Actualités

1024 513 Dominique de Villepin

Nous devons reprendre langue avec tout le monde, y compris avec le régime syrien

Invité d’Elizabeth Martichoux sur RTL, Dominique de Villepin s’est exprimé sur les récentes avancées du régime syrien à Alep et la progression de l’Etat islamique autour de Palmyre

1024 325 Dominique de Villepin

Peut-on réformer l’ONU ?

Invité de Nora Hamadi sur Public Sénat, Dominique de Villepin et Jean Ziegler ont échangé sur l’efficacité de l’ONU et sur la capacité de la communauté internationale à la reconstruire et la réformer


1024 683 Dominique de Villepin

Le travail politique et diplomatique n’a pas été suffisamment mené

– Dans un entretien avec Jean-Paul Piérot pour l’Humanité, Dominique de Villepin revient sur les conséquences de la « guerre contre le terrorisme » et les errements de la diplomatie française, notamment concernant la crise syrienne –

Votre dernier livre, Mémoire de paix pour temps de guerre, est un plaidoyer en faveur d’un retour de la politique, de la diplomatie, pour empêcher les guerres. Il y a treize ans, devant le Conseil de sécurité de l’ONU, vous exprimiez l’opposition de la France à l’invasion de l’Irak. Votre discours est entré dans l’histoire et, depuis, l’embrasement tant redouté s’est étendu à toute la région. Les interventions militaires se sont multipliées ; la France y a pris sa part. Les principes énoncés en février 2003 se sont donc évanouis ?

C’est un paradoxe. La France avait, sous l’autorité de Jacques Chirac, choisi de s’opposer à l’intervention américaine en Irak. C’était une opposition fondée sur une vision de l’ordre mondial et une connaissance approfondie de la situation au Proche et au Moyen-Orient. Aujourd’hui, les choses se sont inversées. D’un côté, Barack Obama a tiré les leçons des politiques menées tant en Afghanistan qu’en Irak en engageant un retrait des troupes américaines et en privilégiant une approche qu’il a théorisée sous le concept « leading from behind » (diriger depuis l’arrière) et il a engagé une métamorphose de la puissance américaine. De l’autre côté, la France a pris le chemin inverse. Elle a fait le choix des interventions militaires, à travers l’opération libyenne, qui a outrepassé les termes de la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU, puis au Mali et en Centrafrique, et enfin aujourd’hui au sein de la coalition aérienne occidentale.

C’est le prix à payer pour la guerre contre le terrorisme régulièrement invoquée. Qu’en pensez-vous ?

Cette guerre contre le terrorisme est une erreur, une mauvaise compréhension de ce qu’est le terrorisme. Vouloir lui faire la guerre, c’est lui donner un statut, un écho supplémentaire, c’est tomber dans le piège que nous tendent les terroristes. La France s’est laissé entraîner dans cette surenchère pour des raisons de politique intérieure, mais peut-être aussi parce qu’elle a insuffisamment compris les causes de cette dangerosité croissante du monde. Les leçons que nous aurions dû tirer, c’est d’abord l’importance des États. L’épidémie des États faillis sert de point d’entrée au terrorisme, à l’instabilité et au cycle des violences. Il faut des États forts. Autre paradoxe, plus le monde devient dangereux, plus il semble que les démocraties libérales soient incapables de faire de la politique, alors que les régimes autoritaires se montrent soucieux d’en faire davantage. Deuxième constat : l’affaiblissement de la diplomatie, qui est passée au second plan, derrière les exigences de l’outil militaire. L’Hôtel de Brienne a pris le pas sur le Quai d’Orsay. C’est la source de beaucoup de malentendus. La France a commis une faute en réintégrant en 2009 le commandement militaire de l’Otan. Ce retour lui a ôté de sa spécificité, l’a amenée à s’éloigner de sa vocation de défendre des idéaux de paix et de justice, de servir de passerelle entre les différents pays et de parler à tout le monde. Nous avons multiplié les interventions militaires. Notre diplomatie a perdu de sa force, de sa vitalité, de sa cohérence, de sa légitimité. Et surtout de son indépendance.

