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1024 559 Dominique de Villepin

L’Europe et la Russie ont des intérêts communs

Répondant aux question de RT France, Dominique de Villepin a donné sa appelé la diplomatie européenne à prendre en compte les intérêts et les peurs des uns et des autres, afin de favoriser un dialogue constructif avec le voisin russe et d’enrayer la crise ukrainienne

 

1024 493 Dominique de Villepin

Changer un régime, aussi mauvais soit-il, ne règle rien

Invité de Patrick Simonin sut TV5 Monde, Dominique de Villepin est revenu sur la vision du monde portée par nos démocraties dans un monde en guerre, regrettant que la politique ait cédé le pas à l’outil militaire.

1024 576 Dominique de Villepin

Nous devons être médiateur

Dans une interview pour LCI, Dominique de Villepin précise le rôle que doit jouer la France au Moyen-Orient

 

950 816 Dominique de Villepin

La crise syrienne, enjeu du nouveau partenariat avec la Russie

 – Dans une tribune publiée par Le Figaro, Dominique de Villepin analyse le nouveau rôle joué par la Russie sur la scène internationale –

La Russie est de retour ; c’est une bonne nouvelle pour le monde. Car il ne peut y avoir d’ordre mondial sans équilibre et sans diversité. Vouloir l’ordre, c’est accepter les différences. Sans la Russie, il n’y a pas de règlement possible des crises. L’accord sur la non-prolifération avec l’Iran en a été la preuve ainsi que l’enquête sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie à l’été 2013. Ayant toujours plaidé et agi en faveur d’un monde multipolaire organisé sur la base du multilatéralisme, je ne peux que me réjouir que la Russie se soit exprimée fortement à l’Assemblée générale des Nations unies. Sur l’Ukraine, l’apaisement crée aujourd’hui

les conditions d’un processus politique qui exige que nous nous impliquions plus fortement encore. La réduction de la violence et le report des élections dans l’est de l’Ukraine sont des signaux positifs pour la mise en œuvre graduelle des Accords de Minsk II. Avançons sur la loi concernant le fédéralisme ukrainien et renouons le dialogue de coopération entre Russie et Europe.

La Russie est de retour, mais dans quel monde ?

La Russie est de retour, mais dans quel monde? L’incompréhension des grandes puissances est à son comble, nourrie de préjugés et de malentendus. Nous ne parlons pas le même langage et ne voyons pas le monde avec les mêmes yeux. Ne soyons pas naïfs. Le monde pourrait bien se briser en deux blocs, l’un occidental, dictant
ses normes sans toujours les respecter, l’autre oriental, chinois autant que russe, refusant les monopoles de fait exercés par l’Occident en matière monétaire, financière, technologique. Nous pourrions bien nous réveiller avec un double système financier, un double Internet, peut-être un double système de gouvernance mondiale. La montée en puissance du renminbi, les nouveaux instruments sur Internet, la création d’institutions financières multilatérales nouvelles sont autant de signes d’un changement des temps.

L’enjeu de la crise syrienne dépasse de loin le cadre régional et même la question du combat commun contre le djihadisme. C’est le nouvel ordre mondial qui se décide.

Il est vital d’éviter les erreurs dans nos stratégies respectives en Syrie et en Irak. Mus en partie par nos héritages et nos expériences, nous subissons toujours la tentation de reproduire le passé. C’est vrai des États-Unis, de l’alliance sunnite avec l’Arabie saoudite dans les années 1970 jusqu’à l’invasion unilatérale de l’Irak. C’est vrai également de la France, ancienne puissance coloniale, protectrice historique des chrétiens d’Orient et marquée par l’expérience de la guerre d’Algérie. C’est vrai enfin de la Russie, héritière de longues traditions au Moyen-Orient, protectrice des communautés orthodoxes et portée aux conflits sur ses marges méridionales, de Catherine II à la Tchétchénie en passant par l’Union soviétique.

La clé, c’est aujourd’hui de s’accorder sur un cadre politique pour la nouvelle Syrie, organisant la partition de fait dans un ensemble fédéral.

