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1000 625 Dominique de Villepin

Contre l’esprit de querelle, faisons le choix de la volonté

– Dans une tribune parue dans Le Parisien, Dominique de Villepin s’exprime sur les élections présidentielles françaises –

 

Cette campagne présidentielle aura-t-elle été à la hauteur des enjeux pour le pays?

Evidemment non, cette campagne a été atterrante. Elle a ajouté de la confusion à la confusion, donnant l’image d’un pays en proie à toutes les peurs et toutes les colères et d’une société française sentant terriblement le renfermé. Le rituel démocratique est devenu un risque pour nous. L’heure est à la gravité. Nous avons besoin avant tout de raison, d’esprit de sérieux et de sens des responsabilités. Si nous n’avons pas un Etat solide, la France court toujours le risque de se défaire.

La montée des populismes est-elle inexorable ?

La colère est mondiale. Nous ne sommes pas une île. Nous assistons au reflux global du libéralisme, vingt cinq ans après la chute du Mur de Berlin. Les régimes autoritaires et les hommes forts ont partout le vent en poupe ; regardez la dérive de la Turquie. C’est le rejet de la greffe d’une mondialisation libérale, source d’homogénéisation culturelle et de désordres sociaux. Au Royaume Uni du Brexit, dans l’Amérique de Trump, en France, partout se manifestent les mêmes fractures territoriales, peuple des villes contre peuple des champs, classe centrale contre minorités et élites. Nous devons refuser ces logiques de guerre civile qui ne mènent qu’à l’impasse.

Emmanuel Macron affirme que vous partagez beaucoup de terrains d’entente, que vous vous parlez régulièrement: soutenez-vous le candidat d’En Marche? 

C’est vrai, nous avons une relation amicale et échangeons sur les grandes questions internationales. Il a une vraie qualité d’écoute, une détermination et un sens de l’Etat indispensable. Le choix électoral se ramène à une offre simple. D’un côté les radicaux qui jurent de renverser la table et la soupière avec elle. De l’autre les partis traditionnels, qui, quelles que soient les qualités des candidats ou des projets, restent prisonniers de leurs divisions et voient le pouvoir comme une rente à partager. Il y a   enfin une nouvelle voie, que veut ouvrir Emmanuel Macron, celle du rassemblement. Contre l’esprit de querelle, faisons le choix de la volonté.

Peut-il répondre à la colère et aux attentes des Français ?

Il y a en effet aujourd’hui un risque majeur de voir la France s’affaisser et pour le prochain président de n’être que le marchepied de la colère. Mais il reste une chance historique de refonder les institutions de la Ve République et de leur réinsuffler du sens. C’est une tâche titanesque. Les présidents successifs s’y sont épuisés, tant les exigences de la conquête du pouvoir sont souvent contraires aux nécessités de l’exercice du pouvoir. Ne nous y trompons pas. Une fois élu, son travail ne fera que commencer. Trois chantiers majeurs l’attendent.

Lesquels ?

Le rassemblement d’abord pour que son mouvement ne soit pas un nouveau parti, lié uniquement par une allégeance personnelle, mais un espace de renouveau et de débat.

La réconciliation ensuite, car il s’agit non de l’emporter contre la France de la peur et de la colère, mais de la ramener au bercail, de lui montrer qu’il y a un chemin commun. Pendant trop longtemps les laissés-pour-compte de la mondialisation et de l’Europe sont restés sur le bord du chemin. Leur donner une place, cela passe par un Etat fort et protecteur, garant de notre unité et porteur d’un esprit de fraternité et d’humanisme.

La réforme enfin, car le pays a besoin de se donner la preuve qu’il est capable de changer. Il ne s’agit pas de brusquer ou de triompher, mais de dégager une nouvelle méthode de consensus autour de larges majorités d’idées sur des sujets cruciaux pour notre vitalité économique – notamment la question du coût du travail et de la fiscalité. Il faut tirer les leçons de ce qui a marché et de ce qui a échoué dans les vingt dernières années. Cela a été mon combat entre 2005 et 2007, avec Thierry Breton et Jean Louis Borloo, lorsque j’étais Premier ministre, sur les deux chantiers prioritaires de la lutte contre les déficits et le chômage.

L’Europe, est redevenue un enjeu de la campagne. Mais plusieurs candidats  ont un projet de rupture avec l’Europe…

On ne décide pas de l’avenir d’un continent sur la base d’un mouvement d’humeur. Soixante ans après le traité de Rome, c’est une question existentielle qui est posée à l‘Union Européenne. Car l’Europe est malade, rongée à l’est par l’illibéralisme traditionaliste, au nord par les pulsions identitaires, au sud par les anti-systèmes. La France est aujourd’hui le principal champ de bataille européen : Frexit n’est pas Brexit. Il n’y a pas d’Europe sans la France. Quant aux plans B et aux rapports de force, on voit où ils ont mené la Grèce. Le nouveau président aura une occasion majeure de relancer le couple franco-allemand, après l’élection allemande de septembre, et, ainsi de relancer l’Europe autour de projets concrets, susceptibles d’être compris par les peuples, et une gouvernance de la zone euro plus efficace. Le sentiment anti-européen est un diable facile à sortir de sa boîte, mais difficile à y faire rentrer une fois élu.

