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1024 597 Dominique de Villepin

L’avenir de la paix

Invité par l’Institut Diderot à livrer ses réflexions sur la politique étrangère de la France, Dominique de Villepin a donné une conférence sur le thème de « l’avenir de la paix ». Il y développe une analyse des principales crises de notre temps, et des propositions pour parvenir à instaurer davantage de dialogue et de stabilité dans ces régions.

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La politique étrangère de la France

Lors d’une conférence-débat donnée à Sciences Po aux côtés d’Alain Juppé et de Hubert Védrine, Dominique de Villepin est revenu sur les grands défis auxquels la politique étrangère française devra faire face à l’issue des élections

 

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La diplomatie, c’est tout le contraire d’une utopie

– Dans un entretien pour la revue Philitt, Dominique de Villepin revient brièvement sur certaines thèses et idées développées plus amplement dans son dernier ouvrage, Mémoire de paix pour temps de guerre 

PHILITT : Votre dernier essai Mémoire de paix pour temps de guerre est un vadémécum pour la paix dans lequel la diplomatie apparaît comme la clef afin de sortir des crises de notre monde. Ne craigniez-vous pas d’apparaître comme utopique dans une époque secouée par la guerre ?

Dominique de Villepin : Selon la formule d’Oscar Wilde, le progrès ne serait que l’accomplissement des utopies ! Dans un monde qui s’abandonne sans cesse à l’enivrante folie de la guerre, nous avons en réalité plus que jamais besoin de diplomatie. Ne serait-ce que parce qu’elle constitue le premier bouclier d’un pays ; elle garantit en amont la sécurité de l’État, pouvant tour à tour l’exposer ou le protéger. Elle a donc un rôle fondamental, d’autant plus qu’elle conditionne à l’international la perception de l’image des États par les opinions publiques. La diplomatie, c’est tout le contraire d’une utopie, ce sont des initiatives et des propositions concrètes qui ont pour but de faire bouger les lignes. Cela nécessite de parler à tout le monde et de porter un discours qui soit guidé par l’action et non par l’idéologie. Cela suppose de croire en la valeur de l’exemplarité ; il ne faut pas sous-estimer l’effet d’entraînement que peut avoir la diplomatie.

La véritable utopie se situerait plutôt du côté de ceux qui pensent que la guerre et les politiques de sanctions peuvent porter leurs fruits. Or, comme on a pu le voir avec l’Iran ou avec la Russie, les politiques de sanctions ont tendance à durcir les gouvernements et à renforcer l’adhésion des populations aux régimes autoritaires. Et il suffit de passer en revue les interventions militaires des dernières décennies pour se convaincre de leur caractère chimérique. Je crois qu’on fait fausse route à force de mener des guerres sans stratégie politique, et qu’il faudrait plutôt privilégier une logique de partenariat et de dialogue susceptible de créer de la stabilité en forgeant des ponts entre les peuples et les cultures. C’est d’abord l’absence de perspectives politiques qui condamne à la guerre, d’où l’importance primordiale du travail inlassable des diplomates. Si la paix demande bien plus de courage et d’exigences que la guerre, elle n’en demeure pas moins un horizon nécessaire et accessible.

Avec l’arrivée de Donald Trump et sa volonté clairement annoncée d’être en rupture avec la traditionnelle politique américaine vis-à-vis de l’Europe, quelles actions préconisez-vous au niveau européen face à cette nouvelle donne ?

C’est précisément l’occasion pour l’Europe de tout remettre à plat. Il lui est vital de profiter à la fois du Brexit et de l’élection de Donald Trump, pour se repenser, se renouveler et se moderniser. Ces deux événements doivent provoquer un électrochoc salvateur et nous permettre de nous recentrer sur nos valeurs et nos ambitions. Alors que Donald Trump semble prêt à remettre en cause le libre-échange, nous devons au contraire réaffirmer notre attachement au mouvement d’ouverture du monde. Sur le plan commercial, rien ne nous empêche de demander que soient intégrées dans les traités de libre-échange des clauses sur l’emploi, l’environnement ou d’exiger la mise en place de barrières douanières temporaires pour protéger des secteurs menacés.

Face au nouveau positionnement diplomatique américain très hostile à l’égard de l’Iran, l’Europe doit défendre la signature de l’accord sur le nucléaire de juillet 2015 avec Téhéran et encourager la continuité du processus d’ouverture qui est à l’œuvre dans le pays. Retrouver une certaine forme d’indépendance, cela passe aussi par la remise en cause de l’hégémonie du dollar et du privilège juridique qui lui est lié, lequel permet à la justice américaine de poursuivre toute entreprise qui effectue des transactions avec cette devise. L’occasion nous est également donnée de repenser le rôle et l’efficacité de l’OTAN. L’élection américaine pourrait permettre un véritable débat transatlantique pour renégocier le traité de 1949. Nous devons assumer une réelle défense collective tout en évitant un engrenage militaire qui pourrait surgir notamment en Europe de l’Est. Il s’agirait de rééquilibrer l’alliance entre un pilier nord-américain et un pilier européen. En cas de refus, il nous faudra faire preuve de lucidité et quitter un système qui offre moins d’avantages que de risques et contraintes. Il faudra également revoir la stratégie européenne vis-à-vis du voisin russe, qui s’est avérée jusqu’ici contre-productive, ce qui passe par la prise en compte des appréhensions qui existent aussi en Russie.