Nous devons aussi éviter une seconde tentation commune, celle de nous substituer aux acteurs régionaux et de les déresponsabiliser. Nous devons nous accorder sur des principes communs si nous voulons assécher le terreau du terrorisme. Premier principe, l’intangibilité des frontières, car la remise en cause des frontières Sykes-Picot, même avec de bonnes intentions, ne mènerait qu’à l’explosion régionale. Deuxième principe, la non-ingérence. Aucune puissance ne doit viser au changement de régimes par la force, mais pas davantage à leur maintien artificiel. Troisième principe, le refus de tout engagement au sol, dont nous connaissons tous dans notre chair – de l’Algérie aux deux guerres d’Afghanistan – les risques d’embourbement.

Nous pouvons en revanche faire preuve d’unité et montrer le chemin du dialogue et de la paix, notamment en organisant une conférence permanente sur la sécurité régionale dont les puissances internationales seraient les garantes, en reprenant le format 5 + 1 des négociations avec l’Iran, en y conviant l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Égypte. Nous pouvons exercer des pressions amicales, la Russie en Iran, l’Amérique en Arabie saoudite, tout en favorisant les dialogues croisés. Il s’agit de se concentrer aujourd’hui sur les pays fragilisés, parfois au bord de la rupture, comme la Turquie ou l’Arabie saoudite, car la conquête des lieux saints
de l’islam demeure dans la ligne de mire djihadiste.

La clé, c’est aujourd’hui de s’accorder sur un cadre politique pour la nouvelle Syrie, organisant la partition de fait dans un ensemble fédéral. Cela suppose dès aujourd’hui d’avancer sur des paix locales et des cessez-le-feu dans les zones où c’est possible: à Homs, à Idlib, à Alep.

Il serait temps que l’Europe retrouve sa voix, sa mémoire et son message.

Il s’agit de donner des garanties aux minorités et la protection des Alaouites par la Russie est bienvenue. De même, seule une garantie collective pourra assurer la sécurité de la région de Damas, mosaïque de communautés qui doit trouver, à défaut de mieux, un modus vivendi à la libanaise. Enfin, cet accord doit permettre d’établir des zones humanitaires protégées aux frontières turque et jordanienne. C’est le seul moyen de stabiliser l’afflux de réfugiés, notamment vers l’Europe. Cet accord doit être surveillé et garanti par l’implication permanente d’une conférence de sécurité régionale et internationale avec tous les acteurs.
À défaut d’un tel accord, la violence sera sans fin. Des millions de Syriens seront jetés sur les routes. Daech et Assad se renforceront mutuellement et la gangrène gagnera le reste du monde sunnite.

Il serait temps que l’Europe retrouve sa voix, sa mémoire et son message. C’est dans cet esprit que je veux parler à mes amis russes lors du prochain forum de Valdaï, avec Vladimir Poutine. Car j’ai la conviction que l’Europe jouera un rôle clé pour éviter la cassure du monde. Son magistère ne tient pas aux leçons de morale et aux sanctions, mais à l’exigence du dialogue, à l’expérience et à l’exemplarité. Cessons les jeux de rôle à contre-emploi et agissons enfin en faveur de l’équilibre en allant à la rencontre de la Russie, de la Chine et du reste du monde.

19 octobre 2015, Le Figaro

1024 576 Dominique de Villepin

La crise des migrants, une chance de sursaut démocratique

Invité de David Abiker dans l’émission « c’est arrivé cette semaine » sur Europe 1, Dominique de Villepin s’exprime sur la crise des migrants

 

1000 682 Dominique de Villepin

Notre devoir pour l’Europe

 – Dans une tribune publiée par Mediapart, Dominique de Villepin revient sur la crise grecque et ses conséquences pour l’Europe –

L’Europe a cru pouvoir faire table rase de son histoire. Mais, aujourd’hui, avec la crise grecque, c’est l’Histoire qui lui saute à la figure.

On ne peut rien comprendre à la crise grecque en pensant que la Grèce, c’est au fond une petite Allemagne, mais une Allemagne mal gérée.

