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Le chemin de justice. (Le Monde, 5 juin 2010)

L’arraisonnement brutal du Mavi-Marmara, chargé de civils, dans les eaux internationales, semble nous prouver une fois de plus l’impuissance du droit et de la raison.

Derrière ce drame, se pose à nous la question occultée du sort de Gaza. Rien ne saurait justifier qu’on prenne en otage une population d’un million et demi d’hommes, de femmes, d’enfants dans une ville asphyxiée.

Censé discréditer le Hamas, le blocus n’a fait que renforcer l’image de martyre dont se pare le mouvement. La marginalisation des radicaux ne peut qu’accompagner la paix, pas la préparer.

C’est d’autant plus incompréhensible venant d’une société démocratique, ouverte, prospère, comme l’est Israël. Ce paradoxe nous interroge : comment a-t-on pu en arriver là ? Il y a à Gaza l’aboutissement d’un engrenage dont Israël est prisonnier, l’éternel engrenage de la force. Le souci de la sécurité d’Israël est légitime et la France l’a toujours rappelé et s’en est toujours porté garante. Mais depuis dix ans, confronté à la terrible épreuve des tirs de roquettes et des attentats-suicides, déçu dans ses espoirs nés à Oslo, Israël s’est lancé dans une fuite en avant sécuritaire : érection du Mur de Sécurité, guerre au Liban de l’été 2006 et opération militaire dans la bande de Gaza l’an passé.

Cette logique mène à la surenchère, toujours plus d’usage de la force, toujours plus de transgression du droit, toujours plus d’acceptation de l’inacceptable. Mais surtout elle est inefficace et autodestructrice, car la force croit être un raccourci, alors qu’elle n’est qu’une impasse, et même un dévoiement.

La première impasse, c’est l’isolement, car la force se coupe de tout ce qui n’épouse pas ses vues. Le résultat des deux dernières années d’opérations à Gaza, c’est un isolement diplomatique croissant d’Israël. La relation privilégiée avec les Etats-Unis s’affaiblit. Le partenariat stratégique qui rapprochait Israël de la Turquie, essentiel au dialogue régional, se dégrade de jour en jour.

Deuxième impasse, le doute, car la force entraîne la radicalisation progressive, le repli sur des positions extrêmes et l’éclatement politique. L’union sacrée face au danger extérieur se transforme en une fracture intérieure. En Israël, l’échiquier politique se divise au détriment d’un gouvernement stable et capable de prendre des initiatives fortes en faveur de la paix et où les Arabes Israéliens, un cinquième de la population, se sentent relégués. Mais aussi dans les communautés juives du monde entier, qui connaissent le doute. Le sionisme a été, un siècle durant, une pensée d’émancipation, de progrès et d’ouverture sur l’universel à partir de l’expérience historique singulière du judaïsme, bravant les violences, les préjugés et les haines. Aujourd’hui, il lui faut retrouver cette part d’universalité.

Troisième impasse, l’impossibilité de la paix, car la force nourrit la force en retour et les grands laissés-pour-compte des dernières années, ce sont bien les modérés, Israéliens comme Palestiniens, qui veulent croire qu’une paix juste est possible, qui savent que la coexistence de deux Etats est la seule solution et qu’elle est urgente. Mais à chaque excès de Tsahal, les hommes du Fatah sont fragilisés, à chaque tir de roquette du Hamas, le camp de la paix israélien se rétrécit. Le même gâchis se renouvelle sans cesse. Les négociations indirectes récemment reprises sont étouffées dans l’œuf.

Rappelons-nous que d’autres nations se sont lancées dans de telles surenchères– y compris la France, de la spirale des guerres napoléoniennes qui prirent le relais de la patrie en danger à l’engrenage du Traité de Versailles qui mena à l’occupation la Ruhr. Toutes y ont sacrifié une part de leur légitimité et de leur identité. Après le 11 Septembre, l’Amérique a été livrée, elle aussi, à la peur. Son aspiration à la sécurité était justifiée. Mais en s’engageant dans l’aventure irakienne, les Etats-Unis ont fait primé la force sur le droit, s’enfermant dans un conflit qu’ils ne peuvent gagner. Toute notre histoire le montre, il n’y a pas d’exception de sécurité aux principes. Le seul verrou contre la démesure, c’est le respect intégral des principes et des valeurs.