Enfin, d’autres chantiers restent à explorer si l’on souhaite favoriser l’émergence d’une Europe de la Défense : la mutualisation des équipements de défense ; le développement de l’interopérabilité et la création d’un véritable État-major européen ; la redéfinition des mandats de l’Eurocorps, la création de forces européennes d’interposition dédiées à la sécurisation de zones humanitaires refuge dans les régions en crise…

Vous avez affirmé récemment sur France culture que « La réflexion politique et la réflexion diplomatique sont éclipsées par l’action militaire, et ça c’est un signe d’un affaiblissement profond de la France dans le monde. » Comment redynamiser la politique étrangère de la France et lui donner plus de poids sur la scène mondiale ?

Ces dernières années, la France a commis l’erreur de privilégier trop souvent l’outil militaire en lieu et place de l’outil politique qu’est la diplomatie. Le Ministère de la Défense a pris le pas sur le Ministère des Affaires étrangères, notamment sur le terrain africain, avec l’issue que l’on connaît en Libye, au Mali et en Centrafrique. Au Moyen-Orient, le pari qui a été fait sur la chute rapide de Bachar al Assad n’aurait jamais dû entraîner dans le même temps un refus systématique de parler au régime syrien. C’est là un manque de réalisme, qui relève davantage du positionnement idéologique que d’une logique politique assumée. Changer un régime, aussi mauvais soit-il, et qui plus est par la force, ne constitue pas une solution.

Il nous faut préférer la diplomatie à la gesticulation guerrière et retrouver le message d’indépendance et de liberté de ton qui était celui du général de Gaulle. La France doit parler à tout le monde, mais aussi ancrer sa diplomatie dans l’action, et non dans le seul commentaire, spectateur des désordres de notre temps. Cela suppose de renouer avec notre connaissance du terrain, à l’appui de notre réseau d’ambassades exceptionnel et des nombreux travaux menés par nos chercheurs à l’étranger. Pour que sa voix porte à nouveau, la France doit retrouver un esprit d’initiative, capable de porter une diplomatie de projets. Il y a notamment un grand partenariat entre l’Afrique et l’Europe à construire au cours de la prochaine décennie, à l’image de ce que fait la Chine en développant la Nouvelle Route de la Soie comme un outil de stabilisation de l’Asie centrale et du Caucase. Notre diplomatie doit travailler à développer et renforcer les liens politiques, économiques et culturels nous unissant à l’Afrique, avec laquelle nous pouvons partager un avenir commun et plus seulement un passé passionnel et douloureux.

Vous évoquiez sur France Inter « l’absence de vision politique actuelle et une situation de défaillance de démocratie ». Selon vous, comment sortir de la crise politique que traverse le pays ?

La défaillance de la démocratie libérale a pris un tournant manifeste l’an dernier avec le Brexit et l’élection de Donald Trump. La crise de confiance qui s’est instaurée entre les peuples et le système politique pourrait bien être durable. Il faut dès lors être capable d’effectuer un diagnostic efficace : nos démocraties s’affaiblissent parce qu’elles ont cessé de produire du politique. Cette dépolitisation, c’est celle des élites internationales qui ont cru à la fin du politique et à la fin de l’histoire. Au politique, on a préféré l’hyperlibéralisme et ses lois économiques complexes, mais loin d’être infaillibles. Depuis la crise de 2007-2008, rien n’a été fait pour prévenir le risque d’éclatement de nouvelles bulles financières. Sans un retour assumé vers plus de politique, nos démocraties ne parviendront qu’à frustrer davantage des populations qui ne se sentent plus ou mal représentées, et qui ne croient plus en un système incapable d’offrir des perspectives d’espoir. Or la politique, c’est une espérance. Le risque qui pèse alors sur nos sociétés est bien connu : c’est celui de la dérive autoritaire, sur le modèle des démocraties illibérales qui se multiplient jusqu’au sein de l’Union européenne.

L’urgence, notamment en France, c’est d’être capable de recréer ce lien entre l’État et le citoyen, de restaurer la confiance en nos valeurs et en notre système politique. Nous devons pour cela remettre le service public au centre de nos préoccupations et lui donner les moyens de ne pas abandonner des pans entiers de la population française, en particulier dans les campagnes et les petites villes. En France, l’historicité de l’État est centrale, bien plus que chez nos voisins. Il réunit autour de lui les différentes composantes de la nation, auxquelles il offre protection et soutien grâce à son modèle social tant critiqué. Plaider pour un retour du politique, c’est plaider aussi pour un retour de l’État. Il faut pour cela que chacun prenne ses responsabilités, la société civile tout autant que les élites politiques et sociales du pays, car l’État et la démocratie appartiennent à toutes et à tous.

