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Chine

1024 574 Dominique de Villepin

Discours pour la cérémonie d’ouverture de la 4e conférence mondiale de l’Internet

– Dans un discours en anglais lors de la cérémonie d’ouverture de la 4e conférence mondiale de l’Internet à Wuzhen, Dominique de Villepin s’est brièvement exprimé sur les principaux enjeux auxquels est confrontée l’économie digitale, aux côtés de Wang Huning, Tim Cook et Jack Ma –

 

Ladies and Gentlemen, 

I am very pleased to be here in the gorgeous town of Wuzhen. No city could be a better place to host the World Internet Conference. Because it is a place of openness with canals and bridges as a symbol of communication, combining both innovation and tradition. 

In the two last decades, digital economy contributed to open societies as never before. It made mobility faster, distance shorter and trade easier. It created immense territories of growth, knowledge and development, serving the common good. In this regard, 2017 has been a crucial year. For the first time in history, the global number of web users has exceeded a half of world’s population.

But Internet is not a riskless promise. It also created a new space of risk:
First, technological confrontation is spreading between the two major poles of digital innovation: China and the USA;
Second, cybersecurity is globally challenged within States and companies;
Third, the growing confusion between private and public use of Internet is also threatening privacy of personal users;

Each past revolution has drawn a new frontier creating fears and opportunities. That’s why we need new ways of thinking, regulating and exploring the cyberspace.

I – This year has been a major turning point for digital economy based on a shift from the West to the East

The US leadership has been increasingly challenged by Chinese technology:

    Today, China tends to take the lead of digital innovation as we recently witnessed with the rise of TENCENT’s market capitalization above that of FACEBOOK:
    Economic competition led to the creation of major challengers like ALIBABA, JD.com and BAIDU renewing the face of Internet;
    Political stimulation also fostered innovation as we saw during the 19th Congress under the sign of modernization;

    At the same time, leading Tech companies of the US have been facing growing challenges, especially in Europe, in terms of regulation and taxation.

II – This major shift in digital economy is opening a new era of collective responsibility

First, it creates a new momentum for regulation. The time has come to improve multilateral cooperation to build a shared governance of Internet:

     Public initiatives must be taken at a political level to deal with major issues like security, interoperability and neutrality in the cyberspace, for example by negotiating a global Treaty of Internet in the frame of the United Nations;
     But building a common regulation also implies the commitment of all the stakeholders, from States to companies and civil societies as is the case today.

Second, there is a new momentum for innovation. We need concrete partnerships in digital economy:

     The use of Internet inside cities of tomorrow could be a decisive area of partnerships:
     Internet is a great instrument to invent a new kind of integrated city focused on energy safety, security and sustainability.
     European and Chinese companies have developed strong know-how and commitment in providing energy solutions. I do believe the EU-China cooperation can be a cornerstone in improving data collection, exploration, sharing and use to reduce cost and pollution while enhancing the quality of life.

Third, digital economy is a new chance for stability:

     Internet also brings new possibilities of providing remote countries with healthcare and education thanks to the IoT and the diffusion of knowledge;
     It is the aim of the Digital Silk Road to develop cross-border economy from Asia to Europe and Africa through expanding internet infrastructures.

Ladies and gentlemen,

Internet is the new frontier of the century. What we need today is to build up a collective and cooperative environment transforming data from information flows to dynamic resources.

Thank you.

1024 476 Dominique de Villepin

La Chine fait aujourd’hui partie des grands acteurs d’Internet

Interviewé par la chaîne chinoise CGTN en marge de la 4e Conférence mondiale de l’Internet qui s’est tenue à Wuzhen le 5 décembre, Dominique de Villepin s’est exprimé sur le poids de la Chine et de ses géants de l’industrie numérique (Baidu, Alibaba, Tencent, Xiaomi, JD) et sur le rôle précieux de la coopération internationale dans le domaine de la cybersécurité.

