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1024 329 Dominique de Villepin

Il y a un risque de s’acheminer avec Donald Trump vers une guerre totale contre le terrorisme

Invité de l’émission Internationales sur TV5MONDE / RFI, Dominique de Villepin est revenu sur l’actualité internationale (G7, sommet de l’Otan, décisions de l’administration Trump, crise au Moyen-Orient) et s’est exprimé sur les premiers pas du nouveau gouvernement Macron, notamment sur la scène internationale.

 

1024 597 Dominique de Villepin

L’avenir de la paix

Invité par l’Institut Diderot à livrer ses réflexions sur la politique étrangère de la France, Dominique de Villepin a donné une conférence sur le thème de « l’avenir de la paix ». Il y développe une analyse des principales crises de notre temps, et des propositions pour parvenir à instaurer davantage de dialogue et de stabilité dans ces régions.

1024 612 Dominique de Villepin

La politique étrangère de la France

Lors d’une conférence-débat donnée à Sciences Po aux côtés d’Alain Juppé et de Hubert Védrine, Dominique de Villepin est revenu sur les grands défis auxquels la politique étrangère française devra faire face à l’issue des élections

 

960 720 Dominique de Villepin

La diplomatie, c’est tout le contraire d’une utopie

– Dans un entretien pour la revue Philitt, Dominique de Villepin revient brièvement sur certaines thèses et idées développées plus amplement dans son dernier ouvrage, Mémoire de paix pour temps de guerre 

PHILITT : Votre dernier essai Mémoire de paix pour temps de guerre est un vadémécum pour la paix dans lequel la diplomatie apparaît comme la clef afin de sortir des crises de notre monde. Ne craigniez-vous pas d’apparaître comme utopique dans une époque secouée par la guerre ?

Dominique de Villepin : Selon la formule d’Oscar Wilde, le progrès ne serait que l’accomplissement des utopies ! Dans un monde qui s’abandonne sans cesse à l’enivrante folie de la guerre, nous avons en réalité plus que jamais besoin de diplomatie. Ne serait-ce que parce qu’elle constitue le premier bouclier d’un pays ; elle garantit en amont la sécurité de l’État, pouvant tour à tour l’exposer ou le protéger. Elle a donc un rôle fondamental, d’autant plus qu’elle conditionne à l’international la perception de l’image des États par les opinions publiques. La diplomatie, c’est tout le contraire d’une utopie, ce sont des initiatives et des propositions concrètes qui ont pour but de faire bouger les lignes. Cela nécessite de parler à tout le monde et de porter un discours qui soit guidé par l’action et non par l’idéologie. Cela suppose de croire en la valeur de l’exemplarité ; il ne faut pas sous-estimer l’effet d’entraînement que peut avoir la diplomatie.

La véritable utopie se situerait plutôt du côté de ceux qui pensent que la guerre et les politiques de sanctions peuvent porter leurs fruits. Or, comme on a pu le voir avec l’Iran ou avec la Russie, les politiques de sanctions ont tendance à durcir les gouvernements et à renforcer l’adhésion des populations aux régimes autoritaires. Et il suffit de passer en revue les interventions militaires des dernières décennies pour se convaincre de leur caractère chimérique. Je crois qu’on fait fausse route à force de mener des guerres sans stratégie politique, et qu’il faudrait plutôt privilégier une logique de partenariat et de dialogue susceptible de créer de la stabilité en forgeant des ponts entre les peuples et les cultures. C’est d’abord l’absence de perspectives politiques qui condamne à la guerre, d’où l’importance primordiale du travail inlassable des diplomates. Si la paix demande bien plus de courage et d’exigences que la guerre, elle n’en demeure pas moins un horizon nécessaire et accessible.

Avec l’arrivée de Donald Trump et sa volonté clairement annoncée d’être en rupture avec la traditionnelle politique américaine vis-à-vis de l’Europe, quelles actions préconisez-vous au niveau européen face à cette nouvelle donne ?

C’est précisément l’occasion pour l’Europe de tout remettre à plat. Il lui est vital de profiter à la fois du Brexit et de l’élection de Donald Trump, pour se repenser, se renouveler et se moderniser. Ces deux événements doivent provoquer un électrochoc salvateur et nous permettre de nous recentrer sur nos valeurs et nos ambitions. Alors que Donald Trump semble prêt à remettre en cause le libre-échange, nous devons au contraire réaffirmer notre attachement au mouvement d’ouverture du monde. Sur le plan commercial, rien ne nous empêche de demander que soient intégrées dans les traités de libre-échange des clauses sur l’emploi, l’environnement ou d’exiger la mise en place de barrières douanières temporaires pour protéger des secteurs menacés.