Votre diagnostic est inquiétant. Vous écrivez que « la guerre d’échelle mondiale n’est désormais plus une lubie. Nous en voyons les étapes se préparer minutieusement ». Une guerre mondiale, jugée impensable pendant un demi-siècle malgré la guerre froide et les arsenaux d’armes nucléaires américains et soviétiques, serait-elle devenue désormais envisageable ?

Je pointe dans ce livre l’accroissement du risque de guerre, entraîné dans un engrenage. Nous voyons ce qui s’est passé en 1914 avec l’analyse de Christopher Clark sur les Somnambules : la mécanique des alliances, l’hystérie qui s’empare des esprits provoquent la marche à la guerre, que personne ne souhaitait. Nous vivons dans un monde marqué par la multiplication des crises. Certaines peuvent paraître périphériques, mais quand de grandes puissances s’en mêlent, le niveau de dangerosité s’élève, c’est ce qui se passe en Syrie. On constate un inquiétant accroissement des tensions aux marches des empires, mêlant États affaiblis et tentations impériales. Les tensions s’aiguisent en Europe orientale. La politique de « containment » menée par l’Europe et les États-Unis à l’encontre de la Russie n’arrange rien. En stigmatisant, en multipliant les sanctions, nous choisissons clairement l’escalade. Les signes que nous envoyons produisent l’effet inverse de l’objectif attendu, renforcent l’unité entre le président russe et son peuple. Cette politique de « containment » se met aussi en place en mer de Chine, où les États-Unis viennent chatouiller la puissance chinoise en resserrant leurs liens avec la Corée du Sud et le Japon. Il faut bien connaître les acteurs de la vie internationale, ne pas se tromper sur ce qui est important pour eux, si on veut éviter de jouer avec le feu. Les Américains et les Européens ont mal évalué la situation de la Russie. Dans la gestion de la crise ukrainienne, nous avons insuffisamment pris en compte le sentiment d’humiliation des Russes. Signer un accord d’association avec l’Ukraine au mépris des intérêts économiques de la Russie ne permettait pas d’espérer autre chose que la montée de tensions.

Ce déficit en matière de diplomatie n’affecte-t-il pas l’Europe en premier lieu ?

Nous souffrons d’une absence de l’Europe et les insuffisances de la diplomatie française nous éloignent du rôle que nous pourrions jouer. Rependre langue avec la Russie, c’est la responsabilité de l’Europe et de la France. Nous savons qu’il existe une inquiétude sur la sécurité dans certains pays d’Europe centrale, qui conduit au déploiement de missiles de l’Otan en Pologne et en Roumanie, et au bouclier antimissiles américain. C’est le moment de rouvrir le chantier d’une nouvelle sécurité collective en Europe. Depuis les accords d’Helsinki en 1975, les réalités ont changé, le mur de Berlin est tombé, l’Union soviétique a implosé et les peurs sont encore là. Il nous faut donc repenser un système de sécurité commun et relancer notre coopération avec la Russie sur de nouvelles bases. À l’intérieur même de l’Union européenne, certains États, certains peuples ont le sentiment d’être marginalisés ou rejetés. Le sentiment européen est fragile et menacé. Si on veut que l’Europe entière vote pour les émules de Beppe Grillo, continuons à ne pas comprendre que la première raison du sentiment populiste, c’est l’image d’impuissance que projettent les dirigeants de l’Europe, incapables de trouver des solutions dans chacun de nos États aux problèmes économiques et sociaux, mais aussi à l’échelle de l’Europe. Y remédier signifie concrètement doter l’Europe de nouveaux instruments. Nous souffrons d’un manque de diplomatie, d’un manque de politique, d’États trop faibles, y compris dans notre espace européen.

Vous plaidez en faveur d’une culture de paix. La paix, ce n’est pas l’absence de conflit. Il n’y a pas de société humaine sans tensions, mais il nous faut, écrivez-vous, « inventer, bâtir et faire durer les institutions de la paix ». Cela pose entre autres la question de la réforme de l’ONU ?

