la relocalisation de tournages de films en France. Dans ce domaine, il est essentiel de multiplier les initiatives européennes, à l’image de la bibliothèque numérique européenne ou du label « patrimoine de l’Europe ».

Nous devons enfin multiplier les initiatives dans le domaine de la coopération technique : porteuse des savoir-faire français, elle est aussi gage d’avenir. Qu’il s’agisse de santé, d’agriculture ou de bonne gouvernance, elle crée des liens qui demain se renforceront.

Le rayonnement, c’est la culture, mais c’est aussi le tourisme constitue un secteur clé pour le rayonnement de notre pays à l’étranger et pour notre dynamisme économique.

Première destination touristique au monde, la France est cependant confrontée à une concurrence de plus en plus forte. Nous devons aller vers une démarche plus qualitative. Le gouvernement a donc défini une nouvelle stratégie de promotion du tourisme en France : il s’agit d’atteindre d’ici à 2010 les 40 milliards d’euros de recettes touristiques en améliorant l’image de notre pays à l’étranger.

Vous devez donc relayer, en liaison avec les « Maisons de la France » à l’étranger, notamment auprès des décideurs économiques, cette stratégie de promotion.

Enfin, je vous demande de poursuivre la défense des valeurs pour lesquelles notre pays s’est toujours mobilisé à travers le monde.

Il vous appartient bien entendu de faire vivre et d’expliquer les principes qui ont toujours guidé notre diplomatie, la paix, la justice, le respect de l’identité des peuples.

Je vous demande également de continuer à vous mobiliser avec la plus grande détermination pour l’adoption de la convention sur la diversité culturelle lors de la conférence générale de l’Unesco qui s’ouvrira le 3 octobre à Paris. Je tiens à souligner la remarquable mobilisation des pays francophones et de l’Union européenne pour faire aboutir ces négociations.

Vous devez avoir les moyens de remplir ces missions. Vous le savez, les contraintes budgétaires qui pèsent sur notre pays sont lourdes et un principe de responsabilité s’impose pour limiter au maximum les dépenses. Malgré ce contexte serré, les priorités de notre action seront préservées : nous continuerons de progresser vers l’objectif de 0,5 % en 2007 pour l’aide publique au développement, fixé par le président de la République. C’est ainsi que nous atteindrons 0,47% en 2006.

En ce qui concerne le fonctionnement même du Département, je me félicite qu’il se donne les moyens de sa modernisation en choisissant d’en préserver les outils, en particulier les dépenses informatiques. La démarche engagée pour un contrat de modernisation avec le budget est à cet égard exemplaire.

Je souhaite aussi que ce contrat aboutisse un traitement plus satisfaisant de nos contributions obligatoires. Leur part croissante, notamment du fait de notre qualité de membre permanent du Conseil de Sécurité, et de nos obligations au titre du Fonds Européen de Développement, ne doit pas peser sur le fonctionnement du Département et sur les moyens de notre action diplomatique.

J’entends aussi renforcer votre rôle de coordination de l’ensemble des services de l’Etat dans votre pays de résidence. L’efficacité de notre diplomatie dépend d’abord de la cohérence de son action. Il reviendra au Comité interministériel sur les moyens de l’Etat à l’étranger, que j’ai décidé de réactiver, de préciser les mesures nécessaires : d’ores et déjà, des services administratifs et financiers uniques, communs à tous les services de l’Etat, devraient être progressivement mis en place dans plusieurs postes. Ce sera une incitation forte à procéder au nécessaire rapprochement des procédures comptables, des règles administratives et aussi, ce serait très souhaitable, des systèmes informatiques ; je souhaite également que, dans les pays en voie de développement, nos postes établissent une programmation à horizon de 3 ou 5 ans regroupant l’ensemble de nos moyens d’aide au développement, y compris ceux de l’Agence française de développement.

Enfin, je souhaite mettre les ambassadeurs en prise encore plus directe avec les grandes priorités de l’action gouvernementale.