Vous dites être convaincu de la nécessité d’inventer de nouveaux types d’interventions militaires. Sont-ils la solution pour le problème syrien et plus globalement comment voyez-vous la sortie de cette crise ?

Je me suis en effet prononcé pour un usage limité de la force, par le biais d’interventions ponctuelles, dotées d’un objectif politique préalable clair et circonscrit. L’expérience montre que toute opération militaire de grande ampleur avec déploiement massif de troupes au sol, finit par apparaître comme une invasion aux yeux des populations locales. S’il faut rendre hommage à nos armées pour le travail qu’elles accomplissent au quotidien, les interventions militaires traditionnelles ne sont pas à même de préparer la paix parce que, la plupart du temps, elles ne s’accompagnent pas d’une stratégie de paix concomitante. Apprendre à s’interposer efficacement, à construire voire dans certains cas à imposer la paix, voilà les défis qui attendent les armées de demain et notamment l’armée française. En Syrie, je reste persuadé que la solution sera d’ordre politique et non militaire. Certes, l’intervention russe a changé la donne et a pu plaider en faveur de l’usage de l’outil militaire en Syrie. Pour autant, elle n’a fait que servir les intérêts russes et se limitera à la défense du régime syrien. Elle est l’exemple type, quand bien même cynique, d’une intervention militaire ponctuelle guidée par une solide stratégie politique. Si elle semble fonctionner, c’est parce qu’elle s’accompagne d’une vision politique : aujourd’hui la Russie, avec l’Iran et la Turquie, est aux avant-postes pour parvenir à une résolution politique du conflit.

Néanmoins, la crise syrienne risque de se prolonger tant que l’on ne prendra pas en compte le peuple syrien dans l’équation et que l’on refusera d’engager un dialogue avec le régime et ses alliés pour trouver les voies d’un règlement et d’un arrêt des bombardements. Aujourd’hui, la Syrie est prise en otage par ses voisins : l’Iran, la Turquie, les forces kurdes, la Russie, l’Arabie saoudite. Pendant ce temps, le peuple syrien est oublié, mais il ne cessera pas de se faire entendre. Il y a un risque de radicalisation durable des populations marginalisées par l’évolution actuelle du conflit, à l’image de ce qui s’est passé en Irak après 2003 et que l’on a redécouvert avec violence en 2014. Il faut pour cela mobiliser les acteurs régionaux, et la France a d’une part un rôle de médiateur à jouer – auprès de l’Arabie Saoudite notamment – mais également un rôle de soutien auprès des pays frontaliers que sont le Liban ou encore la Jordanie, afin que le sort du peuple syrien redevienne la priorité majeure.

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La nouvelle route de la soie, une initiative exemplaire

Dans une interview retransmise sur la chaîne chinoise CCTV, Dominique de Villepin s’est exprimé sur l’importance du projet de Nouvelle Route de la Soie conduit par les autorités chinoises. Il estime que l’initiative revêt un caractère exemplaire, multipliant les relations entre la Chine et les pays voisins, et qu’elle est susceptible de créer de la stabilité en Asie centrale.

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Europe-Russie : des bruits de bottes

Invité de Véronique Auger dans l’émission « Avenue de l’Europe, le mag » sur France 3, Dominique de Villepin s’est exprimé sur les risques conflictuels qui pèsent sur les relations qu’entretiennent la Russie et l’Europe. Il est également revenu sur le lien privilégié et historique qui unit la France à la Russie, et sur le rôle de médiateur que devrait jouer notre pays dans un tel contexte.

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Il faut reprendre le dialogue avec Moscou

Invité de Caroline de Camaret sur France24, Dominique de Villepin s’est notamment exprimé sur les incertitudes provoquées par les dernières déclarations de Donald Trump, et sur le retour de la Russie au coeur du jeu international.

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Pourquoi la diplomatie semble-t-elle aujourd’hui si impuissante?

Invité de Chantal Lorho pour l’émission « Géopolitique, le débat », Dominique de Villepin s’est exprimé sur les divers conflits en cours, et sur la place de la diplomatie face à la politique du fait accompli, notamment menée par les régimes autoritaires. Il a appelé à davantage faire preuve d’initiative afin que la diplomatie et la politique puissent offrir des perspectives d’avenir aux peuples qui se détournent de la démocratie

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L’Occident n’a que des doutes à offrir au monde

– Dans un entretien avec Romain Gubert pour Le Point, Dominique de Villepin s’exprime sur les bouleversements géopolitiques de ces dernières années et sur la nécessité pour la France de retrouver sa vocation d’initiative au sein de la diplomatie mondiale –

 

Guerres, populisme, terrorisme… Le monde semble comme fou. Y a-t-il encore une grille de lecture possible pour comprendre la séquence que nous traversons ?