Nous sommes à un moment où la faiblesse des Nations unies nuit à tout le monde. L’ONU a besoin d’une force militaire mieux formée, mieux équipée, plus professionnelle. Nous avons besoin d’une vraie armée des Nations unies à disposition des grandes régions du monde, qui pourrait intervenir pour rétablir et consolider la paix. On a trop souvent tendance à penser : « Après la guerre, la paix » comme on dit « Après la pluie, le beau temps ». Ce n’est pas si simple. On le voit en Irak comme partout où il y a des conflits : ce n’est pas parce que les armes s’arrêtent que la paix se met en place. Si nous voulons défendre un esprit de paix, il faut que, même en cas d’intervention militaire, option qu’on ne peut exclure par principe, celle-ci intègre bien en amont les objectifs de la paix. Cela signifie qu’il faut donner la priorité à la protection des populations avec des corridors humanitaires, zones d’interdiction aérienne, des accords de paix locaux, qui seraient très utiles en Syrie. J’aimerais que la France soit le premier pays capable de mettre en place des modes opératoires axés sur la construction de la paix. Mais le préalable, c’est une plus grande représentativité du Conseil de sécurité. En premier lieu, il faut l’élargir pour tenir compte de la réalité du monde d’aujourd’hui. Parmi les membres permanents, il n’y a aucun État africain ni sud-américain, de grands pays comme l’Inde n’y figurent pas. Une réforme est nécessaire. La réflexion porte sur ce qui fait blocage sur les grands dossiers des Nations unies : le veto. Il serait sans doute utopique de le supprimer, mais on pourrait l’encadrer pour les cas les graves : lorsqu’il y a des crimes contre l’humanité avérés, le veto ne pourrait pas être mis par une grande puissance, de façon que la communauté internationale puisse prendre ses responsabilités. Des avancées sont possibles. Je plaide aussi pour un G3 réunissant les banques centrales des États-Unis, de la Chine et de l’Union européenne pour assurer la stabilité monétaire mondiale.

Pourquoi la communauté internationale ne parvient-elle pas à arrêter le massacre de la Syrie, qui a coûté la vie à quelque 300 000 personnes et jeté sur les routes de l’exil plusieurs millions de familles, alors que la forteresse Europe leur ferme ses ponts-levis ?

La communauté internationale n’est pas unie sur le seul objectif qui devrait être le nôtre : secourir un peuple qui vit l’une des plus grandes catastrophes que nous ayons connues, un pays menacé de désintégration. Pour s’entendre sur les objectifs, il est impératif que nous soyons capables de parler à tout le monde. C’est là une des fautes commises par la diplomatie française : nous avons mis en avant un certain nombre d’impératifs et d’exigences idéologiques qui nous ont aveuglés. Que Bachar Al Assad ne soit pas la solution en Syrie, nous sommes nombreux à en convenir. Néanmoins il est là, il faut être capable d’engager le dialogue, de travailler avec l’ensemble des parties, y compris si on espère – ce qui est mon cas – que le processus engagé, chemin faisant, engendre que quelqu’un d’autre soit mieux à même de rassembler l’ensemble des Syriens. L’objectif doit être d’abord d’arrêter le conflit. Il faut engager les négociations et cela nécessite un véritable travail politique et diplomatique, qui n’a pas été suffisamment mené, pour mettre tout le monde autour de la table afin de faire progresser un esprit de paix, et établir un dialogue entre les puissances sunnites et la principale puissance chiite, l’Iran. Nous sous-estimons la part de la politique dans la lutte contre le terrorisme. Nous pourrions réduire considérablement les positions de Daech, si nous étions capables de désolidariser le noyau dur des terroristes de ses soutiens. L’« État islamique » a pu constituer une région aussi importante en profitant de la marginalisation des sunnites en Syrie comme en Irak. Il faut donc redonner une place aux sunnites dans l’état irakien et en Syrie. La France, qui a d’excellentes relations avec l’Arabie saoudite et les monarchies du Golfe, doit faire comprendre à ses partenaires que seul un dialogue avec l’Iran permettra de retrouver la stabilité.