Il aura également été assez peu question de politique internationale. La France joue-t-elle un rôle à sa hauteur sur la scène internationale? Comment le renforcer, ou le restaurer? Son engagement doit-il prendre d’autres formes – vous avez évoqué l’excès de « guerre »? 

A l’heure où nous parlons, la France est engagée sur plusieurs terrains d’opération, un porte avions américain croise vers la Corée du Nord, des troupes de l’OTAN sont renforcées en Europe orientale. Nous avons basculé dans un nouveau monde, multipolaire et menaçant, où apparaissent des lignes de failles entre toutes les puissances, tandis que nationalisme et protectionnisme s’aiguisent. Malheur à ceux qui n’ont ni vision, ni politique, car ils seront la variable d’ajustement. L’Europe est cernée de crises, en Ukraine, en Turquie, en Syrie et en Irak, en Afrique du Nord et nous n’avons pas d’autre stratégie que de parler plus fort que les Etats Unis tout en agissant moins.

Nous sommes à un tournant mondial, un des ces moments diplomatiques où la place des nations se redéfinit pour plusieurs décennies. La France peut contribuer à dessiner la nouvelle carte du monde, elle peut y avoir une place, mais à condition de se donner un cap diplomatique. Elle pèsera toujours plus par le dialogue que par les armes. Il faut pour cela mettre fin à la dérive interventionniste qui a trop longtemps servi de substitut à une diplomatie réfléchie, en limitant l’usage de la force à des cas ponctuels, en dernier recours et avec l’assentiment des Nations Unies. Soyons en pointe de la consolidation des Etats, face à l’épidémie d’Etats faillis, afin d’enrayer la violence et le terrorisme qui y prospèrent.

La vocation de la France ce n’est pas de propager l’esprit de guerre. Car je veux le répéter encore, la guerre ne nourrit que la guerre. La vocation de la France c’est l’indépendance et l’équilibre, c’est de parler à tout le monde dans un esprit de responsabilité. Deux exemples : en Europe Orientale, nous pouvons prendre l’initiative d’une conférence dessinant une nouvelle architecture de sécurité avec la Russie. Vers l’Afrique, c’est notre devoir et notre intérêt de tendre la main, au nom des liens entre les peuples. A l’image de ce que la Chine a engagé avec la nouvelle route de la soie, nous devons proposer un grand projet de partenariat à l’Afrique et au Maghreb, avec l’Union Européenne, à la fois économique, politique et culturel.

Le nom de De Gaulle est revenu sans cesse dans la campagne, dans la bouche de la plupart des candidats: qu’est ce que cela vous inspire ?

En tant que gaulliste, je ne peux que m’en réjouir, mais je ne suis pas dupe, la référence au général de Gaulle, c’est la pantoufle de verre que l’on cherche à faire enfiler à tous les candidats. Plus on en parle et s’en réclame, d’un bout à l’autre du spectre, de Jean Luc Mélenchon à Marine Le Pen – plus son absence se fait sentir. C’est au fond la statue du Commandeur d’institutions détournées de leur esprit – par les primaires, par le quinquennat, par les partis. Nous sommes à un moment de refondation comparable à 1958.

Quel avenir voyez-vous au parti Les Républicains? 

La droite républicaine a besoin d’une colonne vertébrale. Face à la recomposition politique en cours, les tentations de durcissement, dans les discours ou dans les alliances, risquent d’entretenir une spirale de radicalisation et beaucoup de mes amis politiques, aujourd’hui déjà, peinent à se retrouver dans leur propre famille. Il y a un travail de clarification et de modernisation indispensable.

Si Emmanuel Macron est élu président de la République, pourriez-vous travailler avec lui? 

Je suis un homme libre et je le resterai.

 

20 avril 2017, Le Parisien

1024 537 Dominique de Villepin

On ne joue pas avec la parole donnée, on ne joue pas avec la rue

Invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC/BFMTV, Dominique de Villepin estime que la campagne menée par François Fillon prend une tournure aventureuse, alors que la montée des populismes invite partout à la prudence

1024 767 Dominique de Villepin

Diagnostic (et espoirs) d’un monde qui tangue

– Dans un entretien avec Pierre-Henri de Menthon et Jean-Pierre de La Rocque pour Challenges, Dominique de Villepin et Hubert Védrine débattent sur les carences des démocraties occidentales et les peurs créées par la mondialisation –

 

Après les britanniques et les américains, les italiens ont eux aussi décidé de «sortir les sortants ». Où cela va-t-il s’arrêter ?

Hubert Vedrine : Au-delà des raisons de politique intérieure qui peuvent expliquer le vote des britanniques pour le Brexit et des italiens contre Matteo Renzi, ces scrutins doivent s’analyser dans un contexte plus large. De plus en plus de gens contestent le projet européen – des anti-européens ou simplement des sceptiques ou des déçus-, exaspérés par l’abus de réglementations intrusives de l’Europe. Une majorité d’entre eux est donc insatisfaite. A cela s’ajoute la révolte générale des classes populaires et moyennes dans les pays occidentaux, qui se sentent exclues face à la mondialisation de ces 30 ou 40 dernières années.

Dominique de Villepin. En effet, deux facteurs se conjuguent. D’un côté, la montée des passions négatives au sein d’une partie de la population des pays occidentaux qui pense ne pas avoir d’avenir dans la mondialisation et souffre de ne plus être entendue. De l’autre, des Etats affaiblis, des démocraties libérales incertaines d’elles-mêmes et des gouvernements hésitants qui paraissent incapables aux yeux des gouvernés de les protéger face aux deux grands défis que sont la crise des migrants et le terrorisme.