 

1024 577 Dominique de Villepin

L’Europe et la Chine doivent apprendre à mieux se connaître

– Dans un entretien avec l’agence de presse nationale chinoise Xinhua, Dominique de Villepin estime que l’Europe et la Chine doivent mieux apprendre à se connaître et mobiliser les capitaux dans leurs territoires respectifs pour développer leur capacité de travail. Il nourrit l’espoir que le voyage du président Emmanuel Macron à Beijing, prévu début 2018, permette aux dirigeants français de toucher du doigt la nouvelle réalité chinoise –

« Nous sommes dans un temps où il faut apprendre à travailler ensemble. Le principal problème du monde dans lequel nous entrons, c’est que trop d’Européens et d’Américains ignorent la réalité chinoise, trop de Chinois ignorent la réalité occidentale, et trop peu mesurent combien ils peuvent apprendre les uns des autres.

La nouvelle Route de la soie est une occasion de travailler très concrètement sur des projets d’intérêts communs. Ce projet a d’abord une ambition économique et technologique qui vise à élever le niveau de ces pays en leur permettant de mieux répondre aux problèmes des populations. Cette ambition économique a des répercussions très favorables d’un point de vue politique et culturel, notamment pour mieux lutter contre les risques d’instabilité, l’islamisme, le terrorisme, […] établir des liens et nourrir des dialogues.

Il faut travailler ensemble à travers les institutions qui ont été créées de façon spécifique par la Chine en liaison avec tous les pays concernés. La Banque asiatique pour le développement des infrastructures et des investissements a, à sa tête, un dirigeant de grande qualité, qui a vocation à donner vie à des projets d’intérêts communs.

La France, comme la plupart des pays européens, participe au capital de la banque. Ce que je souhaite, c’est que l’on puisse très rapidement passer à la phase opérationnelle pour choisir des projets, avec les outils dont dispose l’UE (la Banque européenne de développement, le Fonds Juncker…).

Dans des pays se développe une certaine peur face aux investissements chinois, nombreux et importants, qui donnent parfois de l’inquiétude à certains entrepreneurs ou dirigeants européens. Il ne faut pas céder à la peur et trouver le bon moyen de travailler avec exigence avec nos partenaires économiques et politiques chinois.

La Chine a longtemps été désireuse d’avoir systématiquement la majorité dans les projets et dans les entreprises dans le cadre d’achats ou de fusions-acquisitions en Europe. Aujourd’hui, elle montre qu’elle est prête à avancer progressivement avec des logiques de projets avec des entreprises. Il faut être ouvert et voir comment nous pouvons travailler ensemble, non seulement en Europe mais aussi sur des projets triangulaires entre l’Europe, la Chine et des pays africains, en associant nos savoir-faire et nos compétences. »

Interrogé par Xinhua sur l’avenir des relations entre Paris et Beijing, l’ancien secrétaire général de l’Elysée répond que l’arrivée sur la scène internationale d’Emmanuel Macron contribue à « remettre sur la table un certain nombre de ces grands sujets pour mieux travailler ensemble. Il est important que les dirigeants français touchent du doigt la nouvelle réalité chinoise, l’enthousiasme, la volonté d’aller de l’avant qui existe du côté chinois, pour mesurer l’ensemble des opportunités de travail.

Il nous faut trouver ensemble des réponses sur les sujets qui inquiètent comme les marchés publics, ou les insuffisances de transparence du côté de certaines entreprises d’Etat, et préempter ces difficultés. »

Au sujet de la voie de développement chinoise, Dominique de Villepin estime que « la Chine, compte tenu de son histoire, de sa culture et de sa taille économique et démographique, est un modèle qui est difficilement reproductible. C’est un modèle adapté aux réalités de la Chine.

La Chine essaie en permanence d’innover et d’inventer tout au long des années en apportant des réponses à toute sorte d’inquiétudes qui peuvent s’exprimer dans sa population. La prise de conscience environnementale en est un exemple. Tout comme l’évolution de son modèle technologique: la Chine a beaucoup appris du modèle occidental et aujourd’hui elle avance sur son propre chemin. C’est particulièrement vrai dans le domaine du numérique. Il y a là une voie chinoise qui peut nourrir notre propre réflexion.