Vous serez donc plus fréquemment et mieux informés des grands axes qui intéressent directement votre action : les pôles de compétitivité par exemple devront nous permettre d’attirer davantage de chercheurs, d’entrepreneurs et d’investissements étrangers. En retour, lorsqu’une politique publique dans votre pays de résidence vous paraît intéressante, quel qu’en soit le domaine, vous devez en rendre compte.

Enfin, dernière priorité, vous devez prendre toute votre part à la construction d’une Europe renforcée, une Europe des projets. Le 29 mai les Français n’ont pas dit non à l’Europe. L’échec du projet de traité constitutionnel européen n’est pas un rejet du projet européen, auquel la grande majorité de nos compatriotes restent attachés : il marque leur souhait d’une Europe différente. Face aux interrogations suscités par les élargissements successifs, par la complexité des politiques européennes, et par l’absence de projets lisibles par tous, ils veulent une Europe qui laisse davantage de place à l’identité de chaque nation, une Europe qui réponde de manière efficace à leurs problèmes, une Europe qui permette à ceux qui le souhaitent d’aller plus loin, notamment au sein de formats restreints.

Avec la conscience profonde qu’un nouveau temps s’est ouvert, la France doit donc occuper toute sa place dans la construction européenne. Je veux changer la place des affaires européennes dans le fonctionnement politique de notre pays. Il n’est pas normal que des décisions qui affectent la vie quotidienne de nos concitoyens soient seulement traitées au niveau technique. J’ai ainsi décidé de réunir chaque mois, avec Philippe Douste-Blazy, avec Catherine Colonna, avec tous les ministres compétents selon les sujets traités, le comité interministériel sur l’Europe. Sa préparation sera assurée par le SGCI, qui deviendra pour plus de lisibilité « Secrétariat général des Affaires européennes ». Il assurera un suivi politique des négociations de Bruxelles : c’est une exigence démocratique essentielle.

Pour mieux répondre aux attentes des citoyens français et européens, l’Europe doit être capable d’améliorer leur vie quotidienne. Elle doit le faire dans tous les domaines, sur la base de projets concrets.

Dans le domaine économique, nous devons accélérer la mise en place d’une véritable gouvernance économique pour valoriser les atouts de l’Europe, en particulier la monnaie unique. J’ai demandé à Thierry Breton de lancer une réflexion sur la mise en place d’une politique européenne de l’énergie alors que nous sommes confrontés à une hausse durable du prix du pétrole. Dans le domaine de l’agriculture, j’ai demandé à Dominique Bussereau de préparer un mémorandum sur l’agriculture, que la France déposera auprès de la Commission européenne. Dans le domaine de la jeunesse, Philippe Douste-Blazy et Jean-François Lamour me feront prochainement leurs propositions pour le développement du service civil européen. Enfin, dans le domaine de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres travaille au projet de bibliothèque numérique européenne.

Enfin, les Français et les Européens attendent des réponses claires sur la question des frontières de l’Union et sur la candidature turque. J’ai souligné le fait que pour un État candidat, vouloir entrer dans une Union dont on ne reconnaîtrait pas tous les membres posait un problème politique. Ce problème a été mis en lumière il y a quelques semaines, quand la Turquie a assorti la signature du protocole additionnel d’union douanière d’une déclaration unilatérale rappelant qu’elle ne reconnaissait pas Chypre. Face à cette situation je souhaite à la fois préserver l’unité européenne et obtenir de la Turquie les clarifications nécessaires.

Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,

Chers amis,

Vous le savez mieux que quiconque, la France n’est pas toujours bien comprise à l’étranger. A l’heure où certains voudraient opposer tel modèle économique et social à tel autre, la France a choisi de rester fidèle à elle-même en conjuguant dynamisme économique et cohésion sociale, liberté et solidarité. Forte de cet équilibre elle veut relever les défis de la modernité, faire les réformes nécessaires et s’adapter aux exigences nouvelles. Je compte sur vous pour le faire savoir.