Face au nouveau positionnement diplomatique américain très hostile à l’égard de l’Iran, l’Europe doit défendre la signature de l’accord sur le nucléaire de juillet 2015 avec Téhéran et encourager la continuité du processus d’ouverture qui est à l’œuvre dans le pays. Retrouver une certaine forme d’indépendance, cela passe aussi par la remise en cause de l’hégémonie du dollar et du privilège juridique qui lui est lié, lequel permet à la justice américaine de poursuivre toute entreprise qui effectue des transactions avec cette devise. L’occasion nous est également donnée de repenser le rôle et l’efficacité de l’OTAN. L’élection américaine pourrait permettre un véritable débat transatlantique pour renégocier le traité de 1949. Nous devons assumer une réelle défense collective tout en évitant un engrenage militaire qui pourrait surgir notamment en Europe de l’Est. Il s’agirait de rééquilibrer l’alliance entre un pilier nord-américain et un pilier européen. En cas de refus, il nous faudra faire preuve de lucidité et quitter un système qui offre moins d’avantages que de risques et contraintes. Il faudra également revoir la stratégie européenne vis-à-vis du voisin russe, qui s’est avérée jusqu’ici contre-productive, ce qui passe par la prise en compte des appréhensions qui existent aussi en Russie.

Enfin, d’autres chantiers restent à explorer si l’on souhaite favoriser l’émergence d’une Europe de la Défense : la mutualisation des équipements de défense ; le développement de l’interopérabilité et la création d’un véritable État-major européen ; la redéfinition des mandats de l’Eurocorps, la création de forces européennes d’interposition dédiées à la sécurisation de zones humanitaires refuge dans les régions en crise…

Vous avez affirmé récemment sur France culture que « La réflexion politique et la réflexion diplomatique sont éclipsées par l’action militaire, et ça c’est un signe d’un affaiblissement profond de la France dans le monde. » Comment redynamiser la politique étrangère de la France et lui donner plus de poids sur la scène mondiale ?

Ces dernières années, la France a commis l’erreur de privilégier trop souvent l’outil militaire en lieu et place de l’outil politique qu’est la diplomatie. Le Ministère de la Défense a pris le pas sur le Ministère des Affaires étrangères, notamment sur le terrain africain, avec l’issue que l’on connaît en Libye, au Mali et en Centrafrique. Au Moyen-Orient, le pari qui a été fait sur la chute rapide de Bachar al Assad n’aurait jamais dû entraîner dans le même temps un refus systématique de parler au régime syrien. C’est là un manque de réalisme, qui relève davantage du positionnement idéologique que d’une logique politique assumée. Changer un régime, aussi mauvais soit-il, et qui plus est par la force, ne constitue pas une solution.

Il nous faut préférer la diplomatie à la gesticulation guerrière et retrouver le message d’indépendance et de liberté de ton qui était celui du général de Gaulle. La France doit parler à tout le monde, mais aussi ancrer sa diplomatie dans l’action, et non dans le seul commentaire, spectateur des désordres de notre temps. Cela suppose de renouer avec notre connaissance du terrain, à l’appui de notre réseau d’ambassades exceptionnel et des nombreux travaux menés par nos chercheurs à l’étranger. Pour que sa voix porte à nouveau, la France doit retrouver un esprit d’initiative, capable de porter une diplomatie de projets. Il y a notamment un grand partenariat entre l’Afrique et l’Europe à construire au cours de la prochaine décennie, à l’image de ce que fait la Chine en développant la Nouvelle Route de la Soie comme un outil de stabilisation de l’Asie centrale et du Caucase. Notre diplomatie doit travailler à développer et renforcer les liens politiques, économiques et culturels nous unissant à l’Afrique, avec laquelle nous pouvons partager un avenir commun et plus seulement un passé passionnel et douloureux.

Vous évoquiez sur France Inter « l’absence de vision politique actuelle et une situation de défaillance de démocratie ». Selon vous, comment sortir de la crise politique que traverse le pays ?