L’Histoire de la Grèce, ce n’est pas la démocratie athénienne, les tragédies de Sophocle et le Parthénon, tout le folklore repris dans les articles de presse qui titrent paresseusement sur la « tragédie grecque ».

C’est au fond l’histoire d’une colonie ottomane soumise pendant trois siècles, devenue au XIXe siècle jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre mondiale une quasi colonie britannique. Et comme partout, la colonisation crée un effondrement des élites d’un pays,  coupées du peuple qui les considère comme vendues à l’étranger. En résulte un climat de division permanente, depuis la guerre civile larvée de 1945-46 jusqu’au régime des colonels. Comme partout, la colonisation crée une faiblesse profonde, une illégitimité  de l’Etat, parce que l’Etat c’est toujours l’occupant. En résulte évidemment un pays sans cadastre, qui ne paye pas d’impôts, avec une armée hypertrophiée et une Eglise qui seule est le ciment identitaire historique. C’est une Irlande qui ne s’est pas libérée elle-même.

L’histoire de la Grèce, c’est l’histoire d’un pays des Balkans, pas très différent de ses voisins albanais, bulgares, macédoniens, avec une économie incapable de se libérer des vestiges du féodalisme, gouvernée par des clans, armateurs, grands propriétaires fonciers, dignitaires politiques. Des clans qui ne changent pas, quel que soit le régime politique, et qui préservent leurs propres intérêts. On fait mine de rendre l’industrie grecque compétitive, mais l’industrie grecque, c’est 10% du PIB grec – quand en Allemagne ce sont 30%.

 La Grèce est donc un pays qui, depuis toujours, dépend de l’arrivée de devises de l’extérieur, par les touristes, par ses travailleurs immigrés dans les années 50 et 60, par les fonds structurels européens dans les années 80, par la dette dans les années 90 et 2000. En somme, rien n’a changé. Le problème de la Grèce, c’est sa balance des paiements. Elle doit s’inventer une économie. Cela prend du temps.

L’histoire récente de la Grèce, c’est l’histoire de la plus grande punition d’un pays en temps de paix. Il n’y a guère d’exemple d’un pays développé subissant, sans guerre, une telle chute de  son revenu -25% depuis 2009. Un chômage des jeunes de 60%, c’est-à-dire une génération sacrifiée. Peut-on imaginer la rancœur qui s’installe pour des décennies dans ce pays, cultivant le ressentiment et le sentiment d’être victime de l’histoire ? La morale de l’histoire grecque, c’est bien : « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. » Les grands pays ne payent pas les dettes quand elles sont écrasantes. Les Allemands en premier – ni en 1919, ni en 1945 puisque les dettes ont été remises en 1953. Et la France n’a cessé de dissoudre ses dettes par la planche à billets du temps du franc. Nous ne sommes pas les mieux placés pour donner des leçons à la Grèce, y compris dans notre histoire récente.

En somme c’est un pays qui ressemble davantage aux pays du Moyen-Orient qu’à ceux d’Europe du Nord, qui peine à surmonter son passé et à s’affranchir de sa dépendance aux capitaux étrangers. C’est un pays que nous punissons de ne pas être à la hauteur de nos rêves. C’est la vengeance de Lord Byron, des philhellènes déçus et des belles âmes romantiques. Et c’est d’ailleurs la même déception de notre orientalisme de pacotille qui nous rend incapable de voir les pays arabes tels qu’ils sont et nous plonge dans une spirale d’interventions militaires.

L’erreur de l’Europe c’est de croire qu’on change des peuples par des directives européennes. Nous, Français, nous devrions comprendre ce que c’est de faire face à ses démons.

C’est aux Grecs de prendre en main leur destin. Et c’est aux Européens de les aider :
Parce qu’on ne change pas de voisins. Un continent, ça ne déménage pas.
Parce qu’une Grèce forte est importante pour le rôle de l’Europe en Méditerranée. Une Grèce nationaliste et humiliée c’est la garantie de tensions avec une Turquie qui, elle-même, est en proie au doute. C’est le conflit chypriote qui se pérennise. C’est une immigration plus difficile encore à maîtriser.
Parce que punir les Grecs, c’est donner le signe de la mise au pas de toute l’Europe. Et qui décidera à quoi doit ressembler un bon Européen ?