Votre métier, je le sais d’expérience, est l’un des plus beaux. C’est aussi l’un des plus difficiles. Le succès ne peut venir que d’un questionnement perpétuel pour faire face à l’évolution du monde. Les Français s’inquiètent de leur situation personnelle et de l’avenir de leurs enfants. Mais ils s’interrogent également sur la capacité de notre pays à relever les grands défis mondiaux et à peser sur  la scène internationale. Ensemble, nous devons répondre à leur inquiétude en faisant vivre les principes de droit et de démocratie qui ont toujours guidé notre diplomatie. Fidèles à nos traditions, au service de la paix.

31 août 2005

150 150 Dominique de Villepin

Le Japon et la France face aux nouveaux défis internationaux

Mesdames, Messieurs,

C’est pour moi un grand honneur d’être reçu aujourd’hui par l’université de Fukuoka, à un moment clé de l’histoire du Japon et du monde. En novembre 1924, Paul Claudel s’est exprimé ici au nom de la France. A cette époque, il prédisait déjà deux choses.

La première, c’est que la nouvelle université de Fukuoka serait appelée à connaître un grand développement. Il avait vu juste, et vous êtes aujourd’hui un haut lieu de connaissance, de création et de recherche.

La seconde, qu’il soulignait également dans sa correspondance diplomatique, c’est que Fukuoka était un point central sur la carte de l’avenir, un lieu où la France « devait à tout prix prendre position ». Là encore le présent a donné raison à Claudel qui avait su percevoir, en étudiant votre région, la valeur d’un héritage, d’une inspiration uniques.

Selon la légende, le Kyushu constitue le berceau de l’identité japonaise : c’est sur les hauteurs du mont Takachiho qu’un dieu serait venu parmi les hommes et que son descendant, le premier empereur du Japon, Jinmu, serait parti pour le Honshu fonder le royaume de Yamato. C’est d’ici également que la culture du riz s’est progressivement étendue dans l’archipel, trois siècles avant Jésus-Christ. Et, plus près de nous, c’est encore du Kyushu qu’étaient originaires nombre des inspirateurs de la réforme Meiji, tel Saigo Takamori.

J’ai retrouvé cet esprit des origines en me promenant ce matin dans le temple Komyo Zenji et dans les jardins Bukko et Ittekikai. La sérénité de cette géographie de sable, de pierre et de mousse frappe l’intelligence et le cœur. Elle exprime à la perfection l’âme de votre pays.

Votre région forme depuis toujours une terre d’échanges et de brassage, une porte à travers laquelle le Japon a dialogué avec les cultures, les religions, les arts et les techniques venus d’Asie ou d’Occident, au pas des marchands et des missionnaires comme saint François-Xavier. Aujourd’hui Fukuoka et sa région perpétuent cette volonté d’ouverture, à l’heure où la mondialisation franchit de nouvelles étapes et où l’économie asiatique y joue un rôle moteur.

Je souhaite m’inscrire avec vous dans cette tradition de dialogue et vous dire ma conviction. Nos deux pays, éloignés par la géographie, se rapprochent chaque jour par l’histoire. Ils partagent une même perception des défis et une même exigence d’action face à un monde qui change, où les distances se réduisent et les frontières s’estompent.

***

Le regard de la France et du Japon, qui mêle le mythique et le réel, les archétypes et les influences réciproques, constitue aujourd’hui une chance : il nous permet de participer à l’invention d’une modernité nouvelle, au service d’une ambition politique commune.

Nous sommes attachés à l’idée d’un monde respectueux de toutes les cultures et des différentes identités. Comment accepter un modèle unique ? Nos sociétés ont besoin, pour s’épanouir, de préserver leurs racines tout en s’ouvrant à une altérité indispensable. A cet égard, comment imaginer mondes plus éloignés, sociétés plus différentes, cheminements plus contrastés que ceux de la France et du Japon ? Pourtant nos deux pays, liés par une fascination réciproque, partagent les mêmes exigences.