Faut-il s’inquiéter de la défiance grandissante des opinions publiques contre les institutions mêmes de la démocratie ? Sont-elles assez solides pour canaliser la révolte des peuples ?

HV. La plupart des citoyens ne se jugent plus représentés par leurs élus. D’où ce que j’appelle des « insurrections électorales populaires ». Le populisme, c’est l’expression de la colère des peuples qui se sentent abandonnés et disqualifiés. C’est un vrai danger. La démocratie participative est la seule réponse pour re-légitimer la démocratie, plus que l’aléatoire démocratie directe.    

DV: A l’origine de ce sentiment de rejet, de doute, de peur qui se traduit par une remise en cause de la démocratie représentative, il y a aussi une crise de la gouvernance régionale et mondiale. Autrement dit, nous ne disposons pas aujourd’hui des outils, des institutions à même d’apporter des réponses à l’inquiétude des peuples. Les Etats seuls n’ont plus cette capacité. Après la chute du mur de Berlin et de l’Union Soviétique, beaucoup ont cru à la victoire absolue des démocraties libérales. Il n’en n’est rien. Ce que nous constatons aujourd’hui est au contraire une position de force des régimes autoritaires.

Les structures de gouvernance supranationales sont-elles périmées ?

HV: Les 30 dernières années de globalisation d’une économie de marché dérégulée et financiarisée impliquaient un inéluctable dépassement des Etats au profit d’entités collectives indéterminées dont le fonctionnement est fondé sur des « normes ». Ce discours a été porté à son paroxysme par les ultra-libéraux et les gauchistes qui ont comme objectif premier de vouloir dissoudre ou disqualifier les Etats. Mais c’est une chose de dire que les Etats ne sont plus les seuls acteurs, et une autre de dire qu’ils sont périmés. La solution réside toujours dans une coopération internationale. A condition que celle-ci se fasse entre des Etats capables de s’engager et de tenir leurs engagements.                                          

DV: Il existe une place pour une gouvernance régionale et mondiale à côté de celle des Etats. Barack Obama a compris que les interventions militaires de l’Occident depuis quinze ans étaient toutes des échecs, en Afghanistan en Irak et ailleurs. Mais il ne s’est pas engagé sur le chemin d’une gouvernance partagée avec les autres nations en ne reprenant pas, notamment, la proposition d’un droit de véto limité, mise en avant en 2006 par le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan. Face à un monde qui se révèle de plus en plus dangereux, ni les Etats, ni les organisations comme l’Union européenne ou les Nations unies n’ont aujourd’hui les moyens d’agir. Je crois cependant beaucoup à l’affirmation de la communauté internationale sur le thème de la guerre et de la paix et à son engagement autour de la lutte contre la pauvreté.

HV. Bien sûr, je crois utile l’affirmation d’une action internationale pour la construction de la paix et un développement « écologiste ». Mais les organisations internationales qui traitent ces sujets manquent de capacités d’action. Mais soyons francs, il n’y aura pas de « gouvernement mondial » et il n’y a pas de communauté internationale des peuples. Un pêcheur péruvien ne pense pas comme un médecin japonais, un scientifique russe ou un politicien français. Bien sûr, il existe des institutions, un système indispensable de relations multilatérales entre Etats, mais qui tourne en partie dans le vide. Il ne faut pas confondre un cadre ou des enceintes internationales comme l’ONU avec des pouvoirs. Pour moi, le seul élément vital commun aux peuples du monde est d’agir pour que la terre demeure habitable. Cela suppose une politique d’écologisation qui irait plus vite que le compte à rebours climatique. En attendant, je suis d’accord pour que l’on améliore le système de gouvernance, par des coalitions ad hoc comme ce qui a été fait dans la négociation avec l’Iran, ou par sujets, comme la COP21 ; qui est à préserver…malgré Trump!

 

EUROPE

Existe-t-il une réponse face au doute croissant des citoyens vis-à-vis du projet européen ?

DV : Les institutions européennes ont hérité de la partie la plus ingrate des responsabilités collectives. Aimer une Union européenne désincarnée et qui en outre n’a pas d’argent pour financer des projets utiles relève de la mission impossible. Mais il y a des chantiers à ouvrir. Aujourd’hui, la perspective de  mettre en place un parquet antiterroriste et un FBI européens, serait très efficace dans la lutte contre le terrorisme, comme une politique énergétique qui permettrait de payer moins cher son gaz et son électricité…

HV:  D’accord pour que l’Europe se concentre sur deux ou trois projets clés. Mais après une « pause » car il faut d’abord montrer aux peuples qu’on les écoute. Cette pause est un moyen de faire réagir un système qui ne veut rien entendre et qui a théorisé le fait que quand les gens votent non ou mal, comme dans le cas du Brexit, il ne faut pas en tenir compte. C’est démocratiquement insupportable. Ce n’est pas scandaleux que les peuples veuillent garder une certaine identité, une certaine souveraineté et veuillent de la sécurité ! Comme l’a dit Jean-Claude Junker, l’Europe est réputée entre autres d’avoir règlementé « à outrance ». L’Europe doit cesser d’être une usine à produire des directives sur des concombres, des bananes, des piles électriques ou sur les chasses d’eau. Et ce n’est pas démagogique de le dire. Je suggère l’organisation d’une conférence qui clarifierait ce dont l’Europe doit s’occuper, et ce dont elle ne doit plus se mêler.