Quelles propositions avancer ?

Il faut redonner une espérance à cette région qui souffre d’un manque d’architecture de sécurité collective. L’Europe et les États-Unis ont commis une faute en se portant à la tête de ce conflit et ont négligé le fait que, devant toute crise, il faut mettre en avant les pays de la région. Les peuples du Moyen-Orient souffrent des injustices dans lesquelles tous les États, et particulièrement les plus riches, ont leurs responsabilités. Les monarchies du Golfe doivent s’atteler aux demandes des peuples. Un fonds alimenté par la rente pétrolière et gazière pourrait être mis au service de la justice sociale, en s’inspirant de ce que l’Europe a fait avec le charbon et l’acier en 1950. Je le dis en conscience : on ne peut être heureux tout seul. Il faut accepter de partager. Les États les plus riches ont un devoir vis-à-vis des autres peuples, sinon ils risquent de payer très cher le prix de leur propre sécurité. Le Moyen-Orient peut aller encore plus loin dans la spirale suicidaire où il est engagé. Cet esprit de responsabilité, il nous appartient de le porter avec la conscience historique qui est la nôtre, après avoir connu les drames les plus terribles au XXe siècle (guerres, massacres, génocides), nous devons porter cette parole plutôt que de faire tonner les canons, tirer des missiles et envoyer des drones dans cette région du monde.

9 décembre 2016, L’Humanité

1024 366 Dominique de Villepin

L’imaginaire historique de Dominique de Villepin

Invité d’Emmanuel Laurentin dans l’émission « La Fabrique de l’Histoire » sur France Culture, Dominique de Villepin s’est exprimé sur son rapport à l’Histoire, ses lectures, ses souvenirs et son imaginaire historique

1024 488 Dominique de Villepin

La première protection d’un pays, c’est sa diplomatie

Invité d’Eric Zemmour et Eric Naulleau sur Paris Première, Dominique de Villepin est revenu en profondeur sur les thèses qu’il défend dans son dernier ouvrage Mémoire de paix pour temps de guerre


1024 511 Dominique de Villepin

La politique doit permettre de retrouver une energie et une esperance

Invité d’Audrey Crespo-Mara sur LCI, Dominique de Villepin est revenu sur l’actualité politique française et sur les défis qui attendent les futurs candidats à l’élection présidentielle. Il s’est également exprimé sur le referendum italien et la nécessité pour la France de retrouver une diplomatie ambitieuse

1024 683 Dominique de Villepin

Il populismo si batte solo quando i governi sono lontani dalle élite

– Dans un entretien en italien accordé au journal Repubblica, Dominique de Villepin a réagi au referendum italien qui a précipité le départ de Matteo Renzi et s’inscrit dans une période de montée des populismes en Europe – 

Siamo entrati nell’era dell’imprevedibilità politica?
« Pensavamo che la caduta del muro di Berlino nel 1989 significasse la vittoria automatica delle democrazie liberali e invece ci accorgiamo che non è così semplice. Esiste una nuova competizione tra sistemi politici. Quando le democrazie non rispondono alle aspirazioni dei popoli, altre forme diventano più attraenti, dal populismo ai regimi autoritari ».

Chiede un ritorno di Stati forti dentro all’Europa?
« È uno dei drammi del mondo: l’indebolimento degli Stati. Le democrazie occidentali sembrano atomizzate e impotenti, non sempre pronte a confrontarsi con regimi autoritari che appaiono più in grado di unificare i propri paesi. Oggi molti attaccano gli Stati in quanto organizzazioni sociali arcaiche e opprimenti, in nome del liberismo e dell’estensione illimitata della supremazia dell’economia. Un’illusione che ha provocato la crisi economica, poi il Brexit e l’elezione di Trump ».