Nous nous trouvons côte à côte pour promouvoir les conventions sur le patrimoine immatériel mais aussi sur la diversité culturelle, élaborées dans le cadre de l’UNESCO sous l’égide de son directeur général, M. Matsuura. Ensemble, nous voulons désormais éviter un double danger : celui d’une uniformisation du monde et celui d’un enfermement identitaire qui, après le choc du 11 septembre, favoriserait les risques de fracture entre les peuples.

Notre rencontre traduit précisément la fécondité de l’ouverture et du respect des imaginaires. En France, le Japon a été la source de mille rêves et de mille légendes. Le XIXe siècle français s’est enthousiasmé pour une esthétique profondément originale, dont témoigne le japonisme d’un Degas ou d’un Monet. Avec la fascination d’un Edmond de Goncourt pour Hokusaï le « Fou de peinture », la république des lettres dépassait ses oppositions traditionnelles entre baroque et classique, romantisme et réalisme, et se passionnait pour ces estampes au trait épuré, empreintes d’une troublante profondeur.

Aujourd’hui l’attrait du Japon n’est plus chez nous l’apanage d’une élite cultivée. Il touche une jeunesse éprise de modernisme, guettant les derniers prototypes du laboratoire du futur que forme votre pays avec ses nouvelles générations d’images, de jeux vidéo, de robotique et de technologies de l’information. Outre un intérêt constant pour les arts et les traditions nippones – je pense en particulier au Kabuki et à la splendeur de ses costumes, ou encore à la culture des bonsaïs –, mes compatriotes entretiennent une familiarité croissante avec les modes de vie japonais, des symboles spirituels aux objets matériels. Le dépouillement et la rigueur de l’esthétique nippone marquent tous les continents à travers un cinéma sans égal, des grandes épopées d’Akira Kurosawa aux œuvres de Nagisa Oshima ou de Takeshi Kitano.

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La France et le Japon sont confrontés à des défis majeurs en matière de sécurité. La prolifération des armes de destruction massive constitue une menace globale et nous sommes, en Europe comme dans l’archipel, aux portes de zones décisives. L’essai balistique auquel a procédé la Corée du Nord en août 1998 marque un tournant dans nos consciences, ici comme dans le monde occidental.

Notre responsabilité est collective. En créant un précédent inacceptable, la nucléarisation de la péninsule coréenne ébranlerait les grands équilibres stratégiques. Le Japon prend, en tant que pays voisin, toutes ses responsabilités dans cette crise. Avec la Russie, la Chine, les Etats-Unis et la Corée du Sud, il a lancé des pourparlers avec la Corée du Nord. Cette voie, qui mobilise les Etats les plus proches, est la seule capable de produire des résultats. Nous lui apportons tout notre soutien.

Nous voulons appliquer sans dérogation les règles de non-prolifération, et nous attendons de la Corée du Nord qu’elle entreprenne le démantèlement complet, irréversible et vérifiable de ses programmes nucléaires. La Corée du Nord doit comprendre que la meilleure garantie pour sa sécurité et son développement réside dans l’abandon de son programme nucléaire et le strict respect de ses engagements internationaux.

Le véritable espoir d’une solution durable repose sur la recherche d’un plan de règlement global, incluant des assurances de sécurité et un volet économique, avec notamment des perspectives de développement permettant de traiter en priorité les graves pénuries énergétiques de la Corée du Nord. Au-delà de l’urgence liée à la situation, nous devons inciter ce pays à engager les réformes nécessaires, notamment en matière de respect des droits de l’homme. Nous partageons l’émotion suscitée au Japon par l’angoissante question des personnes enlevées : il faut que la Corée du Nord y réponde et que les familles aujourd’hui divisées puissent être réunies dès que possible.