DV: Oui mais ce type de conférence débouche sur la consultation des peuples par référendum et dans les circonstances actuelles, il y a fort à parier qu’ils disent « non » ! Cela veut dire que l’on suspend toute action européenne pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, dans une période hémorragique pour l’Europe.

HV. Il y a eu par le passé, dans des grands moments historiques, des conférences où l’on a été capable de trancher.

DV. N’oubliez pas que nous sommes dans un schéma électoral très complexe avant la présidentielle française de mai prochain et les élections allemandes d’octobre 2017.

HV. Et si le système européen ne dit pas aux peuples, même brièvement, « on vous écoute », ils n’adhéreront pas à un nouveau projet. Il faut stopper le virus a-démocratique qui envahit les consciences de beaucoup d’européistes.                 

DV. Alors poursuivons donc les deux objectifs ! L’écoute et la consultation et dans le même temps : l’action et le résultat.     

HV. Très bien. Commençons alors par avoir un Espace Schengen qui marche.

DV. Il faut aussi mettre en place une Europe de la défense en profitant de l’élection de Donald Trump pour lancer le projet.

HV. « L’Europe de la défense » cela risque d’être du vent. Les européens restent incapables de défendre l’Europe. Mais des coopérations industrielles, la mise en place de forces d’interventions communes, oui.

Mais alors que doivent faire les européens pour exister sur la scène internationale ?     

DV. La vie internationale avance comme un train à grande vitesse, nous ne pouvons pas arrêter le cours de l’histoire. L’Europe doit profiter de ce mouvement inéluctable et des brèches qui sont apparues récemment, qu’il s’agisse du Brexit ou de l’élection de Donald Trump, pour mettre des propositions sur la table. Jamais l’Europe n’a eu autant de raisons de s’affirmer sur le plan mondial. Nous savons bien les difficultés que créerait l’élévation de murs sur la planète. Face à un Donald Trump qui parait décidé à remettre en cause le libre-échange, nous devons réaffirmer notre attachement au mouvement d’ouverture du monde.

 Comment l’Europe peut-elle s’imposer face aux Etats-Unis de Donald Trump?

DV : Donald Trump s’appuie sur un nouveau concept: le flou diplomatique. Lorsque l’on s’interroge que le fait qu’il ait pris au téléphone la présidence de Taiwan, ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait fait, il répond en disant qu’il a pris l’appel par courtoisie. Face à ce changement des codes qui régissent la diplomatie depuis des décennies, nous ne pouvons plus être bien élevés, civilisés et rester immobiles. Il faut donc fixer nos règles très vite face à Donald Trump, lui montrer qu’il existe des garde-fous sur la scène internationale. Si le président des Etats-Unis pense qu’il peut en permanence jouer le bras de fer, alors l’Europe sera mangée. Sur le plan commercial, rien ne nous empêche de demander que soient intégrées dans les traités de libre-échange des clauses sur l’emploi, l’environnement ou d’exiger la mise en place de barrières douanières temporaires pour protéger des secteurs menacés. Face à une équipe d’un Donald Trump qui semble très anti iranienne, l’Europe doit défendre la signature de l’accord sur le nucléaire de juillet 2015 avec Téhéran. Quitte à remettre en cause le privilège juridique lié au dollar qui permet à la justice américaine de poursuivre une entreprise qui réalise des opérations dans cette devise.

HV. Geindre sur l’élection de Donald Trump ne sert à rien. La question est plutôt de savoir si les Européens peuvent avoir vis-à-vis de la Maison Blanche un message commun sur l’Iran. Là il faudra se mettre d’accord. Concernant l’application de la COP21, Trump ne peut pas torpiller l’accord. Et de toute façon des Etats, des villes et des entreprises américaines l’appliqueront. Sur le libre- échange, le choix n’est pas binaire entre l’ouverture totale des frontières ou leur fermeture. Il s’agit d’encadrer. Personne ne va se replier, oublions les pleurnicheries intéressées sur le « repli sur soi ». Enfin, si Donald Trump veut « dealer » avec Vladimir Poutine, il ne faut pas attendre en tremblant mais définir notre proche approche.

DV : Oui, l’Europe doit changer de stratégie vis à vis de la Russie et rétablir un dialogue constructif. Ce n’est pas simple. Car il existe un sentiment d’agression du côté russe lié à la pression exercée par l’Otan à ses frontières. A l’inverse, certains pays comme la Pologne et la Roumanie s’inquiètent -eux- des velléités expansionnistes de leur puissant voisin. J’observe aussi que l’Europe a proposé un accord d’association avec l’Ukraine sans faire de même avec la Russie. Du coup, comme il y a un accord d’Union douanière entre ces deux pays, les produits européens transitent par l’Ukraine avant de se retrouver en Russie sans acquitter de droits. Cela ne fait que renforcer le ressentiment des Russes vis à vis des Européens.  Il faut sortir de cette situation.

        

Depuis 2015 la croissance de l’économie mondiale est supérieure à celle du commerce. Est-ce le début de la démondialisation ?