Nonostante la vittoria del candidato dei Verdi in Austria, la minaccia dei populisti resta alta in Europa.
« La globalizzazione ha creato un sentimento di vincitori e vinti, aumentato le disuguaglianze, provocato paure economiche ma anche identitarie. Le presunte soluzioni proposte dai populisti conducono verso un’impasse: alzare muri fino al cielo non farà scomparire paure profonde. La risposta deve essere nell’azione dei governi. Su questo Francia e Germania portano una pesante responsabilità per come hanno gestito le crisi della Grecia e dei rifugiati. Sui profughi, l’Italia è stata lasciata completamente sola, con l’impressione che l’Europa non esistesse. Se vogliamo evitare la contaminazione dei populismi bisogna assolutamente ridare forza agli Stati ».

La candidatura di François Fillon all’Eliseo può fermare l’ascesa di Marine Le Pen?
« La vittoria di Fillon alle primarie è netta e lancia un segnale forte di unità nel centrodestra. È anche un messaggio chiaro su quel ritorno della politica di cui parlavo, sulla base di convinzioni. Fillon crede nel rilancio della diplomazia per smuovere gli scenari, dalla Russia alla Siria. L’unico punto di domanda nel programma di Fillon è il ruolo dello Stato. Di certo va modernizzato ma sono convinto che ce ne sia bisogno più che mai, soprattutto per parlare alle classi popolari. Il tema della difesa del servizio pubblico è fondamentale ».

La vittoria di Trump può diventare un’opportunità per la Francia e l’Europa?
« Come tutti gli elettrochoc ci costringe a ridefinire interessi e ambizioni. Se Trump rimetterà in discussione alcuni accordi, noi europei dovremo prenderci le nostre responsabilità. Sarà l’occasione di rilanciare finalmente un’integrazione della Difesa ».

Cosa pensa della decisione di François Hollande di non ripresentarsi?
« È una scelta molto personale che rispecchia la sua concezione della responsabilità politica, ma avviene in un contesto molto degradato per la sinistra di governo. Non sorprende: sarebbe stato difficile per lui affrontare da solo una sconfitta annunciata. La fase di successione che si apre rischia di essere complicata ».

5 décembre 2016, Repubblica

1024 559 Dominique de Villepin

L’Europe et la Russie ont des intérêts communs

Répondant aux question de RT France, Dominique de Villepin a donné sa appelé la diplomatie européenne à prendre en compte les intérêts et les peurs des uns et des autres, afin de favoriser un dialogue constructif avec le voisin russe et d’enrayer la crise ukrainienne

 

1024 353 Dominique de Villepin

Il faut remettre l’Etat au service des Français

– Dans un entretien avec Xavier Alonzo pour La Tribune de Genève, Dominique de Villepin est revenu sur la nécessité de replacer la politique au centre des attentions, dans une période troublée par l’affirmation des autoritarismes et la montée des populismes. Il s’est également exprimé sur des sujets de politique intérieure –

Le renoncement de François Hollande, est-ce un acte de lucidité ou un acte contraint?

C’est un geste très personnel, conforme à sa conception de la responsabilité politique. Il se produit évidemment dans un environnement très dégradé pour la gauche de gouvernement qui rend l’exercice de renouvellement périlleux.

Avez-vous été surpris qu’un président en exercice dise s’effacer pour l’intérêt général?

Il n’y a pas lieu d’être surpris, tant il aurait été difficile d’affronter seul la responsabilité de la défaite annoncée. Nous voyons bien que l’intérêt général, face à la vague populiste qui emporte tout, c’est de créer des alternatives politiques permettant la proposition, la sérénité, le rassemblement et, surtout, l’action.

A lire votre livre, la politique ne jouerait plus son rôle?

Je pars du constat que la situation internationale est de plus en instable et surprenante. Parce que nous avions imaginé avec la chute du mur de Berlin en 1989 une victoire par k.-o. de la démocratie libérale. On constate que ce n’est pas aussi simple que ça. On revoit poindre une compétition entre les systèmes politiques. On voit que lorsque les démocraties sont confrontées à des difficultés pour répondre aux aspirations de leur peuple, il y a un retour de l’attractivité d’autres formes de régime.

Mais le principe des démocraties libérales n’est-elle pas de réduire le rôle des Etats?