Avons-nous « sauvé » une Grèce ingrate en la renflouant depuis 2010 ? Trois fois non.
D’abord nous avons substitué des créances publiques à des créances privées pour sauver nos banques, les banques françaises et allemandes essentiellement, exposées à la dette grecque. Et nous avons eu raison de le faire, pour éviter une nouvelle crise économique.
Ensuite nous avons imposé des réformes à contre-temps qui ont cassé l’économie grecque, au point de la rendre incapable de rembourser les 317 milliards de dettes accumulées.
Un exemple : on demande à grands cris la fin des préretraites – c’est légitime sans doute, mais cela n’a aucun sens dans un pays avec 26% de chômage où le seul effet de la réforme serait de mettre au chômage des préretraités et donc de réduire leurs pensions.

Enfin nous avons volontairement refusé de la sauver complètement, pour maintenir la pression, parce que nous n’avions aucune confiance dans leurs gouvernants. Résultat : une crise qui pouvait se régler presque sans coûts en 2010 promet aujourd’hui une perte sèche – rien que pour la France – d’un tiers à la totalité des 42 milliards d’euros que la Grèce doit, directement ou indirectement, à la France.

Alors que faire ? En finir avec la morale et faire enfin de la politique – en Grèce comme en Europe.

La clé en Grèce c’est l’investissement. Il y a des propositions sur la table. Pourquoi ne pas coupler le remboursement des créances à des investissements en Grèce, à travers les banques de développement européennes et grecque ? Chaque euro remboursé dans les cinq prochaines années serait réinvesti en Grèce. On créerait ainsi un cercle vertueux de relance économique sans un sou payé par les contribuables européens, puisque les sommes seraient à terme remboursées.

Il est urgent de rappeler que l’avenir de la Grèce est dans l’Union européenne et dans la zone euro. Le coût d’une sortie de l’euro serait économiquement effarant pour une Grèce qui importe tout ce qu’elle consomme et serait politiquement calamiteux pour une zone euro qui reviendrait trente ans en arrière au Serpent Monétaire Européen, ni assez souple, ni assez rigide et conduisant à la concurrence de tous contre tous par la désinflation compétitive. Il est temps d’avoir une gouvernance économique de la zone euro avec un budget propre et une représentation parlementaire spécifique, visant à l’harmonisation fiscale et sociale graduelle.
Il est urgent également que le FMI sorte de la gestion de la crise grecque pour européaniser la gestion de la crise.
Il est nécessaire que la Grèce reprenne son destin en main et c’est pourquoi le référendum de dimanche dernier était une bonne nouvelle et d’une certaine manière un geste gaullien. On peut espérer que ce soit un point de départ de la démocratie grecque davantage qu’un point final à la crise grecque.
Il est essentiel, enfin, de trouver un tiers de confiance entre la Grèce et l’Allemagne, qui ne sont plus en mesure de se parler sereinement. Ce devrait être le rôle de la France, mais notre gouvernement n’a cessé de tenir un double langage qui nous a disqualifiés, dans un jeu de rôle « méchant flic, gentil flic » totalement inefficace. Le sommet européen aujourd’hui doit aboutir à des gestes forts autant qu’à des décisions, par exemple un voyage commun de François Hollande et Angela Merkel à Athènes.

Gageons que le général de Gaulle y serait allé et, à la fin de son discours place Syntagma, aurait levé les bras au ciel en s’exclamant « Vive la Grèce ! ».

7 juillet 2015, Mediapart

1024 614 Dominique de Villepin

For Greater Europe We Must Embrace People-To-People Cooperation

– Dans une tribune en anglais publiée par le Huffington Post, Dominique de Villepin et Igor Ivanov, ancien ministre des Affaires étrangères de Russie, se prononcent pour un renforcement des liens entre la Russie et l’Europe –

We can only watch with sadness the effects of the last few years brought on by confrontation. In 2003, as ministers of foreign affairs, we were at the forefront of the common initiatives between Germany, France and Russia to create a new spirit of dialogue and understanding. We saw the reunification of the European continent after 2004 as a chance to develop new and stronger ties between Europe and Russia because of their shared histories, cultures and needs. Let’s be clear: Hopes are now shattered.