HV.  Il y a un effectivement un ralentissement du rythme de la mondialisation. D’un point de vue écologique, c’est plutôt une bonne nouvelle ! La croyance en une libéralisation sans fin des échanges grâce à laquelle le commerce mondial allait progresser trois fois plus vite que la croissance des pays- n’était pas durablement tenable. Ne dramatisons pas, comme si nous n’avions le choix qu’entre poursuivre sans fin dans le vide ou bien nous refermer. Il me semble qu’il faut plutôt réfléchir à ralentir, encadrer et intégrer de nouvelles zones dans le commerce mondial.

DV. La démondialisation n’est pas mondiale ! Nous allons assister dans les prochaines années à un développement du commerce sud-sud. Dans ce contexte, l’Europe avec sa sur-réglementation court le risque d’être marginalisée. Les pays émergents ont en effet une conception plus simple que celle du monde occidental du commerce international. A cela s’ajoute le fait que l’Amérique Latine va être sous l’emprise croissante des entreprises chinoises. Ce qui veut dire qu’il y aura d’autres zones de friction entre Washington et Pékin.

HV. Les occidentaux sont confrontés à une contradiction. D’un côté, une mondialisation -sans nos règles- se développe. De l’autre, les occidentaux souhaitent une mondialisation normalisée et civilisée (par eux). Cela les met en porte-à-faux. L’un des buts de l’accord transatlantique entre l’Europe et les Etats-Unis était de se mettre d’accord sur des normes sanitaires, sociales et environnementales communes afin de les imposer dans le commerce mondial. Mais nous ne sommes pas parvenus pour le moment à nous mettre d’accord. Il faudra un jour convaincre les opinions publiques qu’un tel accord peut être bénéfique. A moins d’accepter de se soumettre un jour aux règles chinoises.

DV : Les Américains ont développé leur stratégie commerciale en jouant sur la peur, infondée selon moi, de l’émergence d’une toute puissance chinoise. Mais on ne construit pas une politique commerciale ou militaire contre quelqu’un. Hélas Donald Trump risque de rester sur cette ligne. Or la politique de l’endiguement- « containment » – de Barack Obama qui vise à limiter la zone d’influence de la Chine et de la Russie, s’est avérée contre-productive. Nous l’avons vu en Irak après 2003 puis sur le dossier iranien, les politiques de sanctions durcissent les gouvernements et renforcent l’unité du chef avec son peuple. Il faut rompre avec ce cercle vicieux et opter pour une logique de partenariat et de dialogue.

Faut-il s’inquiéter ou se réjouir de la puissance des réseaux sociaux ?

DV. Comme dans toute révolution technologique, il existe un aspect positif lorsque cela favorise la prise de conscience et la capacité à se mobiliser, comme dans le cas la COP21. Mais les réseaux sociaux ont aussi une face négative quand ils colportent toutes sortes de rumeurs et de peurs. Je suis aussi inquiet de voir que ces outils se concentrent entre des mains américaines. Nous avons intérêt à ce qu’un contrôle soit exercé, afin de limiter leur trop grande influence.

HV: Les réseaux sociaux ne sont pas la panacée pour remplacer la démocratie représentative. Au contraire. Il s’agit juste d’un café du commerce global. Sauf qu’autrefois dans les troquets du village, les gens connaissaient l’idiot et l’alcoolique du coin ! Là personne ne sait qui est qui et cela permet de véhiculer les pires horreurs, la pire désinformation, d’autant plus que les moteurs de recherche sont incapables de faire le tri. Donc, prudence!

Faut-il s’inquiéter de la puissance des nouvelles multinationales américaines comme Google, Apple, Facebook ou Amazon ? 

HV: Ce qu’on appelle les « Gafa » constituent, avec la suprématie du dollar et l’unilatéralisme judiciaire, les derniers piliers de l’hyperpuissance américaine que j’ai décrite dès les années 1990. Ces entreprises contribuent à l’effondrement des Etats Nations en s’affranchissant de leur contrôle, en particulier sur le plan fiscal. Sur ce dernier point, il faut être intraitable quant au respect des règles. Mais le seul pays capable de bâtir un système susceptible de contrer la domination des Etats-Unis et de ses grandes firmes est la Chine, comme le montre l’émergence du site de vente en ligne Alibaba ou du moteur de recherche Baidu. Tout cela montre l’extraordinaire ratage technologique de l’Europe depuis cinquante ans. A qui la faute?

DV- C’est l’exemple même d’un domaine où une gouvernance mondiale est possible, passant par le renforcement des institutions multilatérales et par un « traité Internet ». La mise en place récente d’une gouvernance plus internationale de l’ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), organisme qui gère l’attribution des noms de domaines et des adresses IP, montre le chemin pour sortir de cette domination américaine.                   

Dans votre livre, Dominique de Villepin, vous citez Antonio Gramsci : « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ». Combien de temps va durer ce clair-obscur et quels sont les monstres d’aujourd’hui ?              