Il y a des leçons à tirer sur un mode de gouvernement qui ancre la nécessité de s’inscrire dans le temps long. Le mouvement de planification est très organisé et très structuré en Chine. Nous devons, nous en Europe, être capables d’inoculer dans notre travail quotidien plus de temps long, plus de prévoyance, d’anticipation et de planification.

La feuille de route du Congrès en appelle à la fierté des Chinois, à leur confiance dans la réconciliation entre la tradition et la modernité, dans l’affirmation du rôle unitaire de l’Etat et du rôle structurant du Parti communiste pour mobiliser l’ensemble de la société. Nous devons, nous, en Europe, être capables de mobiliser l’ensemble de nos forces, les régions, l’Etat-nation et l’échelon européen. »

Interrogé sur les craintes d’un hypothétique « nationalisme chinois », Dominique de Villepin répond: « Je crois davantage à une Chine fidèle à sa tradition d’Empire du Milieu et qui, aujourd’hui, prend conscience de ses responsabilités et veut les assumer, qu’à un risque d’impérialisme chinois.

Toute tentation d’unilatéralisme est dangereuse, on l’a vécu avec les Etats-Unis. Il ne faut pas vivre, chacun dans notre coin, notre ambition et notre vision. Il faut essayer d’interpénétrer, d’interconnecter, d’associer et de marier nos talents », conclut Dominique de Villepin.

26 novembre 2017, Xinhua.net

1024 490 Dominique de Villepin

It’s a new era for China as well as the rest of the world

Dans une interview en anglais pour la chaîne chinoise China Xinhua News, Dominique de Villepin est revenu sur l’opportunité que représente pour la Chine et pour le monde l’issue du 19e Congrès du Parti Communiste Chinois. Il a appelé à un plus grand investissement de la Chine sur la scène internationale, et à un renforcement de la coopération entre l’Europe et la Chine, afin de contribuer à l’émergence d’un monde plus stable et plus sûr.

1024 682 Dominique de Villepin

Nous avons besoin d’une Chine plus forte

– Présent au symposium international de groupes de réflexion portant sur les implications du 19e Congrès national du PCC pour la Chine et le monde, Dominique de Villepin a estimé que le congrès organisé en octobre dernier représente non seulement l’entrée de la Chine dans une nouvelle étape, mais ouvre aussi une nouvelle ère pour le monde –

 

« Le président Xi Jinping a clairement marqué quelle était l’ambition de la nation chinoise, qui est de défendre et d’accroître la fierté du pays en tant que nation dans le monde, et ce par l’entrée dans une nouvelle ère, l’entrée dans de nouvelles responsabilités internationales. D’autre part, il a confirmé le rôle majeur du Parti dans la défense de l’unité, de la stabilité du pays et a marqué également le souci d’accroître l’efficacité de l’Etat dans cette nouvelle période. Donc il y a là une ambition qui est clairement affirmée et qui rejoint de nombreuses préoccupations des pays européens et de la France, en particulier le soutien au multilatéralisme, le soutien à un monde ouvert, au moment où un certain nombre de risques nouveaux apparaissent liés à l’isolationnisme américain, liés aux tendances nationalistes ou sécessionnistes, dont le Brexit est un exemple. Je crois qu’il y a là donc des convergences importantes qui existent entre la volonté chinoise, dans cette nouvelle période, de concourir à la stabilité internationale, et les ambitions de l’Europe de constituer un pilier pour l’équilibre mondial », a déclaré Dominique de Villepin.

Selon lui, le fait que l’Europe et la Chine partagent des valeurs communes, comme le multilatéralisme ou la volonté d’avancer dans un monde ouvert, constitue des atouts très forts entre ces deux régions. « Je ne suis pas naïf, je vois bien qu’il y a souvent des inquiétudes et des peurs face à l’avenir. La Chine représente une très grande puissance. Un certain nombre de pays européens, de partis ou de peuples européens, s’inquiètent du risque que peut constituer cette nouvelle puissance. Mais je crois que c’est en travaillant ensemble, en développant des partenariats communs, que l’on répondra le mieux à ces peurs. C’est donc ma conviction : nous avons besoin d’une Europe plus forte, nous avons également besoin d’une Chine plus forte, qui soient capables de prendre toutes ces responsabilités sur la scène internationale », a-t-il indiqué au journaliste de China.org.cn lors d’une interview.

