Actualités

1024 660 Dominique de Villepin

La gouvernance mondiale ne fonctionne pas

Dominique de Villepin était l’invité de Patrick Cohen sur France Inter le 3 novembre dernier à l’occasion de la sortie de son livre Mémoire de Paix pour temps de Guerre

 

1024 1024 Dominique de Villepin

Il n’y a pas de destin pour la France en dehors de l’Union européenne

– Dans une tribune publiée par Le Figaro, Dominique de Villepin analyse le Brexit et ses conséquences –

Soyons lucides, l’enjeu du vote britannique sur la sortie de l’Union européenne, c’est l’avenir de la Grande-Bretagne, pas l’existence même de l’Europe. Poser la même question en France n’aurait ni le même sens ni la même portée. Brexit is not Frexit.

Résumer le vote britannique à un cri populiste serait méconnaître ses logiques historiques profondes. L’Angleterre est une île. Cela résume tout. Elle a entendu à nouveau l’appel du grand large. Son adhésion s’était faite à contrecœur, par peur du déclin, regimbant sans cesse contre l’impression d’une entrée en maison de retraite. Puisque la Grande-Bretagne était malheureuse en Europe, il fallait qu’elle parte.
À elle maintenant de faire de ce vote le choix d’un nouveau destin. Les prochains mois et les débats de politique intérieure britannique décideront du sens que prendra la sortie de l’Union européenne. Soit le Brexit sera l’aveu de faiblesse du marin resté à quai et le rétrécissement sera sans fin. Si l’Ukip devient l’interprète du vote au lieu des travaillistes, la Grande-Bretagne plongera dans une spirale identitaire et xénophobe, se repliera sur elle-même et sera quittée par l’Écosse. L’Angleterre d’avant la guerre de Cent Ans.
Soit la Grande-Bretagne fera le choix de la réinvention, tournée vers le monde, assumant la fin de l’Empire mais en même temps son héritage mondial, troquant l’illusion de la puissance contre la réalité de l’influence, s’ouvrant sur le Commonwealth, sans prétendre le dominer, pour articuler une nouvelle vision du monde et évitant l’écueil de la soumission aux États-Unis. Elle retissera des liens économiques et politiques neufs avec l’Inde et la Chine, assumant une place de courtier dans une mondialisation multipolaire, un Singapour de dimensions mondiales avec le poids de l’histoire et de la culture. La relation à la Chine, avec laquelle Canada, Australie et Nouvelle-Zélande entretiennent des liens étroits sera décisive et pourra contrebalancer la logique de confrontation avec les États-Unis, notamment en mer de Chine du Sud.

Mais pour nous Européens, la responsabilité aujourd’hui est tout autre. À nous de faire de ce vote l’occasion d’un rebond de l’Union.
Non l’adhésion britannique de 1973 n’avait pas le même sens que la fondation de 1951. Pour ses fondateurs, l’Europe est née de l’expérience de l’horreur et de l’absurdité des guerres européennes, née de l’idée d’une réconciliation sans précédent entre la France et l’Allemagne après une guerre de trois cents ans, née de la mise en commun des destins. La Grande-Bretagne peut avoir un destin hors d’Europe, pas la France, pas l’Allemagne. Qui serions-nous, sinon un pâle chromo d’un passé révolu? Quels autres appuis aurions-nous pour exister dans le monde? Quel sens cela aurait-il de s’amputer par un vote de ce qui fait partie intégrante de notre nation? Que l’on s’interroge sur les orientations de la construction européenne est parfaitement légitime. Mais rayer d’un trait de plume soixante ans d’héritage serait pure folie. Où s’arrêterait la machine infernale? Que dirions-nous aux régions françaises qui voudraient quitter le territoire national?
En Europe, aujourd’hui plus qu’hier, nous pouvons peser et agir. Principale puissance militaire de l’Union européenne, seule détentrice de la dissuasion nucléaire, seul membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, la France a un rôle et un devoir.

Non l’Europe n’est pas morte. Elle peut même sortir renforcée de cette épreuve. Beaucoup dépend des fondateurs et surtout de la France et de l’Allemagne qui doivent prendre, dès les prochaines semaines, une initiative majeure qui nous fasse avancer dans tout ce qui fait l’union des peuples. Comme en 1955, c’est parune Conférence de Messine ambitieuse que d’un défi pourra naître un sursaut.
Cette nouvelle Europe a des atouts. Elle a pour elle une cohérence accrue, un esprit continental, une vision politique partagée depuis longtemps. Elle correspond mieux aujourd’hui aux espaces concrets de la construction européenne, qui nécessitent des réformes urgentes, la zone euro et l’espace Schengen, dont la Grande-Bretagne n’était pas membre.
Elle a pour atout un leadership franco-allemand retrouvé, nouveau mariage de raison peut-être, mais d’autant plus exigeant et tourné vers l’action. Après quarante ans de trio passionnel avec la Grande-Bretagne, après vingt ans d’éloignement graduel entre la France et l’Allemagne suite à la réunification, le moment de l’initiative est venu.

L’Europe doit traiter de front les questions existentielles. Il ne s’agit plus de sparadraps pour les bleus à l’âme des opinions publiques. Sur l’asile et l’accueil des réfugiés, sur les frontières européennes, sur l’Europe de la Défense à l’heure où le continent est cerné de crises terribles, sur la cohésion de la zone euro – à travers un budget européen renforcé ou une assurance-chômage communautaire, même embryonnaire. Le choc peut permettre d’avancer là où nous étions suspendus depuis six ans à la frustration des sommets de la dernière chance, ces montagnes diplomatiques qui accouchaient toujours des mêmes souris.

À l’heure où va s’ouvrir une année électorale décisive pour la France, il en va de la responsabilité de chacun de refuser les surenchères et les postures.

27 juin 2016, Le Figaro

1024 768 Dominique de Villepin

La politique arabe de la France

Dominique de Villepin est intervenu, en mai 2016, à l’Institut du Monde Arabe sur le thème de la « Politique arabe de la France » aux côtés d’Hubert Védrine, Jean-Pierre Filiu et François l’Yvonnet.