The crisis in Ukraine is a common challenge for Russia and Europe because we see the terrible effects of warfare in Europe again, with over 5000 victims in Ukraine already. It is a common challenge because there are many risks to see a failing state in the middle of Europe — one in need of financial aid beyond reach either of Russia or of Europe. We need to keep on the track of diplomacy, however hard and however frustrating it can be. We must continue with the ‘Normandy format’. We must continue to work on a day-to-day basis on the Minsk II agreements. But we also need to be conscious of one truth: There will be no fast solution in Ukraine.

This is all the more dramatic as the ongoing crisis in Ukraine has raised many questions not only about the fate of the Ukrainian state, but also about the future of international cooperation mechanisms in the Euro-Atlantic space.

In the security domain, the Russia-NATO dialogue about a common security space has been stalled. Instead, NATO announced plans to deploy new military infrastructure in Central Europe. Russia, in turn, proceeded with a large-scale rearmament program.

The trade and investment between Russia and EU that looked so dynamic and promising only two years ago are clearly running out of steam. The negative impact of an unfortunate “war of sanctions” between Moscow and Brussels is not limited to specific businesses on both sides. It also undermines mutual trust, curtails long-term development projects, and casts a shadow over the bold vision of a common market stretching from Lisbon to Vladivostok.

The information media confrontation between the East and the West has reached an unprecedented scale. “Experts” on both sides make full use of the old Cold War rhetoric. Mutual suspicions, misperceptions and even outright lies become a common feature of our life, like it was 30 or 40 years ago. There is the will among some to use sanctions as a tool for regime change, repeating again the mistakes of the past and the misconceptions of the national feelings.

Under the circumstances, it is hardly surprising that both in Russia and in Europe, there is now talk about the second Cold War. The Greater Europe project, which many politicians, experts and opinion makers from many European countries have been trying to promote since mid-1980s, now looks like a fantasy completely detached from reality. Neither Russia nor Europe can afford a new “Cold War.”

Indeed, the situation in Europe today does give too many arguments to pessimists. The future of Greater Europe is unclear and murky, to say the least. The crisis in Ukraine has almost completely erased this vision from agendas of politicians and analysts in the East and the West of our continent. And those who do not want to give up on Greater Europe should review and revise their approaches in light of the Ukrainian crisis. One of the realistic, albeit ambitious, priorities today may be to promote the common European or even Euro-Atlantic humanitarian space of civil societies. Though security, economic and humanitarian social dimensions of European politics are interconnected and interdependent, it is the people-to-people dimension that should receive special attention in the times of trouble.

A key characteristic of the people-to-people cooperation is in its multifaceted, extremely diverse and complex nature. This cooperation includes a whole universe of directions and engaged actors, formats and levels, communities and networks. The “fabric” of humanitarian ties between the people might look thin and fragile, but it often proves to be much more “crisis-resistant” than security or even economic interaction.

Over the last 10 years, civil society humanitarian cooperation emerged as one of the most successful and least controversial areas of EU-Russia cooperation. Its institutional framework was set back in 2003, when Moscow and Brussels constituted the Common Space of research and education, including the cultural cooperation as well. Over last 10 years, we’ve seen thousands and thousands of innovative projects uniting students and scholars, civil society leaders and journalists, artists and intellectuals from Russia and Europe. These contacts have gone far beyond Moscow and Brussels, engaging participants from remote regions, small provincial towns and rural areas. Moreover, this kind of humanitarian cooperation has proved to be unquestionably beneficial to both sides.

The crisis in and around Ukraine pushed the issue of humanitarian cooperation to the sidelines of political discussions. Experts and politicians on both sides seem to be preoccupied with other more urgent and more critical matters. One can conclude that during these hard times with all the risks and uncertainties involved, it makes sense to put matters of humanitarian cooperation on a shelf, until the moment when the overall political situation becomes more favorable for such cooperation. We believe that such a “wait and see” approach would be a strategic mistake. It is exactly in the period of a deep political crisis when interaction in education, culture and civil society should be given a top priority.