DV: Il y a deux sortes de monstres. Ceux que nous avons contribué à créer à travers la technologie -comme le feu nucléaire-, vision aveugle du progrès qu’il faut remettre au service de l’homme. Et puis il y a d’autres types de monstres : ceux qui sont en nous – dont le terrorisme fait partie – et qui se déchainent pour toutes sortes de motivations. Celles auxquelles nous ne devons souscrire à aucun prix, mais qu’il faut comprendre pour mieux les combattre. Ces monstres se développent d’autant plus que nous mettons à bas les structures étatiques qui ont pour mission de civiliser les passions collectives. On le voit particulièrement au Moyen Orient, avec son épidémie d’Etats faillis- Irak, Syrie, Libye, Yémen- et la marche vers une forme de suicide collectif, comme l’Europe entre les deux guerres. L’Europe, et la France en particulier, peuvent contribuer à recréer les conditions de la stabilité dans cette région en mettant tout en œuvre pour instaurer un dialogue constructif entre l’Arabie Saoudite et l’Iran. La France doit sortir de la logique néo-conservatrice et guerrière dans laquelle elle s’est enfermée. Elle doit se retrouver une diplomatie. C’est-à-dire redevenir une force de paix.

HV: Pour revenir sur la citation de Gramsci, je crains qu’elle ne s’applique à d’innombrables périodes de l’humanité ! Pour moi le seul danger vital, collectif, c’est avec la fin de la biodiversité et le climat, le fait que la terre, selon certains scientifiques, ne soit plus habitable un jour du fait des risques écologiques et de la surpopulation. Pour eux l’humanité ne peut pas ne pas disparaître à terme à moins de faire des découvertes extraordinaires. Donc écologisons! Mais l’urgence immédiate est de contenir la fureur des peuples qui se sentent méprisés et abandonnés, avec tous les risques que cela représente.

5 janvier 2016, Challenges

1024 353 Dominique de Villepin

Il faut remettre l’Etat au service des Français

– Dans un entretien avec Xavier Alonzo pour La Tribune de Genève, Dominique de Villepin est revenu sur la nécessité de replacer la politique au centre des attentions, dans une période troublée par l’affirmation des autoritarismes et la montée des populismes. Il s’est également exprimé sur des sujets de politique intérieure –

Le renoncement de François Hollande, est-ce un acte de lucidité ou un acte contraint?

C’est un geste très personnel, conforme à sa conception de la responsabilité politique. Il se produit évidemment dans un environnement très dégradé pour la gauche de gouvernement qui rend l’exercice de renouvellement périlleux.

Avez-vous été surpris qu’un président en exercice dise s’effacer pour l’intérêt général?

Il n’y a pas lieu d’être surpris, tant il aurait été difficile d’affronter seul la responsabilité de la défaite annoncée. Nous voyons bien que l’intérêt général, face à la vague populiste qui emporte tout, c’est de créer des alternatives politiques permettant la proposition, la sérénité, le rassemblement et, surtout, l’action.

A lire votre livre, la politique ne jouerait plus son rôle?

Je pars du constat que la situation internationale est de plus en instable et surprenante. Parce que nous avions imaginé avec la chute du mur de Berlin en 1989 une victoire par k.-o. de la démocratie libérale. On constate que ce n’est pas aussi simple que ça. On revoit poindre une compétition entre les systèmes politiques. On voit que lorsque les démocraties sont confrontées à des difficultés pour répondre aux aspirations de leur peuple, il y a un retour de l’attractivité d’autres formes de régime.

Mais le principe des démocraties libérales n’est-elle pas de réduire le rôle des Etats?

C’est l’un des grands drames du monde: l’affaiblissement des Etats. Et les démocraties occidentales, qui apparaissent comme atomisées, ne sont pas toujours les mieux armées contre les régimes autoritaires. Pourquoi? Parce que ces derniers ont la capacité à faire l’unité de leur pays.

Vous prônez donc un état fort dans les démocraties?

L’urgence de la restauration de l’Etat est bien réelle aussi dans nos démocraties. On tire à vue sur les Etats, considérés comme des formes archaïques et oppressantes de l’organisation sociale, au profit du tout libéral. Nous avons cru que c’était la fin de l’histoire et que l’extension du domaine économique était illimitée. La crise financière a été la facture de cette illusion. Elle a pour réplique sismique le Brexit et l’élection de Donald Trump.

Lors des primaires de la droite, François Fillon a été plébiscité. Partagez-vous cet enthousiasme?

Le peuple français adressé trois messages. Le premier: cette victoire très franche au sein de l’électorat de droite et du centre est un symbole d’unité. C’est ensuite un message très fort de conviction politique. La politique reprend ses droits, elle est affirmée comme la réponse à apporter aux difficultés. Troisième message: on veut croire au retour de la diplomatie qui peut faire bouger les choses. Que ce soit vis-à-vis de la Russie ou d’autres crises comme en Syrie. François Fillon met en avant cette nécessité de parler avec tout le monde et d’agir à partir de ce dialogue. Reste la question de l’état. Nous sommes tous d’accord qu’il a besoin d’être modernisé. Mais quel rôle et quelle confiance veut-on encore lui accorder? La campagne présidentielle à venir sera déterminante sur ce point.

Mais les classes populaires manquent à Fillon. Jacques Chirac, comme de Gaulle, touchaient eux les ouvriers!

Ce sont les primaires qui ne touchent pas les classes populaires. Celles de gauche pas davantage que celle de droite. La vérité est que ces populations qui sont souvent en souffrance, qui ont le sentiment d’être laissées-pour-compte, sont les plus difficiles à aller chercher. Leur parler suppose à la fois une thématique, une stratégie, une réflexion particulière. François Fillon a désormais le temps de le faire avant la présidentielle.