C’est l’un des grands drames du monde: l’affaiblissement des Etats. Et les démocraties occidentales, qui apparaissent comme atomisées, ne sont pas toujours les mieux armées contre les régimes autoritaires. Pourquoi? Parce que ces derniers ont la capacité à faire l’unité de leur pays.

Vous prônez donc un état fort dans les démocraties?

L’urgence de la restauration de l’Etat est bien réelle aussi dans nos démocraties. On tire à vue sur les Etats, considérés comme des formes archaïques et oppressantes de l’organisation sociale, au profit du tout libéral. Nous avons cru que c’était la fin de l’histoire et que l’extension du domaine économique était illimitée. La crise financière a été la facture de cette illusion. Elle a pour réplique sismique le Brexit et l’élection de Donald Trump.

Lors des primaires de la droite, François Fillon a été plébiscité. Partagez-vous cet enthousiasme?

Le peuple français adressé trois messages. Le premier: cette victoire très franche au sein de l’électorat de droite et du centre est un symbole d’unité. C’est ensuite un message très fort de conviction politique. La politique reprend ses droits, elle est affirmée comme la réponse à apporter aux difficultés. Troisième message: on veut croire au retour de la diplomatie qui peut faire bouger les choses. Que ce soit vis-à-vis de la Russie ou d’autres crises comme en Syrie. François Fillon met en avant cette nécessité de parler avec tout le monde et d’agir à partir de ce dialogue. Reste la question de l’état. Nous sommes tous d’accord qu’il a besoin d’être modernisé. Mais quel rôle et quelle confiance veut-on encore lui accorder? La campagne présidentielle à venir sera déterminante sur ce point.

Mais les classes populaires manquent à Fillon. Jacques Chirac, comme de Gaulle, touchaient eux les ouvriers!

Ce sont les primaires qui ne touchent pas les classes populaires. Celles de gauche pas davantage que celle de droite. La vérité est que ces populations qui sont souvent en souffrance, qui ont le sentiment d’être laissées-pour-compte, sont les plus difficiles à aller chercher. Leur parler suppose à la fois une thématique, une stratégie, une réflexion particulière. François Fillon a désormais le temps de le faire avant la présidentielle.

Quelles sont vos pistes?

Encore une fois, la question de l’état me paraît centrale. Ce n’est pas un discours d’austérité et de rigueur qui peut seul mobiliser les gens. Il faut également s’adresser aux classes populaires en traçant un chemin de réformes qui va remettre l’état au service des Français et au service du public. Ce thème du service public est majeur. Quand on va dans les petites villes ou en campagne, on constate surtout ce qui a été défait.

Vous avez dit Donald Trump, cela peut être une opportunité pour la France et l’Europe. Pourquoi?

Parce que tous les électrochocs créent des situations nouvelles. Et nous obligent à préciser et à marquer encore plus clairement ce qui constitue aujourd’hui nos intérêts, nos ambitions et notre vision. Prenons l’exemple de la sécurité de la défense. Dans ce que Donald Trump a annoncé dans ses relations avec l’OTAN, l’Europe et l’Asie, il veut remettre en cause un certain nombre d’accords. Il en va de la responsabilité des Européens. Nous devons désormais prendre conscience que nous devons faire davantage. C’est l’occasion de relancer le pilier européen de la défense. L’Allemagne s’est déjà engagée dans cette voie.

En économie aussi?

Oui, on a entendu des prises de positions très fortes de Donald Trump dénonçant des accords commerciaux. Là encore, nous avons encore plus de raisons d’affirmer notre vision d’un libre-échange maîtrisé, civilisé. Pourquoi ne pas proposer d’introduire des clauses emplois dans ces traités? Le faire de manière programmée, ce serait une reprise en main de notre destin.

4 décembre 2016, Tribune de Genève

1024 734 Dominique de Villepin

Nous sommes dans un temps de passions négatives

Invité d’Apolline de Malherbe sur BFMTV, Dominique de Villepin s’est exprimé sur l’actualité politique internationale, depuis les élections autrichiennes jusqu’à l’élection de Donald Trump, en passant par le referendum sur la réforme constitutionnelle en Italie et la mort de Fidel Castro