The Ukrainian crisis is not a compelling reason for us to abandon the strategic goal of building a common European and Euro-Atlantic humanitarian space. Of course, the crisis made this goal much harder to achieve, but it did not change the fundamentals. Russia is a country of the European culture. It belongs to the European civilization, and its science, education and its civil society institutions gravitate to Europe more than to any other region of the world. A common humanitarian space is not a pipe-dream. It remains a natural point of destination for the West and the East of our continent. However, keeping the strategic goal in mind, we should also think about damage limitation, about how to mitigate the negative impact of the Ukrainian crisis on the fabric of the humanitarian cooperation between Russia and Europe. Two urgent tasks appear to be of particular importance in the midst of the crisis.

First, it is necessary to protect the ongoing people-to-people cooperation from becoming yet another bargaining chip in the game of sanctions and counter-sanctions. To the extent possible, the people-to-people dimension of the EU-Russia relations should be insulated from the negative developments in security, political and economic dimensions.

Second, this humanitarian cooperation should be used to counter inflammatory rhetoric, projection of oversimplified and false images, and spread of Manichean black and white views on European politics, which we see emerging both in the East and in the West. We should not have any illusions: If the current trends in public moods in Russia and in EU are not reversed, it would be extremely difficult to restore our relations, even when the Ukrainian crisis is resolved.

There are many specific actions needed to accomplish these tasks. We should try to promote “success stories” in Russia-Europe humanitarian cooperation between civil societies, which we have accumulated plenty in various fields. We should oppose any attempts to tighten the visa regime between Russia and EU. We should encourage more contacts between Russian and EU regions, sister-cities and municipalities, including trans-border contacts. We should invest heavily into youth exchanges, school children and students mobility. We should upgrade cooperation between Russian and European independent think tanks and research centers. We should broaden existing channels for a range of participants to EU-Russia NGO interaction, making sure that this interaction is not monopolized by any particular group of institutions with their specific political agendas. We should explore new ways to make cultural diplomacy between the East and the West of Europe more efficient. We should pay special attention to building more contacts between Russia and EU media. We should investigate opportunities associated with cultural tourism.

The list of immediate actions can be continued. These actions might look less spectacular than a highly publicized security agreement or a multi-billion euro energy deal. But we should never forget that, at the end of the day, relations between Russia and the West are not limited to contacts between state leaders, diplomats, uniformed men or even between business tycoons. These relations are mostly about ordinary people — their fears and hopes, frustrations and expectations, and their day-to-day lives and plans for the future.

Without the human factor involved, nothing else is likely to work. But we would like to propose one action that can be taken immediately, one action that could be a symbol of determination and of hope, one action toward the youth of Europe and Russia. In the same way as France and Germany reconciled with the Elysee Treaty in 1963 by creating a common agency for the youth, we would like to see the premises of a Russian-European reconciliation through the creation of a Russian-European Youth Agency based on student exchanges, fellowships for entrepreneurial and innovative initiatives, support for language training, and many other actions.

Dominique de Villepin et Igor Ivanov, former Minister of Foreign Affairs of the Russian Federation
26 avril 2015, Huffingtonpost.com

1024 681 Dominique de Villepin

Choose weapons of peace over the rhetoric of war 

 – Dans une tribune en anglais pour le Financial Times, Dominique de Villepin invite à choisir la diplomatie plutôt que la rhétorique guerrière –

We have to do what it takes to eliminate Islamist violence, a source of barbaric crimes

The barbaric murder of Alan Henning is a fresh call for more efficiency in the fight against the Islamic State of Iraq and the Levant (Isis). There is a great deal of confusion in this war. France is leading loudly and the US is leading from behind. Iran is on the side of both of them but they are not on Iran’s. One of the allies strikes Syria, the other would rather not. There is confusion over what is said, what is done and what is wished.