Quelles sont vos pistes?

Encore une fois, la question de l’état me paraît centrale. Ce n’est pas un discours d’austérité et de rigueur qui peut seul mobiliser les gens. Il faut également s’adresser aux classes populaires en traçant un chemin de réformes qui va remettre l’état au service des Français et au service du public. Ce thème du service public est majeur. Quand on va dans les petites villes ou en campagne, on constate surtout ce qui a été défait.

Vous avez dit Donald Trump, cela peut être une opportunité pour la France et l’Europe. Pourquoi?

Parce que tous les électrochocs créent des situations nouvelles. Et nous obligent à préciser et à marquer encore plus clairement ce qui constitue aujourd’hui nos intérêts, nos ambitions et notre vision. Prenons l’exemple de la sécurité de la défense. Dans ce que Donald Trump a annoncé dans ses relations avec l’OTAN, l’Europe et l’Asie, il veut remettre en cause un certain nombre d’accords. Il en va de la responsabilité des Européens. Nous devons désormais prendre conscience que nous devons faire davantage. C’est l’occasion de relancer le pilier européen de la défense. L’Allemagne s’est déjà engagée dans cette voie.

En économie aussi?

Oui, on a entendu des prises de positions très fortes de Donald Trump dénonçant des accords commerciaux. Là encore, nous avons encore plus de raisons d’affirmer notre vision d’un libre-échange maîtrisé, civilisé. Pourquoi ne pas proposer d’introduire des clauses emplois dans ces traités? Le faire de manière programmée, ce serait une reprise en main de notre destin.

4 décembre 2016, Tribune de Genève

1024 734 Dominique de Villepin

Nous sommes dans un temps de passions négatives

Invité d’Apolline de Malherbe sur BFMTV, Dominique de Villepin s’est exprimé sur l’actualité politique internationale, depuis les élections autrichiennes jusqu’à l’élection de Donald Trump, en passant par le referendum sur la réforme constitutionnelle en Italie et la mort de Fidel Castro

1024 596 Dominique de Villepin

La France semble avoir perdu ses repères et hésiter sans cesse

– Dans un entretien avec Laurent Marchand pour Ouest France, Dominique de Villepin s’est exprimé sur le retour de la puissance comme facteur de régulation des relations internationales, et sur les postures contre-productives de la diplomatie française –


Comment définiriez-vous le monde d’aujourd’hui ? Un monde multipolaire, comme le décrivait Jacques Chirac il y a dix ans, ou un monde déstructuré ?

Nous ressentons, actuellement, une accélération des mouvements, une complexité et en même temps une énorme incertitude. C’est un monde en séisme permanent sur les lignes de faille des grandes puissances. Ce qui me frappe, c’est la montée des passions, qui galopent devant nous et définissent la marche du monde. La colère, la peur, la montée de la vague populiste, aux Etats-Unis comme en Europe. C’est la multiplication et l’éparpillement des crises.

Avec d’un côté un retour des puissances et en même temps des acteurs non étatiques ?

Oui, on a un paradoxe. D’un côté, des Etats faillis qui se multiplient. C’est la première cause du drame moyen-oriental, en Syrie, en Irak, au Yémen, au Sahel, partout où le terrorisme gagne du terrain. Et de l’autre, on observe un affrontement qui pointe entre les géants de ce monde. Etats-Unis, Russie, Chine. Ces grands acteurs tendent à découper la planète en zones d’influence, et en possibles zones d’affrontement.

L’élection de Donald Trump accentue ce phénomène ?

Cette élection traduit un certain désarroi des Etats-Unis face à la mondialisation dont ils ne sont plus les seuls maîtres. Il y a là un nationalisme américain fondé sur les peurs identitaires et les sentiments d’humiliation, comme dans beaucoup d’autres régions du monde. En même temps, la personnalité imprévisible de Donald Trump peut créer des marges de manoeuvre, y compris pour plus de pragmatisme. En tout cas, c’est à nous Européens de prendre nos responsabilités, sur l’OTAN ou les accords commerciaux, plutôt que d’attendre en tremblant les décisions américaines.

C’est un retour d’une logique de puissance ?

On est dans un moment de refondation de la puissance. Non pas pour quelques décennies mais peut-être pour un siècle. Et soit nous prenons les bonnes directions, soit les mauvaises. Malheureusement, la France a pris le mauvais chemin parce que nous avons renié la vocation française.

Vous vous en prenez au tournant néo-conservateur ?

En effet, quand je dis que la France est le chef de file des pays néoconservateurs de la planète, ce n’est pas un compliment. S’il y a une tradition française moderne aujourd’hui, elle tient à l’ouverture du général de Gaulle, qui a mis l’exigence d’indépendance au coeur de notre action. Non pas en retrait, mais au cœur des combats mondiaux. Pour faire de cette indépendance un élément de la recherche de solutions aux problèmes du monde.

Une France médiatrice ?

Nous avons une liberté dans la capacité à nouer des dialogues entre des gens qui ne se parlent pas. Regardez quand le président de la république donne une fin de non-recevoir à la venue du président Poutine. Quand on fait cela, au même moment, une rencontre à quatre est organisée avec M.Poutine, Mme Merkel et M Porochenko sur la question ukrainienne. Comment voulez-vous qu’un président russe comprenne le message que lui adresse la France. On lui dit « non » d’un côté, et de l’autre on se précipite pour le rencontrer. C’est absurde. La vocation de la France c’est d’être visible, compréhensible. De trouver des solutions et de les faire partager.