La défaillance de la démocratie libérale a pris un tournant manifeste l’an dernier avec le Brexit et l’élection de Donald Trump. La crise de confiance qui s’est instaurée entre les peuples et le système politique pourrait bien être durable. Il faut dès lors être capable d’effectuer un diagnostic efficace : nos démocraties s’affaiblissent parce qu’elles ont cessé de produire du politique. Cette dépolitisation, c’est celle des élites internationales qui ont cru à la fin du politique et à la fin de l’histoire. Au politique, on a préféré l’hyperlibéralisme et ses lois économiques complexes, mais loin d’être infaillibles. Depuis la crise de 2007-2008, rien n’a été fait pour prévenir le risque d’éclatement de nouvelles bulles financières. Sans un retour assumé vers plus de politique, nos démocraties ne parviendront qu’à frustrer davantage des populations qui ne se sentent plus ou mal représentées, et qui ne croient plus en un système incapable d’offrir des perspectives d’espoir. Or la politique, c’est une espérance. Le risque qui pèse alors sur nos sociétés est bien connu : c’est celui de la dérive autoritaire, sur le modèle des démocraties illibérales qui se multiplient jusqu’au sein de l’Union européenne.

L’urgence, notamment en France, c’est d’être capable de recréer ce lien entre l’État et le citoyen, de restaurer la confiance en nos valeurs et en notre système politique. Nous devons pour cela remettre le service public au centre de nos préoccupations et lui donner les moyens de ne pas abandonner des pans entiers de la population française, en particulier dans les campagnes et les petites villes. En France, l’historicité de l’État est centrale, bien plus que chez nos voisins. Il réunit autour de lui les différentes composantes de la nation, auxquelles il offre protection et soutien grâce à son modèle social tant critiqué. Plaider pour un retour du politique, c’est plaider aussi pour un retour de l’État. Il faut pour cela que chacun prenne ses responsabilités, la société civile tout autant que les élites politiques et sociales du pays, car l’État et la démocratie appartiennent à toutes et à tous.

Vous dites être convaincu de la nécessité d’inventer de nouveaux types d’interventions militaires. Sont-ils la solution pour le problème syrien et plus globalement comment voyez-vous la sortie de cette crise ?

Je me suis en effet prononcé pour un usage limité de la force, par le biais d’interventions ponctuelles, dotées d’un objectif politique préalable clair et circonscrit. L’expérience montre que toute opération militaire de grande ampleur avec déploiement massif de troupes au sol, finit par apparaître comme une invasion aux yeux des populations locales. S’il faut rendre hommage à nos armées pour le travail qu’elles accomplissent au quotidien, les interventions militaires traditionnelles ne sont pas à même de préparer la paix parce que, la plupart du temps, elles ne s’accompagnent pas d’une stratégie de paix concomitante. Apprendre à s’interposer efficacement, à construire voire dans certains cas à imposer la paix, voilà les défis qui attendent les armées de demain et notamment l’armée française. En Syrie, je reste persuadé que la solution sera d’ordre politique et non militaire. Certes, l’intervention russe a changé la donne et a pu plaider en faveur de l’usage de l’outil militaire en Syrie. Pour autant, elle n’a fait que servir les intérêts russes et se limitera à la défense du régime syrien. Elle est l’exemple type, quand bien même cynique, d’une intervention militaire ponctuelle guidée par une solide stratégie politique. Si elle semble fonctionner, c’est parce qu’elle s’accompagne d’une vision politique : aujourd’hui la Russie, avec l’Iran et la Turquie, est aux avant-postes pour parvenir à une résolution politique du conflit.

Néanmoins, la crise syrienne risque de se prolonger tant que l’on ne prendra pas en compte le peuple syrien dans l’équation et que l’on refusera d’engager un dialogue avec le régime et ses alliés pour trouver les voies d’un règlement et d’un arrêt des bombardements. Aujourd’hui, la Syrie est prise en otage par ses voisins : l’Iran, la Turquie, les forces kurdes, la Russie, l’Arabie saoudite. Pendant ce temps, le peuple syrien est oublié, mais il ne cessera pas de se faire entendre. Il y a un risque de radicalisation durable des populations marginalisées par l’évolution actuelle du conflit, à l’image de ce qui s’est passé en Irak après 2003 et que l’on a redécouvert avec violence en 2014. Il faut pour cela mobiliser les acteurs régionaux, et la France a d’une part un rôle de médiateur à jouer – auprès de l’Arabie Saoudite notamment – mais également un rôle de soutien auprès des pays frontaliers que sont le Liban ou encore la Jordanie, afin que le sort du peuple syrien redevienne la priorité majeure.