Le fait majeur de la dernière décennie, c’est d’abord l’accélération spectaculaire de la mondialisation. Face à cette nouvelle donne qui, bien plus que la fin de l’affrontement Est-Ouest, bouleverse les grands équilibres traditionnels, les démocraties occidentales, l’Europe, les Etats-Unis, ne savent absolument plus ni qui elles sont, ni où elles vont. Elles sont habitées de mille passions, elles ont peur et leurs économies chancellent. Or, dans le même temps la mondialisation a justement favorisé la constitution de nouveaux grands blocs qui fédèrent désormais des espaces de plus en plus importants. La Chine n’est pas seulement un acteur économique. Elle est devenu en moins de dix ans un acteur géopolitique majeur en Asie et au delà. Depuis deux ou trois ans, il faut aussi compter avec l’Iran dont l’influence déborde évidemment ses frontières, nous le constatons tous les jours en Irak, en Syrie, au Liban ou au Yémen. Même chose, pour d’autres raisons, dans le voisinage immédiat de l’Europe. Des régimes forts se sont constitués en Russie ou en Turquie. Ces deux pays défendent aujourd’hui une vision du monde qui séduit d’autres pays. Prenez la Russie : la Moldavie, la Bulgarie, la Hongrie, une partie de l’ Ukraine et des pays baltes se reconnaissent aujourd’hui dans la politique menée par le Kremlin. Une situation inimaginable il y a encore dix ans. Seulement voilà : nous, Européens et Américains, nous ne pouvons nous en prendre qu’à nous même. Nous n’avons que des doutes à offrir au reste du monde.

Que s’est-il passé pour en arriver là ?

Avec la chute du mur, les Occidentaux ont considéré que les idéologies étaient mortes et que le moteur de la nouvelle diplomatie mondiale ne serait qu’économique. On ne parlerait plus que de relations commerciales entre les pays. Quelle erreur !  Face à la montée du terrorisme islamiste, les démocraties libérales, l’Europe et les Etats-unis, n’ont pas su réagir calmement et n’ont trouvé qu’une parade : la posture guerrière. Soi disant au nom de valeurs universelles, en réalité pour masquer leurs peurs. Afghanistan, Irak, Libye, Mali : aveuglé par notre propre puissance de feu et nos équipements militaires de pointe, nous avons voulu modifier l’ordre mondial sans prendre en compte le fait que nous étions de plus en plus vulnérables. Nous avons ajouté de la tension à la tension sans aider les pays en crise à guérir de leurs maux. Et cela se retourne aujourd’hui contre nous.

Le Point : la France-t-elle sa part de responsabilité ? 

Évidemment ! Notre rôle depuis l’après guerre a toujours été celui du facilitateur. Nous ne sommes pas des pacifistes qui se croisent les bras : notre tradition diplomatique a toujours été, en tout cas depuis la fin des années 50, de trouver des solutions et d’aider les autres à en trouver. Or, aujourd’hui, nous avons perdu notre singularité. L’alpha et l’oméga de notre rôle dans le monde consiste à nous engager au sein de coalitions dominées par les Etats-Unis. L’esprit militaire l’emporte sur la défense de la démocratie. Je suis convaincu que la montée des populismes dans notre pays va de pair avec la posture guerrière entamée depuis dix ans. C’est la manifestation de l’effondrement de l’Etat.

Les Etats forts font d’abord de la politique avant d’utiliser la puissance militaire. La Chine a compris cela. Fait-elle la guerre en ce moment ? Pas du tout. Elle développe la route de la soie vers l’ouest et à travers toute l’Asie centrale. Elle a compris que sa meilleure protection économique et géopolitique, c’est d’abord de tisser des liens avec les pays voisins.

Pourquoi l’Europe est elle passé à coté du défi de la mondialisation ?

Nous aurions dû, nous Européens, faire en Afrique et en Méditerranée ce qu’a entrepris la Chine en Asie. Nous sommes en mal de croissance, c’est un fait. Mais nous avons près de chez nous des pôles de croissance et de formidables opportunités. Mais nous n’avons pas voulu mettre au point un projet global ambitieux. Notre seule action concrète consiste à repousser les migrants. Et nous avons vu le résultat. L’Europe est écrasée par ses peurs. Les responsables européens ne se sont pas rendus compte que le monde avait changé. L’Allemagne aurait pu jouer un rôle central dans la constitution de ce destin européen. Mais pour l’instant, ce rendez-vous avec l’histoire a été manqué. Les Allemands ont accueilli des dizaines de milliers de réfugiés. Mais pas seulement par générosité, aussi parce que leur société est vieillissante et pour rester compétitifs vis-à-vis de voisins qui sont presque tous dans une situation économique alarmante. La France au premier chef. Or, il suffit de regarder un atlas pour comprendre que ce qui se passe au Moyen-Orient ou en Afrique nous concerne directement. L’Europe est cernée par les crises. Cela alors qu’elle pouvait jouer un rôle majeur, d’entrainement, dans ces espaces où les coopérations régionales sont encore embryonnaires.