Il est d’autant plus urgent de résoudre les crises régionales que le développement du terrorisme accroît la menace et l’incertitude. Le terrorisme est entré dans une nouvelle phase de son histoire. Il n’est plus au service d’une cause politique précise ; il n’est plus l’outil extrême d’une stratégie ; il constitue désormais le cœur et l’essence d’une volonté de détruire et de répandre la peur, partout dans le monde, au nom de la haine et du fanatisme. Il entretient une idéologie barbare visant à déclencher une guerre des mondes et il profite des tensions locales pour propager l’instabilité et le chaos.

En mutation constante, le terrorisme se développe en collusion avec les réseaux de prolifération, de trafic d’armes et de blanchiment d’argent. Flexible, il utilise les technologies de pointe et les systèmes de communication les plus complexes. Opportuniste, il sait instrumentaliser tous les lieux de conflit et de tension du monde, du Moyen-Orient à l’Europe, de l’Asie du Sud et du Sud-Est à l’Afrique. Parce qu’il menace tous les pays et tous les peuples, il ne peut être combattu de manière isolée.

Nos deux pays ont payé sur leur sol le prix de ce fléau. Ils doivent se mobiliser chaque jour davantage ensemble et sur tous les fronts : aux Nations unies avec le comité du contre-terrorisme, au sein du G8 avec ses différents instruments, à travers le Groupe d’action sur les financements internationaux pour lutter contre le blanchiment de capitaux, et dans toutes les autres enceintes pertinentes. Pour être efficace et durable, notre action doit traiter à la racine ce mal qui se nourrit de l’injustice et des inégalités. Cela suppose la mise en place de modèles de développement équilibrés, la définition de solutions équitables aux crises internationales, comme nous avons su le faire au Cambodge et en Afghanistan. Du Proche-Orient à l’Iraq, il est urgent de rétablir l’espoir pour des populations menacées par une spirale de violence.

Notre vision du monde repose sur un socle de valeurs communes. Le Japon et la France se sont retrouvés côte à côte sur le pourtour de la planète dans le cadre d’opérations sous mandat de l’ONU, au Timor comme en Afghanistan, en Bosnie comme en Afrique. Partout ils ont agi au nom des mêmes idéaux de paix et de démocratie.

Sur l’Iraq nous n’avons pas partagé la même position. Mais désormais nous regardons vers l’avenir de ce pays. Nous sommes déjà engagés dans la reconstruction civile et humanitaire. Une fois la souveraineté iraquienne rétablie, nous pourrons envisager d’aller plus loin tant dans ces domaines, avec l’Allemagne et avec vous, qu’en matière de formation de la police et de la gendarmerie. Mais à ce stade, la priorité est d’assurer dans les meilleures conditions le transfert de souveraineté et la mise en place de structures démocratiques. Nous ne progresserons dans cette voie qu’avec l’aide des Nations unies : cela suppose que les recommandations du Conseil de sécurité soient pleinement prises en compte.

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Je tiens à rendre hommage, au nom de la France, à la volonté du Japon de prendre des responsabilités croissantes sur la scène internationale. C’est bien la marque d’un monde nouveau, que chacun doit contribuer à construire.

La chute du mur de Berlin a fait naître un espoir de liberté et de prospérité. Sur cet élan, l’Europe autrefois divisée s’est réconciliée autour d’une aspiration commune à la démocratie et au progrès. Elle veut continuer d’avancer sur le chemin d’une union toujours plus étroite. En Asie du Nord-Est, face au poids des divisions anciennes, le Japon pour sa part travaille à l’émergence d’une région plus unie et plus stable.

Devant les fractures persistantes du monde, nous avons d’abord  besoin de volonté : le fatalisme ou l’indifférence ne feront qu’aggraver les menaces actuelles. Nous partageons avec vous cette exigence d’action. Mais comme vous, nous souhaitons qu’elle soit guidée par des règles et des principes communs.

Le respect du droit est la première de ces règles. Avant d’être une contrainte, il garantit l’équilibre entre l’universel et le particulier, le planétaire et le local. Chacun peut s’épanouir au sein d’espaces de liberté protégés par le droit. Ce qui vaut pour les individus vaut pour les Etats et nous savons, au Japon comme en Europe, que la tentation de s’affranchir des règles est dangereuse. Car s’instaure alors la division et la loi du plus fort.