N’est-ce pas simplement un affaiblissement du rôle de la France ?

La France semble avoir perdu ses repères et hésiter sans cesse. En 2011, au moment du printemps arabe, nous avons eu le sentiment qu’il fallait épouser un mouvement qui paraissait inévitable et allait conduire à l’avènement de nouvelles forces politiques. Et qui condamnait les régimes autoritaires. Pour se retrouver cinq ans plus tard à renouer avec les mêmes régimes autoritaires. Et faire alliance avec les puissances conservatrices du Golfe Persique, sans capacité à peser et à réorienter certains de leurs choix. La vocation de la France serait aujourd’hui de faciliter le lien entre ces puissances et l’Iran, puisque c’est une des grandes clefs aujourd’hui au Moyen-Orient. La France ne doit être dans la main de personne. Elle défend des principes et ses solutions. Au Moyen-Orient nous nous sommes mis hors-jeu par cette incapacité à suivre ce chemin. A nouer les fils, quelles que soient les difficultés.

Vous préconisez de reprendre langue avec Moscou ?

Le dialogue avec la Russie est essentiel, sur tous les grands sujets. mais il faut aussi voir plus large. Je préconise une dorsale euro-asiatique, un format réunissant la France, l’Allemagne, la Russie et la Chine. Pas par antiaméricanisme, mais pour mettre du dialogue là où il n’existe pas. Il est très intéressant de constater dans le nouveau monde que nous avons réussi à précipiter la Russie vers la Chine. C’était impensable culturellement et historiquement, et c’est en train de se réaliser. Il faut rétablir l’équilibre. Personne n’a intérêt à de tels déséquilibres. On pourrait raisonner de la même manière sur les relations Europe-Afrique.

N’avons-nous pas trop fait de nos clients nos alliés ?

Oui, cela fait partie de notre rétrécissement diplomatique. Quand on en arrive à gérer petitement nos intérêts, en perdant de vue l’horizon et l’intérêt général. C’est pourquoi je critique le juridisme, le moralisme, le militarisme, l’économisme, c’est-à-dire toutes les oeillères qui rétrécissent la vision et font perdre de vue l’exigence de politique. Au cœur du livre, il y a cette idée que le reniement de cette vocation a des conséquences catastrophique sur l’idée que nous nous faisons de nous-même.

Y compris sur le climat intérieur ?

Le malheur français aujourd’hui vient en grande partie du fait que nous ne sommes plus fiers de ce que nous sommes. Or, cette fierté était un facteur essentiel de l’unité. Parce que nous ne sommes plus nous même, notre pays est surexposé en matière de terrorisme. La diplomatie française aujourd’hui ne nous protège plus. La sécurité, la fierté, la vocation de la France, tout cela est lié.

L’Europe reste selon vous un axe majeur pour la diplomatie française ?

C’est un levier fondamental. Historiquement, l’expérience européenne s’est fondée sur l’idée que deux Etats, ennemis de toujours, décident de se tendre la main. C’est une formidable leçon sur le plan de l’humanité, qu’il nous appartient de partager. Si l’Europe a vraiment quelque chose à dire au monde, c’est cela. Que l’Arabie Saoudite et l’Iran,l’Inde et le Pakistan, l’Algérie et le Maroc ainsi que les deux Corées, devront un jour méditer. Le problème, c’est qu’on n’a pas été conscient qu’aux frontières de l’Europe, le feu le fer et le sang l’emportaient. Parce que nous n’avons pas de projet politique à offrir et partager avec nos voisins.

La France peut en retrouver un ?

Celui de l’équilibre et du droit. Une compétition est en train de naître. Lorsque les Chinois mettent en place leur propre gouvernance, en matière de haute technologie et d’internet, ils se rendent compte que l’Occident refusant de partager la gouvernance financière, économique, diplomatique, ils doivent y suppléer en créant leurs propres institutions. Va-t-on vers un monde profondément divisé et qui ne sera pas forcément à notre avantage ? Je reste convaincu qu’il faut mener le débat de la gouvernance mondiale. Il faut être capable de remettre ce débat sur le devant. On mène la bataille de Mossoul ou d’Alep en oubliant complètement la réponse politique et la souffrance des peuples. Pour faire quoi ? On ne règle en rien ce qui a posé le problème. Chaque Etat a son agenda. La vocation de la France c’est d’avoir l’agenda de la paix.

4 décembre 2016, Ouest France

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Interrogé sur RTL, Dominique de Villepin a donné son sentiment sur la personnalité de Donald Trump et a insisté sur la nécessité de redéfinir le rôle que doit jouer la France dans le monde d’aujourd’hui

 

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Invité de Jean-Michel Apathie sur France Info, Dominique de Villepin a analysé à chaud la victoire de Donald Trump aux présidentielles américaines

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Invité d’Anne-Sophie Lapix dans « C à Vous » sur France 5, Dominique de Villepin analyse le rapport de concurrence et de surenchère qui s’est établi sur la scène internationale entre les démocraties occidentales et les systèmes autoritaires

 

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Dominique de Villepin était l’invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC le 2 décembre 2015 pour s’exprimer sur la politique étrangère de la France et son rôle face au terrorisme