 

Interrogé si une Chine plus forte sera une opportunité pour l’Europe et pour le monde, Dominique de Villepin a résolument répondu « oui », tout en précisant que « dans une période où l’on voit bien que l’isolationnisme, où la tendance au nationalisme, gagnent du terrain, une Chine ouverte sur le monde, une Chine désireuse de prendre ses responsabilité, une Chine qui défend des projets ambitieux comme celui des Nouvelles Route de la Soie, est une Chine qui contribue à l’ordre mondial et à la stabilité du monde ».

L’ancien Premier ministre de l’Hexagone a également salué l’initiative de « La Ceinture et la Route », la qualifiant de projet ambitieux et global, puisqu’il est à la fois politique, économique et culturel. Selon lui, il s’agit d’abord d’un projet politique marquant la volonté d’associer les pays de l’Eurasie, en particulier les pays qui aujourd’hui connaissent le plus de difficultés, en leur permettant une nouvelle croissance par le développement de leurs infrastructures. C’est aussi un projet à forte dimension économique et technologique qui apporte des infrastructures et de nouvelles technologies, permettant la construction de routes, de ponts, d‘autoroutes et de chemins de fer. Enfin, dans ce projet, il y a une dimension culturelle importante, qui souligne la nécessité du dialogue entre l’ensemble de ces Etats si l’on veut éviter les risques du monde d’aujourd’hui, tels que le risque de l’islamisme ou le risque du terrorisme.

« On doit accepter la nécessité de travailler ensemble dans une vision coopérative. De ce point de vue, le projet des Nouvelles Routes de la Soie constitue une véritable innovation dans cette volonté de faire travailler l’ensemble des pays de cette zone », a-t-il conclu, tout en ajoutant que la coopération entre la Chine et l’Europe, qui participe également à l’initiative chinoise de « La Ceinture et la Route », a déjà porté des résultats fructueux, parmi lesquels on peut citer la participation à la Banque asiatique d’investissements pour les infrastructures (BAII), les échanges à travers le train de fret reliant Lyon à Wuhan et la coopération sino-européenne dans divers domaines concrets comme le nucléaire et la lutte contre le changement climatique.

960 640 Dominique de Villepin

Le modèle identitaire européen est malmené

– Dans un entretien accordé au journal chinois Xinhua, Dominique de Villepin met en lumière des facteurs pouvant expliquer la  crise que traverse le Vieux continent, secoué par la montée des populismes –

« Le modèle identitaire européen est malmené aujourd’hui », estime-t-il, plaidant pour que l’Europe « réaffirme son ambition culturelle » et travaille à « inscrire suffisamment son effort dans la durée ».

« Chacun essaie de s’accrocher à un certain nombre d’identités, les racines judéo-chrétiennes, la mémoire historique de l’Europe, les défis que nous avons pu réaliser ensemble, les épreuves, les tragédies qu’a traversées l’Europe…

Tout ceci est fait de façon parcellaire et vécu avec beaucoup d’inquiétudes par nombre de nos populations à un moment où les défis à relever sont importants. A commencer par le défi terroriste et le défi historique des migrations qui se prolongera pendant de nombreuses décennies.

« Notre culture, notre modèle européen identitaire ne font pas l’objet, à mon sens, d’un travail suffisant, et c’est pour cela que j’en appelle à réaffirmer une ambition culturelle, une volonté de vivre ensemble pour les Européens, réaffirmer un art de vivre européen et une éducation européenne. Le président (Emmanuel) Macron a ainsi par exemple avancé l’idée d’universités européennes.