Tout le monde a encore en mémoire votre diagnostic de la politique américaine sous George Bush. Mais Barak Obama a-t-il corrigé les erreurs de son prédécesseur sur le plan international ?

Il ne faut pas faire de mauvais procès à Obama. Il a pris conscience d’une réalité : les Etats-Unis sont à la fin d’un cycle et ils ne peuvent plus forcement jouer leur rôle de gendarme du monde comme autrefois. La puissance ne peut plus s’exercer de la même manière qu’autrefois. Obama a compris que les réponses militaires ajoutaient du désordre au désordre. Il a tiré les leçons de la Somalie et de l’Irak où l’action américaine a provoqué plus de chaos qu’autre chose. Enfin, il a mesuré ce que nous, anciennes puissances coloniales européennes, savions déjà : il n’est pas utile d’agir en direct, il faut encourager les acteurs régionaux à prendre leurs responsabilités.

Mais Barak Obama n’a fait que la moitié du chemin. Il n’a pas poussé le chantier de la réforme de l’Otan, de ses structures, de ses moyens et n’a pas donné davantage de responsabilités aux Européens qui, du coup, ne se sont pas approprié la défense européenne et n’ont pas pris leurs responsabilités sur ce terrain.  Il n’a pas non plus encouragé la gouvernance mondiale, à commencer par le renouvellement du rôle et du fonctionnement des Nations unies.

Alors que Bush ne pensait qu’en termes de relations bilatérales, Obama aurait dû pousser le projet de création d’une force permanente de 100 000 hommes au service de la paix sous l’impulsion du conseil de sécurité.  On mesure tous les jours la faillite des actions militaires de l’Onu.

La France a-t-elle encore quelque chose à dire au reste du monde ?

La France a tourné le dos à sa vocation première. Aujourd’hui, nous sommes comme indifférents aux problèmes du monde. Nous n’avons que des réponses moralistes et militaires, qui ressemblent à s’y méprendre à celles des néo-conservateurs américains. Mais, ce n’est pas notre ADN diplomatique. C’est un jeu dans lequel nous ne pouvons que perdre notre singularité. Nous sommes exposés, vulnérables. Nous sommes une cible trop facile pour prétendre jouer aux redresseurs de torts. En voulant faire tomber des dictateurs en Libye et en Syrie, nous avons perdu notre voix. En Irak et en Syrie aujourd’hui, ce sont les Etats-Unis, la Russie, la Turquie, l’Arabie saoudite qui jouent un rôle. Mais pas la France. Or, nous en payons le coût sans pouvoir faire ce que nous savons faire : parler avec tout le monde et trouver des solutions originales. Nous sommes sur tous les fronts militaires, sans en tirer avantage. Or, si nous avions utilisé notre savoir-faire diplomatique, nous n’aurions rien perdu de notre influence.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, pour un chef d’Etat français qui n’a que cinq ans pour imprimer sa marque, l’action militaire fonctionne immédiatement. La diplomatie, c’est plus compliqué. Elle demande un temps long. Nos armées sont efficaces et performantes. Mais il leur manque un maillon : elles ne savent pas préparer la paix. Apprendre à construire la paix, cela ne signifie pas transformer l’armée française en une ONG humanitaire bien sûr. Mais d’en faire une armée capable de préparer l’après-conflit. Or, pour y parvenir, il faudrait revoir en profondeur la nature de nos états-majors et l’organisation de notre armée. Bref, construire une stratégie de paix. Malheureusement, depuis notre retour au sein du commandement intégré de l’OTAN, c’est impossible.

Vous allez souvent en Russie. Faut-il parler à Poutine ?

La Russie s’adapte aux fragilités européennes. Il faut toujours partir des leçons de l’expérience. Lorsque les Américains et les Européens ont décidé des sanctions contre l’intervention russe en Géorgie en 2008, cela n’a strictement rien donné.  Et pourtant, on a recommencé exactement de la même manière en Ukraine. Ceux qui payent, ce sont les populations. Face aux sanctions, les Russes se sentent plus soudés. Et le pouvoir joue sur ce sentiment de puissance retrouvée. Imaginer que Poutine allait trembler devant les sanctions internationales était stupide et nous avons perdu en crédibilité et en marges de manoeuvre.