Le principe d’unité ensuite doit guider nos choix. Aucun pays, aucune coalition ne peuvent assurer seuls la stabilité d’un monde interdépendant. Face aux menaces qui, comme le terrorisme ou le crime organisé, se jouent des frontières, seule l’action collective de la communauté internationale constitue une réponse adéquate.

Le principe de justice doit également se trouver au cœur de nos préoccupations. A l’heure où la puissance matérielle, qu’elle soit militaire, économique ou technologique, risque de se heurter à d’autres facteurs d’ordre culturel ou identitaire, tout sentiment d’injustice chez un peuple menace la stabilité régionale et mondiale. Il est susceptible de dégénérer en un abcès de fixation et de remettre en cause nos efforts en faveur de la paix et de la stabilité.

De ces règles et principes, nous pouvons tirer une leçon : nous n’avons pas à choisir entre la puissance ou la sagesse, entre la volonté d’action ou l’impératif de mémoire et de connaissance, entre le droit ou la force. Il nous faut apprendre à combiner ces deux exigences. La puissance et la sagesse sont les deux piliers d’une même volonté du monde. Elles permettent à la fois de comprendre la réalité qui nous entoure, d’analyser les origines d’une crise ou d’un conflit, et d’apporter des réponses adéquates. Le Japon et l’Europe, fidèles à leur identité, peuvent forcer les portes de solutions originales et justes.  Notre temps a besoin de leur expérience et de leur détermination.

Mais pour faire vivre ces principes, la communauté internationale doit s’appuyer sur des instruments adéquats : c’est le rôle du système multilatéral qu’il nous faut rénover. S’agit-il d’un rêve ? Je ne le crois pas, car nous disposons aujourd’hui d’atouts considérables : songeons aux progrès de la démocratie sur la planète, rapprochant désormais la plupart des grandes nations : c’est bien notre intérêt. Songeons à la conscience mondiale qui se lève, réclamant que les gouvernements prennent en compte les biens et les intérêts collectifs de l’humanité : c’est bien leur devoir. Songeons, enfin, à l’évolution du système international lui-même. Après deux guerres mondiales, les fondateurs de l’ONU ont tiré les leçons de l’histoire en créant, notamment avec la charte des Nations unies et le Conseil de sécurité, les bases d’un édifice international sans précédent. Il nous revient d’en poursuivre ensemble la construction : c’est bien de notre avenir même qu’il s’agit.

Pour mieux maîtriser la mondialisation et ses conséquences, le président Jacques Chirac a proposé la création de nouvelles enceintes : une organisation mondiale de l’environnement, un véritable Conseil de sécurité économique et social, chargé de donner les impulsions nécessaires aux institutions internationales et de mieux anticiper les problèmes globaux du monde. Le Conseil de sécurité lui-même doit voir son autorité renforcée en se dotant de nouveaux outils. La France propose notamment la création d’un corps permanent d’inspecteurs du désarmement et d’un corps des droits de l’homme, qui seraient à la fois les yeux et les bras de la communauté internationale.

Nous devons aussi trouver les moyens d’accroître la représentativité du Conseil, notamment par l’augmentation de ses membres. Pour la France, le Japon a naturellement vocation à devenir membre du Conseil de sécurité. Elle soutient depuis longtemps sa candidature. C’est la traduction du poids, de l’influence et des responsabilités de votre pays sur la scène internationale.

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Parallèlement, nous devons mieux ordonner le jeu des puissances. Il ne s’agit pas de choisir entre un monde unipolaire et un monde multipolaire : la multipolarité est un fait qui s’impose à tous. Que ce soit en Amérique du Nord ou en Amérique latine, en Europe ou en Afrique et naturellement en Asie, de grands pôles de responsabilité aspirent légitimement à prendre leur place sur la scène internationale. Tout l’enjeu consiste à faire en sorte qu’ils se structurent et coopèrent ensemble, dans le dialogue et selon des règles communes, pour relever les grands défis auxquels ils sont confrontés.