Les événements récents marquent un tournant historique.

Il faut casser la logique de la peur et de la force. Israël ne peut espérer garantir durablement sa sécurité tant que justice n’est pas faite au peuple palestinien. Cela signifie, pour Israël de tracer un chemin de justice.

Et le premier pas, c’est la fin du blocus de Gaza. L’assistance à une humanité en danger, tel est le prix à payer pour la sécurité d’Israël.

On le voit en Cisjordanie, un autre avenir est possible. La population palestinienne est capable de prendre en main son destin économique et de connaître une croissance impressionnante – 8,5% en 2009 – qui est porteuse d’espoir à défaut de régler tous les problèmes.

Ce chemin passe par la création d’un Etat palestinien, car seule la reconnaissance d’un Etat palestinien souverain peut être le point de départ d’un nouvel élan pour la région.

Dans ce processus, tout le monde le sait bien, il faudra impliquer le Hamas dans la dynamique de paix. Comme pour tout mouvement radical, chaque défaite devant la force est une victoire dans les esprits, par un effet de levier imparable. L’enjeu, c’est bien aujourd’hui d’avancer vers une unité palestinienne qui offre un interlocuteur crédible pour la paix. Il faut pour cela que la communauté internationale assume toute sa responsabilité. Je crois pour ma part que l’ONU garde un rôle central à jouer pour faciliter le processus de paix, même si la mobilisation américaine est indispensable pour débloquer la situation.

C’est un enjeu pour la stabilité du Moyen Orient. Car ceux qui veulent œuvrer à la stabilité du Moyen Orient sont affaiblis par la logique de force. La spirale sert de justification à d’autres spirales, comme celle de la prolifération nucléaire en Iran. Le monde arabe doit surmonter ses ambigüités sur la question palestinienne pour peser de tout son poids afin de faciliter le règlement de ce conflit.

C’est un enjeu pour le monde, s’il veut montrer qu’il est capable de faire triompher le droit et la justice et qu’il n’est pas condamné à se taire devant les chars.

Saisissons l’occasion pour faire avancer la position d’une Europe unie, à rebours de son absence au cours des dernières années.

Compte-tenu de ses liens historiques avec toute la région et de sa vocation de trait d’union au service de la paix, la France doit jouer son rôle.

 

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Discours sur l’Europe – Cnam

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Il faut engager un processus de retrait en Afghanistan

 

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Pour une stratégie nationale de sortie de crise

Aujourd’hui face à la crise, nous avons le devoir de préparer notre avenir et de nous fixer une grande ambition de modernisation économique, politique et sociale.

Ne nous laissons pas aveugler par les faux débats sur l’identité nationale, par les clivages partisans et l’éparpillement des réformes, car le véritable enjeu c’est la défense de l’intérêt national.

La déferlante financière de 2008 a secoué le monde, mais, dans l’ensemble, les autorités monétaires et les dirigeants des grands pays ont su faire preuve de sang-froid et de sens des responsabilités.

La France a même mieux résisté que beaucoup d’autres. Pourquoi ? Non pas tant en vertu des politiques menées qu’en raison des évolutions structurelles de notre pays, qui se détourne peu à peu de l’industrie et tire  sa croissance de l’appétit de son marché intérieur, un peu à l’écart de la mondialisation. Mais il amortit aussi les chocs extérieurs par un modèle social solide et un Etat encore fort.

Notre pays redémarrera-t-il aussi vite que les autres ? Ce qui a retenu sa chute freinera aussi son rebond. Nos amis allemands partent mieux armés pour la nouvelle mondialisation avec une industrie compétitive, bien spécialisée et soutenue. Le risque du décrochage est là. Pour aller de l’avant, libérons les forces de la modernisation et construisons une stratégie nationale de sortie de crise.

Trois défis centraux exigent notre détermination pour lutter contre le chômage de masse, à la fois gâchis humain et menace sociale, et inventer une nouvelle croissance sociale et durable.

Une garantie de la protection sociale, qui suppose de faire avancer de pair efficacité économique et justice sociale en refondant notre système de protection sociale avec un niveau de prestations durable et un financement consolidé. Pour cela, il faut alléger les charges qui pèsent sur les salariés et élargir le financement aux revenus du capital.