Face à cette situation, il faut reconstruire une relation avec la Russie. Il faut revenir aux bases de la diplomatie et cela consiste à parler avec tout le monde. C’est un travail permanent. Si on ne parle qu’avec des amis, ça ne sert à rien. La diplomatie doit travailler par petits pas : on donne quelques gages, on avance par petites touches. C’est ce qui s’est passé en Normandie, lors des célébrations du débarquement de juin 1944. La France a su nouer un dialogue entre Angela Merkel, Vladimir Poutine et le président Ukrainien. C’est cette percée diplomatique française qui a ensuite conduit aux accords de Minsk. Mais pour cela, il fallait être dans la posture du facilitateur. Pas dans celle du moraliste. Il faut savoir faire le premier pas et oublier nos réactions sentimentales, certes sympathiques, mais angéliques et qui n’ont jamais fait avancer les choses.

Mais, parfois, la « morale » est nécessaire. En Syrie, par exemple …

Concernant Bachar el assad, nous nous sommes fourvoyés. Bien sûr, il ne représente pas la solution de « l’après » et il faudra trouver des solutions politique acceptables par tous et par toutes les communautés qui vivent en Syrie. Mais comment être audible après n’avoir eu qu’une position moraliste. C’est la même chose avec Erdogan. Le rôle –et l’intérêt direct- de la France, ce n’est pas de croiser les bras en donnant des coups de mentons. Nous Français, nous savons depuis toujours ouvrir des portes pour faire avancer les choses de bonne foi, car nous ne sommes pas une puissance dominante. Nous savons inventer. C’est notre force. Toutes les grandes puissances ont pris des gages sur la Syrie. La seule façon d’arriver à quelque chose, c’est d’arriver à un accord politique. La France est légitime sur ce terrain. Sinon, combien de morts faudra-il encore ?


26 novembre 2016, Le Point

1024 534 Dominique de Villepin

Sur certains sujets diplomatiques, Trump peut s’allier à Poutine

Invité d’Elisabeth Quin pour un hors-série de l’émission « 28 minutes » sur Arte, Dominique de Villepin a décrypté les relations qu’entretiennent Donald Trump et Vladimir Poutine

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Après la diplomatie morale, le retour de la politique

– Dans un grand entretien mené par Patrice de Méritens pour Le Figaro, Dominique de Villepin et Renaud Girard appréhendent les nouveaux paramètres de la géopolitique mondiale et ciblent les priorités en matière de diplomatie et d’alliances, au lendemain des attentats d’Ankara et de Berlin –

Face à la barbarie, que faut-il attendre d’Angela Merkel et de Vladimir Poutine?

Dominique de VILLEPIN – Les événements de Berlin sont pour l’Allemagne un véritable traumatisme, car elle est touchée pour la première fois directement par le terrorisme international. Dans une année électorale, et au moment où beaucoup d’Allemands s’inquiètent de l’accueil de plus d’un million de réfugiés, il y a là un climat dangereux. Angela Merkel a besoin d’une réaction européenne forte pour continuer à maîtriser la situation, par exemple l’annonce d’un FBI européen en lien avec Frontex sur le suivi des demandeurs d’asile. La situation en Turquie est très différente. Le pays fait face à plusieurs vagues de terrorisme à la fois, qui sont en réalité une guerre civile à peine larvée entre trois mouvances: le gouvernement, avec ses tentations autoritaires perceptibles et ses revirements stratégiques en Syrie, les mouvements kurdes et une sphère islamiste en voie de radicalisation. Nous devons empêcher que la Turquie devienne le nouveau foyer de crise à nos portes. Cela suppose de renouer le dialogue avec le président Erdogan, quoi que nous pensions de ses actions récentes. La Russie, de son côté, ne manquera pas de resserrer ses liens avec le gouvernement turc, quitte à prendre le risque de s’impliquer toujours plus.

Renaud GIRARD – De fait, l’assassinat de l’ambassadeur de Russie ne remettra pas en cause le nouveau partenariat stratégique et énergétique entre la Russie et la Turquie. Angela Merkel, quant à elle, sera confrontée à une contestation interne croissante. Car la population allemande n’est pas prête à accepter la posture d’extrême ouverture de son gouvernement à l’égard des étrangers musulmans, au prix de sa sécurité. Ceci posé, il est clair que, depuis quelques mois, notamment avec l’élection de Donald Trump et le Brexit, nous sommes face à un changement de logiciel géostratégique.

En 1991, après sa victoire dans la première guerre du Golfe et le rétablissement des frontières du Koweït, le président George Bush père avait évoqué un «nouvel ordre mondial», fondé sur la stabilité des frontières politiques et sur l’effacement progressif des frontières commerciales. Un quart de siècle plus tard, cet ordre n’existe plus. Les frontières politiques sont bafouées sur les trois continents − en Ukraine, au Moyen-Orient, en mer de Chine méridionale − alors même que les peuples aspirent à rétablir davantage de protectionnisme. Le logiciel n’est plus la «fin de l’histoire» et la victoire définitive de la démocratie à l’occidentale, de l’économie de marché et du libre-échangisme. On revient à un monde idéologiquement fragmenté et, pour régler les problèmes, à ce qu’on appelait jadis le «concert des nations». La paix redevient, comme du temps de Metternich, la fille des équilibres de puissance.