L’Europe doit prendre davantage conscience de ses atouts, de l’histoire qu’elle a charriée au fil de siècles. Ceci doit être véritablement vécu de façon plus vivante par les Européens pour permettre de traverser les crises et sortir de ces poussées de fièvre populiste, xénophobe, que connaît régulièrement l’Europe, où elle cède aux passions sans inscrire suffisamment son effort dans la durée », estime-t-il. Avant d’ajouter: « Nous ne mesurons pas suffisamment la chance que nous avons de participer à cette aventure européenne ».

« A l’échelle des Etats nations européens, nous n’avons pas la capacité de peser. Il faut prendre en compte la nouvelle réalité du monde: aller vers une plus grande décentralisation afin de prendre en compte le besoin d’identité, les inquiétudes qui s’expriment à travers le populisme, et à travers certaines poussées xénophobes, et dans le même temps prendre la mesure de cette mondialisation qui donne un avantage aux larges entités et à des puissances émergentes comme l’Inde, comme la Chine.

Beaucoup d’Européens sont inquiets pour leurs enfants, ils ont le sentiment qu’ils vivront moins bien qu’eux-mêmes. Il faut dépasser ce manque de confiance en l’avenir afin de mobiliser les énergies », conclut-il.

8 novembre 2017, Xinhua

1024 365 Dominique de Villepin

Le 19e Congrès du PCC marque l’entrée dans une nouvelle ère

Dans une interview accordée à la chaîne de télévision chinoise CGTN, Dominique de Villepin s’est exprimé sur l’issue du 19e Congrès du Parti Communiste Chinois et sur les défis qui attendent la Chine dans les cinq prochaines années.

 

1024 523 Dominique de Villepin

Today, what China brings to the world is its unity

Dans une interview en anglais pour la chaîne chinoise CGTN, Dominique de Villepin s’est exprimé sur les principaux enjeux du 19è Congrès du Parti Communiste Chinois pour l’avenir de la Chine.

1024 334 Dominique de Villepin

Multipolar World Order: Opportunities & Challenges

Après une conférence donnée au 15e forum du « Dialogue of Civilizations » à Rhodes, Dominique de Villepin a ensuite participé à un débat en anglais organisé par la chaîne chinoise CGTN, sur le caractère multipolaire du monde.

 

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La nouvelle Route de la Soie, un nouveau souffle pour la mondialisation

– Dans une tribune initialement parue en anglais dans le journal chinois Le Quotidien du Peuple, Dominique de Villepin a développé sa vision du projet de Nouvelle Route de la Soie et annoncé la création de l’International Marco Polo Society, un groupe de réflexion rassemblant des personnalités d’Europe et d’Asie afin de contribuer à la promotion de cette initiative multilatérale –

 

L’incertitude est devenue le danger principal de notre temps. Aucun des cinq continents n’échappe aujourd’hui aux grandes menaces du siècle : le terrorisme, sapant les efforts de consolidation de la paix ; le populisme rejetant l’ouverture le libre-échange et le développement des peuples ; le changement climatique, créant de nouveaux risques pour les générations futures. Les confrontations actuelles et l’imprévisibilité de certaines grandes puissances plaident pour une refondation du multilatéralisme.

Cependant, le dialogue a considérablement reculé sur la scène internationale au cours des derniers mois. L’élection du nouveau président américain a accéléré la remise en cause des accords internationaux en matière de libre-échange et de protection de l’environnement. Pourtant, il n’existe pas d’autre solution que la coopération internationale pour tenter de construire un monde plus sûr. Aujourd’hui, nous assistons à la naissance douloureuse d’un nouveau monde multipolaire. Or j’ai la conviction que l’Asie et l’Europe ont un rôle décisif à jouer pour bâtir une mondialisation plus juste et plus équilibrée. Il est devenu essentiel d’encourager la formation de nouveaux pôles de stabilité et de prospérité.