Certains de ces pôles entretiennent des relations particulières. Les Européens nourrissent des liens anciens et privilégiés avec les Etats-Unis. Cet héritage d’amitié et de confiance constitue aussi un précieux gage d’avenir ; je voudrais à cet égard évoquer l’exemple de la défense européenne, qui illustre l’esprit de solidarité et de responsabilité dans lequel nous voulons œuvrer avec les Américains.

Certains observateurs croient pouvoir opposer le partenariat transatlantique et la construction d’une Europe de la défense. C’est un contresens. Parce qu’il est de l’intérêt de tous de voir l’Europe s’exprimer d’une seule voix, disposer d’une politique de sécurité et jouer pleinement son rôle sur la scène internationale ; et parce qu’il n’y a pas d’action diplomatique crédible sans capacités civiles et militaires réelles.

Hier, grâce au partenariat transatlantique entre l’Union européenne et l’OTAN, l’Europe a recouru aux moyens de l’Alliance pour conduire sa première opération dans l’ancienne République yougoslave de Macédoine. Aujourd’hui, le moment est venu de franchir une étape décisive dans la construction d’une Europe de la sécurité et de la défense qui contribuera à son tour à donner à l’Alliance atlantique une vitalité nouvelle. L’intervention au Congo traduit la détermination de l’Union européenne à défendre les valeurs de paix et de stabilité à l’extérieur de ses frontières, y compris de manière autonome. Plusieurs initiatives ont été engagées par ailleurs pour renforcer les capacités militaires de l’Europe, notamment la création de l’Agence européenne de l’armement ou le projet de cellule de planification et de conduite d’opérations. Ces progrès sont indispensables. Il y va de l’avenir de notre continent.

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L’intégration régionale constitue un facteur de paix et de stabilité. De même que le monde tire profit d’une Europe unie, il a besoin d’une Asie mieux organisée. Les Européens observent avec un très vif intérêt les efforts accomplis sur votre continent. Un dialogue nouveau est en train de se nouer entre pays asiatiques sur des questions aussi essentielles que la prévention des conflits, la gestion des crises, le désarmement et la non-prolifération, dans le cadre du Forum régional de l’ASEAN ou dans le format ASEAN plus trois.

Le Japon constitue l’un des promoteurs de ce dialogue. Je salue à cet égard son initiative d’organiser prochainement à Tokyo, conjointement avec l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), une conférence sur la prévention des conflits, les mécanismes européens de sécurité et leur application en Asie. Ce type d’échange d’expériences n’en est qu’à ses débuts, mais il contribue à la formation d’un concept de responsabilité régionale qui doit aider à mieux résoudre les problèmes du monde.

L’Union européenne et l’Asie orientale doivent développer leur partenariat. Huit ans après le lancement de l’ASEM, les progrès sont là : tous les thèmes y sont abordés, de la lutte contre le terrorisme à la prolifération, des migrations à la propriété intellectuelle. Le Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’ASEM à Hanoi en octobre prochain doit être l’occasion de donner un nouveau souffle à cette structure. Le Japon y apporte d’ores et déjà une contribution essentielle ; nous devons maintenant aller plus loin pour mettre en place de véritables stratégies communes.

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Le monde a besoin d’un Japon déterminé à occuper toute sa place sur la scène internationale. La contribution de votre pays est indispensable à l’émergence du nouvel ordre que nous appelons de nos vœux.

Economiquement, le Japon représente la deuxième puissance mondiale. Une nouvelle page s’ouvre et les réformes engagées pendant des années difficiles portent leurs fruits : l’économie japonaise retrouve la voie de la croissance. Le niveau de la recherche scientifique et la qualité des programmes de formation fournissent les meilleures assurances pour l’avenir.