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La nouvelle route de la soie, une initiative exemplaire

Dans une interview retransmise sur la chaîne chinoise CCTV, Dominique de Villepin s’est exprimé sur l’importance du projet de Nouvelle Route de la Soie conduit par les autorités chinoises. Il estime que l’initiative revêt un caractère exemplaire, multipliant les relations entre la Chine et les pays voisins, et qu’elle est susceptible de créer de la stabilité en Asie centrale.

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Europe-Russie : des bruits de bottes

Invité de Véronique Auger dans l’émission « Avenue de l’Europe, le mag » sur France 3, Dominique de Villepin s’est exprimé sur les risques conflictuels qui pèsent sur les relations qu’entretiennent la Russie et l’Europe. Il est également revenu sur le lien privilégié et historique qui unit la France à la Russie, et sur le rôle de médiateur que devrait jouer notre pays dans un tel contexte.

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Il faut reprendre le dialogue avec Moscou

Invité de Caroline de Camaret sur France24, Dominique de Villepin s’est notamment exprimé sur les incertitudes provoquées par les dernières déclarations de Donald Trump, et sur le retour de la Russie au coeur du jeu international.

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Pourquoi la diplomatie semble-t-elle aujourd’hui si impuissante?

Invité de Chantal Lorho pour l’émission « Géopolitique, le débat », Dominique de Villepin s’est exprimé sur les divers conflits en cours, et sur la place de la diplomatie face à la politique du fait accompli, notamment menée par les régimes autoritaires. Il a appelé à davantage faire preuve d’initiative afin que la diplomatie et la politique puissent offrir des perspectives d’avenir aux peuples qui se détournent de la démocratie

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L’Occident n’a que des doutes à offrir au monde

– Dans un entretien avec Romain Gubert pour Le Point, Dominique de Villepin s’exprime sur les bouleversements géopolitiques de ces dernières années et sur la nécessité pour la France de retrouver sa vocation d’initiative au sein de la diplomatie mondiale –

 

Guerres, populisme, terrorisme… Le monde semble comme fou. Y a-t-il encore une grille de lecture possible pour comprendre la séquence que nous traversons ?

Le fait majeur de la dernière décennie, c’est d’abord l’accélération spectaculaire de la mondialisation. Face à cette nouvelle donne qui, bien plus que la fin de l’affrontement Est-Ouest, bouleverse les grands équilibres traditionnels, les démocraties occidentales, l’Europe, les Etats-Unis, ne savent absolument plus ni qui elles sont, ni où elles vont. Elles sont habitées de mille passions, elles ont peur et leurs économies chancellent. Or, dans le même temps la mondialisation a justement favorisé la constitution de nouveaux grands blocs qui fédèrent désormais des espaces de plus en plus importants. La Chine n’est pas seulement un acteur économique. Elle est devenu en moins de dix ans un acteur géopolitique majeur en Asie et au delà. Depuis deux ou trois ans, il faut aussi compter avec l’Iran dont l’influence déborde évidemment ses frontières, nous le constatons tous les jours en Irak, en Syrie, au Liban ou au Yémen. Même chose, pour d’autres raisons, dans le voisinage immédiat de l’Europe. Des régimes forts se sont constitués en Russie ou en Turquie. Ces deux pays défendent aujourd’hui une vision du monde qui séduit d’autres pays. Prenez la Russie : la Moldavie, la Bulgarie, la Hongrie, une partie de l’ Ukraine et des pays baltes se reconnaissent aujourd’hui dans la politique menée par le Kremlin. Une situation inimaginable il y a encore dix ans. Seulement voilà : nous, Européens et Américains, nous ne pouvons nous en prendre qu’à nous même. Nous n’avons que des doutes à offrir au reste du monde.

Que s’est-il passé pour en arriver là ?

Avec la chute du mur, les Occidentaux ont considéré que les idéologies étaient mortes et que le moteur de la nouvelle diplomatie mondiale ne serait qu’économique. On ne parlerait plus que de relations commerciales entre les pays. Quelle erreur !  Face à la montée du terrorisme islamiste, les démocraties libérales, l’Europe et les Etats-unis, n’ont pas su réagir calmement et n’ont trouvé qu’une parade : la posture guerrière. Soi disant au nom de valeurs universelles, en réalité pour masquer leurs peurs. Afghanistan, Irak, Libye, Mali : aveuglé par notre propre puissance de feu et nos équipements militaires de pointe, nous avons voulu modifier l’ordre mondial sans prendre en compte le fait que nous étions de plus en plus vulnérables. Nous avons ajouté de la tension à la tension sans aider les pays en crise à guérir de leurs maux. Et cela se retourne aujourd’hui contre nous.