Dans ce contexte, la Chine nous offre une chance d’atteindre cette objectif grâce à l’initiative “une Ceinture, une Route”. Il s’agit d’abord d’un projet ambitieux en faveur d’ investissements massifs dans les infrastructures en Asie, en Europe et en Afrique. Il s’agit ensuite d’une relance politique des partenariats multilatéraux au service du dialogue culturel et de la stabilité, deux biens communs universels. De l’annonce du projet par le président Xi Jinping à l’automne 2013, au forum sur la Nouvelle Route de la Soie de Beijing à la mi-mai 2017, l’initiative a connu des avancées majeures. En moins de quatre ans, ce programme s’est doté de nouveaux outils, à l’instar de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures (BAII), dotée d’un capital de 100 milliards de dollars impliquant plus de 60 pays.

La Nouvelle Route de la Soie présente une alternative concrète et durable aux risques de ralentissement économique, d’isolement et de confrontation. Il n’a fallu que quelques années pour aboutir à de premiers succès. Des projets ont ainsi été lancés au Pakistan, en Azerbaïdjan et à Oman, dans des domaines stratégiques comme les centrales électriques, les gazoducs et les chemins de fer. Les investissements chinois ont également augmenté dans les pays d’Europe centrale dans le cadre du format «16 + 1» et en Europe du sud où de nombreux projets sont mis en œuvre, notamment en Grèce, pour y développer des infrastructures à l’image du port du Pirée.

L’avenir appartient à l’Eurasie. L’Asie et l’Europe pourraient travailler ensemble sur de nombreuses priorités. Elles partagent l’ambition commune d’assurer une croissance durable, la sécurité alimentaire et énergétique, et la préservation de l’environnement. Rien qu’en Asie, la Banque asiatique de développement estime les besoins d’investissement en infrastructures à près de 26 000 milliards de dollars d’ici 2030, créant d’énormes perspectives dans des secteurs prometteurs comme le transport, l’immobilier, la gestion de l’eau et des déchets, et l’économie verte.

A cet égard, le projet “une Ceinture, une Route” permet de répondre à trois défis de notre époque. Premièrement, il vise à renforcer la connectivité mondiale à travers l’amélioration des infrastructures énergétiques, numériques et de transport partout dans le monde. Deuxièmement, il réveille la coopération multilatérale en promouvant une plus grande inclusivité et une meilleure collaboration, par la mise en commun des ressources financières d’investisseurs publics et privés autour de projets transfrontaliers. Troisièmement, il contribue à créer les conditions du relèvement économique et du développement international. Bien qu’il existe une forte diversité des PIB le long de la nouvelle Route de la Soie, en particulier entre les pays développés d’Europe orientale et ceux d’Afrique et d’Asie du Sud-Est, l’initiative chinoise contribuera à réduire progressivement l’écart économique entre toutes les parties prenantes et favorisera donc le rattrapage économique des économies en transition.

Au cours de ces dernières années, mes nombreux échanges avec des décideurs mondiaux m’ont convaincu que nous ne pouvions passer à côté d’un tel le projet. Mais il nous faut nous doter des instruments adéquats. Nous avons besoin d’une plateforme pour échanger des idées, créer des synergies et sensibiliser la communauté internationale. Nous avons besoin de bâtir les principes d’un destin commun garantissant le respect des personnes, le respect de la souveraineté et le respect de l’histoire. Nous avons également besoin d’une dynamique exemplaire qui reposerait sur des projets-vitrines impliquant le plus grand nombre d’acteurs, à commencer par les Etats, mais aussi les entreprises, les sociétés civiles, les think tanks et les universités.

C’est pourquoi, avec un groupe personnalités européennes et asiatiques de premier plan, nous avons créé l’International Marco Polo Society, en hommage à l’un des plus grands voyageurs du Moyen Âge. Il s’agit d’un cercle composé d’anciens Premiers ministres et de ministres des Affaires étrangères désireux de mobiliser les opinions publiques dans leur pays respectif et d’œuvrer à des propositions innovantes. Car nous avons une conviction commune: pour que l’initiative « une Ceinture, une Route » devienne réalité, chaque énergie compte et doit pouvoir contribuer à ce que le président Xi Jinping a qualifié de “projet du siècle”.

 

Initialement paru le 21 septembre 2017, Le Quotidien du Peuple