Le Japon est pour nous un grand partenaire, notre premier client et notre premier fournisseur en Asie. Tirant profit de la complémentarité de nos deux économies, des partenariats industriels de plus en plus nombreux se développent dans tous les secteurs, des hautes technologies à l’automobile, comme en témoigne l’alliance entre Renault et Nissan. Les entreprises françaises ont investi de manière ambitieuse dans votre pays, se hissant au deuxième rang des investisseurs étrangers.

Culturellement, le Japon offre l’exemple d’une vitalité extraordinaire. Dès les années 1980, le Centre Georges-Pompidou a rendu hommage au « Japon des avant-gardes ». Cette exposition montrait comment votre pays s’attache à concilier tradition et modernité, preuve que l’on peut s’ouvrir au monde tout en creusant son identité. Dans cet esprit, l’art japonais défriche de nouveaux chemins artistiques à l’instar des réalisations architecturales d’un Tadao Ando, qui confèrent au béton l’aspect lissé de la soie et du bois écorcé. Et je tiens à rendre hommage à la maison de la culture du Japon à Paris qui passionne le public français par une programmation qui va des spectacles de Nô aux explorations audacieuses dans le domaine de l’intelligence artificielle.

Politiquement enfin, la voix du Japon a vocation à incarner expérience et humanisme dans un nouvel âge. Elle est attendue en Europe comme dans le reste du monde, pour contribuer à relever les grands défis de notre époque.

Le défi du développement rassemble nos deux pays. Nous savons, à Tokyo comme à Paris, que la paix et la stabilité ne seront pas assurées tant que certains peuples vivront dans la misère ou que les pandémies pourront ravager des continents entiers. L’exigence de solidarité du Japon est connue. Les programmes d’aide et de coopération de votre pays en Asie du Sud-Est représentent 50% de l’aide publique dans cette région et constituent un facteur essentiel de son développement. Je tiens aussi à saluer l’engagement du Japon en faveur de l’Afrique, notamment à travers la IIIe Conférence internationale de Tokyo pour le développement de l’Afrique à l’automne 2003. Cette réunion a confirmé notre volonté d’agir ensemble dans le cadre de coopérations triangulaires et de coordonner davantage nos actions sur le terrain, par exemple dans le domaine de l’eau.

Au sein du G8, nous partageons le même souci d’associer à nos démarches les pays émergents. Le dialogue élargi avec les pays en développement, commencé à Evian, constitue un pas important dans la recherche d’une mondialisation plus juste et plus équitable.

Le défi de l’environnement réunit également le Japon et la France, l’un comme l’autre marqués par de fortes densités humaines et industrielles et par une grande concentration urbaine. Comment ne pas admirer le génie japonais quand il travaille à économiser la nature, cette nature dont votre pays a l’art de mettre en valeur la moindre fleur, la rosée la plus éphémère, le souffle le plus délicat ? « Avec un peu d’eau et une branche fleurie, évoquer l’immensité des rivières et des montagnes » dit un maître de l’Ikebana.

Aussi nous retrouvons-nous pour défendre les grandes causes environnementales telles que la lutte contre l’effet de serre, à laquelle le Protocole de Kyoto apporte une contribution déterminante. L’engagement du Japon constitue un élément crucial dans ce combat pour l’avenir. De même, le Forum mondial de l’eau qui s’est tenu l’an dernier à Kyoto a montré la détermination de nos deux pays à agir de concert, notamment par des coopérations sur le terrain, du Sénégal à Djibouti ou au Laos.

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Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

L’amitié et l’ambition qui nous lient constituent un formidable gage d’espoir. Pour la France, comme pour l’Europe en Asie, le partenariat avec le Japon constitue un pilier essentiel.

Vous le savez, l’image de votre pays se nourrit de celle du mont Fuji, symbole de grandeur et d’apaisement. Forts d’une identité unique, vous offrez l’exemple d’une puissance sereine, d’une réussite admirée par tous, d’une voix d’autant plus écoutée qu’elle se place au service d’un monde plus solidaire et plus responsable.

1er mars 2004, Japon