What is said? We are waging a “global war on terror”, a catchphrase coined 13 years ago by George W Bush. These are not just words but seeds, spreading the logic of force around the globe. The whole Muslim world is strained by local conflicts, from the Philippines to Nigeria, from the Chinese Xinjiang to the Russian Caucasus. Starting a war on terror means melting all local fronts into a single global enemy.

Moreover, the images the enemy sees are not the same as those we watch here. People in the Middle East have wounded memories and resent the double standards of western sympathy – the Syrians, for instance, whom the west let down a year ago. This is a war that provides legitimacy, credibility and visibility to fanatics around the globe. Each enemy who falls inspires 10 more to join.

What is done is another thing: a military operation in which political objectives are jumbled up with military means, perception is everything, and our hands are tied. Hands tied by a zero risk war – since Vietnam, western publics no longer tolerate casualties. Hands tied by the asymmetry of the war, in which every battle, even the smallest, becomes a decisive one if it is lost by the strongest. (Kobane today; Deraa tomorrow?) Hands tied by short-sighted strategies, in which a quick military victory gives way to a lasting political entanglement that presages the next war.

What is wished? Security. But that is the point: there is no security without peace. Every war creates collateral damages and entrenches hatred. What will we say now to countries that have been criticised for the ruthless treatment of Islamist movements – Israel, China in Xinjiang or Russia in Chechnya? When will it no longer seem necessary to intervene? After a war in Nigeria? In Southeast Asia? In Libya again?

We cannot afford an endless war of fragile truces punctuated by brutal outbursts that leads, little by little, to a clash of civilisations. The destinies of Europe and the Middle East are intertwined. The crisis in the Middle East also tears apart 20m European Muslims. We face risks at home, and also for our populations abroad, such as the 200,000 French who live around the Mediterranean.

The west bears its share of responsibility for the Middle East’s troubles. For 40 years inconsistent policies, especially in Washington, have fuelled war between nationalist dictatorships and Islamist movements. By pursuing security through the use of force, we will loose our principles and our identity. We will live in perpetual fear of the others. Peace is the chance we owe ourselves.

We have to do what it takes to achieve what we wish, the elimination of Islamist violence, a source of barbaric crimes. Not only by stopping Isis but also by destroying its political roots.

This means choosing efficiency over ideology. Neither blind pacifism, nor warmongering, will do. We can be led to use force, with clear and limited objectives: destroying the oil wells held by Isis, cutting off its revenues; giving air support to Kurdish, Iraqi or Free Syrian troops fighting Isis on the ground.

But the core strategy remains political, and it cannot wait. It requires the unity of the Arab nation states. It can still be restored by inclusive national dialogues, offering recognition to minorities. But for how long? The Sunni Arabs in Iraq, who accept the rule of Isis because they feel even more threatened by the Shia militias backed by a sectarian government, need to be won back.

The second imperative is responsibility. The regional war can only be solved by the region’s countries. The Sunni states, in particular from the heavily armed Gulf Cooperation Council, have to lead the war, with the west’s support. Not the other way round, as it is today.

The third imperative is reconciliation. In the Middle East, we have to promote local peace, in one place at a time, to achieve a regional peace tomorrow. Peace between Turkey and the Kurds. Peace between Saudi Arabia and Qatar. Peace between Israel and the Palestinians. Peace of course between Saudi Arabia and Iran, which is central to the Shia/Sunni confrontation. To achieve this, a permanent regional conference with all actors is needed. The weapons of peace can be more powerful than the war on terror. They call for political will, vision and initiative.

6 octobre 2014, Financial Times

1024 576 Dominique de Villepin

N’oublions pas que l’Etat islamique, nous l’avons enfanté

Dans une interview pour RTL, Dominique de Villepin rappelle que la formation de l’Etat islamique engage la responsabilité de la communauté internationale

 

 

1024 576 Dominique de Villepin

Il serait temps que les pays occidentaux tirent des leçons de l’Afghanistan

Dans une interview face à Jean-Jacques Bourdin sur BFMTV, Dominique de Villepin dresse le bilan de la politique interventionniste occidentale