Dominique de VILLEPIN – La bonne nouvelle est que la politique est de retour. Alors que le logiciel était bloqué faute de dialogue entre les nations, l’évidence aujourd’hui est qu’il faut refaire de la diplomatie, laquelle ne consiste pas à tracer des lignes rouges, à déplorer, regretter, moraliser, condamner ou vouloir punir. La diplomatie, c’est l’art du mouvement, c’est faire bouger les lignes pour faire avancer le règlement des conflits. En Syrie, les Occidentaux ont commis l’erreur d’adopter pour principe préalable la chute de Bachar el-Assad avant de s’occuper du peuple syrien. Résultat: plus de 300.000 morts, dont plus de 80.000 civils, alors qu’un dialogue avec des interlocuteurs qui ne nous plaisent pas aurait sauvé nombre de vies humaines. Eriger la morale en condition préliminaire à toute action politique est une erreur. Nous, Occidentaux, sommes aujourd’hui devant un choix: allons-nous continuer à ne pas faire de politique, à l’instar de ces dernières années? Il y a une réflexion stratégique à conduire face au terrorisme. Vouloir le combattre par le seul biais d’interventions militaires ne peut aboutir qu’à sa propagation. Ouvrons les yeux: un certain pragmatisme s’impose aujourd’hui en matière de diplomatie. Il faut prendre en compte les forces en présence et dialoguer avec tout le monde.

Renaud GIRARD – Il faut aussi réinventer la géopolitique en retrouvant notre liberté d’action. C’est en se servant de l’Europe en tant que puissance que la France peut refuser l’hégémonisme judiciaire et financier des États-Unis. Il n’est pas normal que la BNP paye 9 milliards de dollars d’amende sans avoir violé aucune de nos lois, alors que Goldman Sachs, qui a maquillé de manière avérée les comptes publics de la Grèce, échappe à toute sanction. De même, il faut se servir de l’Europe pour permettre aux Africains de demeurer chez eux en échange de programmes de développement. Cette coopération est à établir en encourageant le contrôle des frontières ainsi que le planning familial, le défi de l’Afrique de ce siècle étant démographique. Par ailleurs, il convient d’affirmer la réciprocité. Seule une Europe puissante forcera la Chine à ouvrir son immense marché aux banques et aux assurances européennes, et à enfin faire flotter sa monnaie, à l’instar de tous les pays avec lesquels elle commerce.

Pour ce qui est des interventions militaires que vous évoquez, il est clair que l’Occident continuera à être tenté d’en faire. Mais nous devrions les encadrer très sévèrement. Outre le respect du droit international, à savoir l’autorisation du Conseil de sécurité de l’ONU, trois conditions supplémentaires devraient être réunies. Premièrement, a-t-on une équipe gouvernementale locale fiable pour remplacer le dictateur que l’on va renverser? Deuxièmement, pouvons-nous promettre aux populations civiles que leur situation sera meilleure après notre intervention militaire qu’avant? Pire que la dictature politique, il y a l’anarchie. Et, pire que l’anarchie, il y a la guerre civile. La troisième condition est l’intérêt à moyen et long terme du pays qui intervient, car de telles opérations sont faites du sang de ses soldats et financées par l’argent de ses contribuables. Les intérêts français ont-ils été ménagés par notre intervention en Libye de 2011? La réponse est non. Les islamistes ont profité du chaos que nous avons créé, et tous nos alliés du Sahel ont été déstabilisés.

Dominique de VILLEPIN – Pour ce qui me concerne, c’est avec la plus grande réticence que j’appréhende des opérations lourdes. Aussi nécessaire qu’ait été notre intervention au Mali pour éviter que Bamako ne tombe, je regrette qu’elle n’ait pas été dans la lignée, par exemple, de ce que nous avons pu accomplir, notamment au Tchad, à travers des expéditions ponctuelles. Elles ont pour avantage de laisser peu de traces au sein des sociétés, sachant qu’à mesure que se prolonge une intervention nous sommes de plus en plus assimilés à une force d’invasion et suscitons un profond mouvement de rejet. D’où des contre-forces, notamment terroristes.