Le Point : la France-t-elle sa part de responsabilité ? 

Évidemment ! Notre rôle depuis l’après guerre a toujours été celui du facilitateur. Nous ne sommes pas des pacifistes qui se croisent les bras : notre tradition diplomatique a toujours été, en tout cas depuis la fin des années 50, de trouver des solutions et d’aider les autres à en trouver. Or, aujourd’hui, nous avons perdu notre singularité. L’alpha et l’oméga de notre rôle dans le monde consiste à nous engager au sein de coalitions dominées par les Etats-Unis. L’esprit militaire l’emporte sur la défense de la démocratie. Je suis convaincu que la montée des populismes dans notre pays va de pair avec la posture guerrière entamée depuis dix ans. C’est la manifestation de l’effondrement de l’Etat.

Les Etats forts font d’abord de la politique avant d’utiliser la puissance militaire. La Chine a compris cela. Fait-elle la guerre en ce moment ? Pas du tout. Elle développe la route de la soie vers l’ouest et à travers toute l’Asie centrale. Elle a compris que sa meilleure protection économique et géopolitique, c’est d’abord de tisser des liens avec les pays voisins.

Pourquoi l’Europe est elle passé à coté du défi de la mondialisation ?

Nous aurions dû, nous Européens, faire en Afrique et en Méditerranée ce qu’a entrepris la Chine en Asie. Nous sommes en mal de croissance, c’est un fait. Mais nous avons près de chez nous des pôles de croissance et de formidables opportunités. Mais nous n’avons pas voulu mettre au point un projet global ambitieux. Notre seule action concrète consiste à repousser les migrants. Et nous avons vu le résultat. L’Europe est écrasée par ses peurs. Les responsables européens ne se sont pas rendus compte que le monde avait changé. L’Allemagne aurait pu jouer un rôle central dans la constitution de ce destin européen. Mais pour l’instant, ce rendez-vous avec l’histoire a été manqué. Les Allemands ont accueilli des dizaines de milliers de réfugiés. Mais pas seulement par générosité, aussi parce que leur société est vieillissante et pour rester compétitifs vis-à-vis de voisins qui sont presque tous dans une situation économique alarmante. La France au premier chef. Or, il suffit de regarder un atlas pour comprendre que ce qui se passe au Moyen-Orient ou en Afrique nous concerne directement. L’Europe est cernée par les crises. Cela alors qu’elle pouvait jouer un rôle majeur, d’entrainement, dans ces espaces où les coopérations régionales sont encore embryonnaires.

Tout le monde a encore en mémoire votre diagnostic de la politique américaine sous George Bush. Mais Barak Obama a-t-il corrigé les erreurs de son prédécesseur sur le plan international ?

Il ne faut pas faire de mauvais procès à Obama. Il a pris conscience d’une réalité : les Etats-Unis sont à la fin d’un cycle et ils ne peuvent plus forcement jouer leur rôle de gendarme du monde comme autrefois. La puissance ne peut plus s’exercer de la même manière qu’autrefois. Obama a compris que les réponses militaires ajoutaient du désordre au désordre. Il a tiré les leçons de la Somalie et de l’Irak où l’action américaine a provoqué plus de chaos qu’autre chose. Enfin, il a mesuré ce que nous, anciennes puissances coloniales européennes, savions déjà : il n’est pas utile d’agir en direct, il faut encourager les acteurs régionaux à prendre leurs responsabilités.

Mais Barak Obama n’a fait que la moitié du chemin. Il n’a pas poussé le chantier de la réforme de l’Otan, de ses structures, de ses moyens et n’a pas donné davantage de responsabilités aux Européens qui, du coup, ne se sont pas approprié la défense européenne et n’ont pas pris leurs responsabilités sur ce terrain.  Il n’a pas non plus encouragé la gouvernance mondiale, à commencer par le renouvellement du rôle et du fonctionnement des Nations unies.

Alors que Bush ne pensait qu’en termes de relations bilatérales, Obama aurait dû pousser le projet de création d’une force permanente de 100 000 hommes au service de la paix sous l’impulsion du conseil de sécurité.  On mesure tous les jours la faillite des actions militaires de l’Onu.

La France a-t-elle encore quelque chose à dire au reste du monde ?