Ma conviction est que les logiciels qui ont été mis en place au cours des dernières années ont fait l’impasse sur les expériences historiques, sur les nouvelles réalités du monde, mais aussi et surtout, sur les peuples. Rien ne me frappe plus que de voir combien, sous prétexte de se soucier des populations syriennes sous Bachar el-Assad, on a ajouté à leurs souffrances pour satisfaire à l’idéologie, et combien on a oublié la souffrance des Ukrainiens durant le conflit avec la Russie. Quand on observe la catastrophe économique et financière de l’Ukraine et l’affaiblissement de son État avec les oligarques qui tirent, seuls, leurs marrons du feu, quand on regarde la réalité du Moyen-Orient avec la contamination d’États faillis, on saisit combien nous, Européens, avons oublié qu’un État fort, structuré, stable, est la clé pour sortir de la crise. Somalie, Irak, Syrie, Libye, Mali, c’est à chaque fois le même scénario: quand l’État se défait, l’instabilité et le terrorisme prospèrent…

Cela étant, pourquoi faire nous-mêmes, seuls, ce que d’autres peuvent accomplir mieux que nous? Lors de notre intervention en Côte d’Ivoire, nous avons mis en avant les pays de la région concernée. Il faut utiliser mieux les organisations régionales. L’autre condition est la consolidation des États. Notre argent serait mieux dépensé si, plutôt que de multiplier des opérations militaires, nous mettions en place des administrations au service de la paix.

Dans ce nouveau concert des nations, comment envisagez-vous l’action spécifique de la France?

Dominique de VILLEPIN  Notre diplomatie actuelle est trop assujettie aux impératifs de défense, avec un Quai d’Orsay à la traîne de la Défense. De même, à l’Elysée, l’état-major pèse plus que les conseillers diplomatiques. Le successeur de François Hollande aura la tâche difficile d’engager le nécessaire renouveau de la diplomatie. Je regrette pour ma part que la France soit revenue au sein de l’Otan. Nous y avons perdu de notre indépendance et de notre rayonnement, alors qu’à l’époque du général de Gaulle, nous étions capables de nouer des dialogues et d’exercer des médiations majeures. La règle fondamentale – j’y reviens − est celle-ci: il faut parler à tout le monde, avec une diplomatie qui ne soit ni confite en morale ni confinée dans l’idéologie, mais qui rayonne par l’action. C’est la clé d’une morale de l’action.

Deuxième pilier du renouveau: l’initiative. L’une des préoccupations de la Russie est l’incertitude de ses relations avec l’Otan. Remettons donc sur la table une architecture de sécurité commune en Europe.

Troisième pilier: une diplomatie de projet, avec une coopération qu’il faudra particulièrement axer sur l’Afrique, à l’image de ce que fait la Chine sur le continent eurasiatique avec sa nouvelle route de la soie, développant des liens politiques, économiques et culturels. Une grande partie du malheur du monde aujourd’hui tient à l’effacement de l’Europe et, partant, de la France. Nous ne sommes ni visibles ni en initiative.

Renaud GIRARD – Il est vrai que la réintégration dans l’Otan a été un mauvais message. L’important est notre indépendance. Je suis très attaché à la dissuasion nucléaire que nous a donnée le général de Gaulle. Quand le prochain président de la République − je souhaite que ce soit François Fillon − rencontrera le président russe, il pourra le regarder droit dans les yeux car notre pays dispose d’une défense indépendante. La souveraineté nationale vaut évidemment aussi en matière financière et juridique: l’un des nouveaux paramètres à établir dans le monde à venir sera de s’affranchir de l’hégémonie juridique américaine sur notre territoire. Qu’un contrat de vente à l’Iran de 108 Airbus, par exemple, ait été signé à l’Elysée avec l’Iran sans pouvoir être financé par les banques françaises, au motif que ces dernières n’arrivent pas à obtenir du Trésor américain une lettre leur précisant qu’elles n’encourent aucune sanction, est proprement intolérable. Pendant ce temps, nous acceptons que Boeing envoie une délégation durant trois semaines au Hilton de Téhéran pour négocier la vente de ses avions!

Deuxième point, la France a les moyens de redevenir un grand médiateur international. Au Moyen-Orient, efforçons-nous de réconcilier chiites et sunnites. Il serait naïf de croire que la guerre au sein de l’islam nous avantage. Elle peut avoir d’imprévisibles dégâts collatéraux qui risquent de toucher l’Europe. La politique de nos intérêts passe aussi par le fait de savoir désigner nos ennemis. Bachar el-Assad est-il l’ennemi principal de la France? La réponse est non. C’est l’État islamique qui tue nos enfants dans nos rues. Il ne faut donc pas hésiter à passer des alliances internationales, mais aussi ponctuelles, locales, régionales avec ceux qui peuvent nous aider à l’éradiquer. Il ne faut pas réitérer l’erreur des radicaux-socialistes en 1935-1936 avec les gouvernements Laval et Sarraut qui n’avaient pas été capables de faire une alliance de revers avec Staline. L’ennemi principal de la France à l’époque était l’hitlérisme. Adolf Hitler avait clairement écrit dans Mein Kampf qu’il voulait détruire la France. Nous avons manqué cette alliance de revers et en avons subi les conséquences. Sachons donc toujours bien désigner notre ennemi principal avant de commencer à dessiner notre diplomatie!

23 décembre 2016, Le Figaro