La France a tourné le dos à sa vocation première. Aujourd’hui, nous sommes comme indifférents aux problèmes du monde. Nous n’avons que des réponses moralistes et militaires, qui ressemblent à s’y méprendre à celles des néo-conservateurs américains. Mais, ce n’est pas notre ADN diplomatique. C’est un jeu dans lequel nous ne pouvons que perdre notre singularité. Nous sommes exposés, vulnérables. Nous sommes une cible trop facile pour prétendre jouer aux redresseurs de torts. En voulant faire tomber des dictateurs en Libye et en Syrie, nous avons perdu notre voix. En Irak et en Syrie aujourd’hui, ce sont les Etats-Unis, la Russie, la Turquie, l’Arabie saoudite qui jouent un rôle. Mais pas la France. Or, nous en payons le coût sans pouvoir faire ce que nous savons faire : parler avec tout le monde et trouver des solutions originales. Nous sommes sur tous les fronts militaires, sans en tirer avantage. Or, si nous avions utilisé notre savoir-faire diplomatique, nous n’aurions rien perdu de notre influence.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, pour un chef d’Etat français qui n’a que cinq ans pour imprimer sa marque, l’action militaire fonctionne immédiatement. La diplomatie, c’est plus compliqué. Elle demande un temps long. Nos armées sont efficaces et performantes. Mais il leur manque un maillon : elles ne savent pas préparer la paix. Apprendre à construire la paix, cela ne signifie pas transformer l’armée française en une ONG humanitaire bien sûr. Mais d’en faire une armée capable de préparer l’après-conflit. Or, pour y parvenir, il faudrait revoir en profondeur la nature de nos états-majors et l’organisation de notre armée. Bref, construire une stratégie de paix. Malheureusement, depuis notre retour au sein du commandement intégré de l’OTAN, c’est impossible.

Vous allez souvent en Russie. Faut-il parler à Poutine ?

La Russie s’adapte aux fragilités européennes. Il faut toujours partir des leçons de l’expérience. Lorsque les Américains et les Européens ont décidé des sanctions contre l’intervention russe en Géorgie en 2008, cela n’a strictement rien donné.  Et pourtant, on a recommencé exactement de la même manière en Ukraine. Ceux qui payent, ce sont les populations. Face aux sanctions, les Russes se sentent plus soudés. Et le pouvoir joue sur ce sentiment de puissance retrouvée. Imaginer que Poutine allait trembler devant les sanctions internationales était stupide et nous avons perdu en crédibilité et en marges de manoeuvre.

Face à cette situation, il faut reconstruire une relation avec la Russie. Il faut revenir aux bases de la diplomatie et cela consiste à parler avec tout le monde. C’est un travail permanent. Si on ne parle qu’avec des amis, ça ne sert à rien. La diplomatie doit travailler par petits pas : on donne quelques gages, on avance par petites touches. C’est ce qui s’est passé en Normandie, lors des célébrations du débarquement de juin 1944. La France a su nouer un dialogue entre Angela Merkel, Vladimir Poutine et le président Ukrainien. C’est cette percée diplomatique française qui a ensuite conduit aux accords de Minsk. Mais pour cela, il fallait être dans la posture du facilitateur. Pas dans celle du moraliste. Il faut savoir faire le premier pas et oublier nos réactions sentimentales, certes sympathiques, mais angéliques et qui n’ont jamais fait avancer les choses.

Mais, parfois, la « morale » est nécessaire. En Syrie, par exemple …

Concernant Bachar el assad, nous nous sommes fourvoyés. Bien sûr, il ne représente pas la solution de « l’après » et il faudra trouver des solutions politique acceptables par tous et par toutes les communautés qui vivent en Syrie. Mais comment être audible après n’avoir eu qu’une position moraliste. C’est la même chose avec Erdogan. Le rôle –et l’intérêt direct- de la France, ce n’est pas de croiser les bras en donnant des coups de mentons. Nous Français, nous savons depuis toujours ouvrir des portes pour faire avancer les choses de bonne foi, car nous ne sommes pas une puissance dominante. Nous savons inventer. C’est notre force. Toutes les grandes puissances ont pris des gages sur la Syrie. La seule façon d’arriver à quelque chose, c’est d’arriver à un accord politique. La France est légitime sur ce terrain. Sinon, combien de morts faudra-il encore ?


26 novembre 2016, Le Point

1024 534 Dominique de Villepin

Sur certains sujets diplomatiques, Trump peut s’allier à Poutine

Invité d’Elisabeth Quin pour un hors-série de l’émission « 28 minutes » sur Arte, Dominique de Villepin a décrypté les relations qu’entretiennent Donald Trump et Vladimir Poutine