Le combat contre les déficits, ensuite, qui nécessite davantage d’efforts. Nous traitons aujourd’hui nos problèmes en reportant leur coût sur les générations futures. Une stratégie volontaire et contraignante de désendettement s’impose pour venir à bout de nos faiblesses, à l’image de la révision constitutionnelle adoptée récemment par l’Allemagne.

 

Le chantier de la compétitivité et de l’innovation, enfin. Le débat sur le grand emprunt, même s’il ne saurait suffire, aura permis de repérer des filières d’avenir et des besoins. Mais il ne s’agit pas de faire table rase et de ne se vouer qu’à l’attrait de la nouveauté. Nous nous devons d’accompagner aussi nos secteurs d’excellence traditionnelle qui souffrent de la crise, industrie du luxe, tourisme comme agro-alimentaire. Ayons le courage de planifier l’avenir  grâce au pilotage public d’une stratégie unissant tous les acteurs, grandes entreprises, PME et banques par filière.

Plusieurs exigences décideront du succès de nos efforts.

L’obligation de résultats, comme nous nous y sommes astreints dans un autre contexte entre 2005 et 2007. Qu’il s’agisse de la bataille de l’emploi, avec 600 000 chômeurs de moins et le taux de chômage le plus bas depuis 1984 ; de la réduction des déficits de 56 milliards à 36 milliards d’euros en deux ans, nous permettant de nous affranchir de la tutelle humiliante d’une mise sous surveillance par Bruxelles ; ou encore du patriotisme économique avec la mise en œuvre des pôles de compétitivité autour de la modernisation de grands champions nationaux.

Le rassemblement, parce qu’il n’y a pas de politique durable qui construise sur les divisions. Parce qu’il faut rétablir la confiance des citoyens en un système économique remis à niveau. Il faut donc trouver le courage du sursaut et se concentrer sur l’essentiel, ne pas engager cent chantiers à la fois, mais lancer les réformes essentielles dont on sait qu’elles peuvent changer la donne.

La justice parce que c’est l’exigence de la politique de répartir les efforts mais aussi les fruits selon les capacités et les besoins. La crise a révélé les inégalités accumulées. Elle y a ajouté le scandale, quand ouvriers et employés ont dû payer pour les dégâts de l’économie-casino.

L’équilibre des institutions, enfin, indispensable à toute action efficace, comme l’enseigne l’histoire de la Ve République. Retrouvons l’élan modernisateur du général de Gaulle. Il faut pour cela un premier ministre et un gouvernement forts ainsi qu’un parlement capable de se faire entendre face au risque d’isolement du président.

Nous ne sommes pas à l’heure des ruptures, au contraire, nous nous trouvons face au défi de préserver, ensemble, le salut public et l’intérêt général de la nation.

 

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Hommage à Mahmoud Darwich

Dans un de ses poèmes, Mahmoud Darwich a écrit que la rose est devenue blessure. Ces mots révèlent bien le destin d’un poète. Car, chez Darwich, le Poème et l’Histoire sont indissociables. Ils sont deux formes de la Vie. La ferveur du peuple palestinien à la mort de Mahmoud Darwich montre à quel point il avait raison. En effet, chez lui, le destin individuel et le destin collectif se mêlent sans cesse. Elle était attachée à tout son être. Ainsi, son apparence et ses manières exprimaient une chaleur rugueuse, l’humanité simple. Sa poésie était à la fois son souffle et sa terre. A ce titre, il a été tout à la fois un poète de l’exil, un poète du témoignage et un poète de la rencontre et de la paix.

Il a été le poète de l’exil, tout d’abord. En effet, il n’a pas connu d’autre existence. A sept ans, la naqba s’abat sur sa famille. Il connaît la guerre et son cortège de souffrances. Sa famille quitte le village natal de Birwa, pour l’exil libanais. Dans cette souffrance, il a partagé avec des dizaines de milliers d’hommes et de femmes cette déchirure collective. Avec eux, aussi, il a fait l’expérience de l’exil intérieur, lorsqu’il est revenu en Galilée, à Dayr al-Asad, à Joleydé, à Haïfa. Toute sa vie, il s’est fait passe-murailles, du Caire à Paris, de Beyrouth à Moscou. Mais tous les exilés ne sont pas pour autant poètes. Lui, il a été le poète de l’exil, de tous les exils et de tous les exilés, parce qu’il a su reconnaître que la terre se transmet comme la langue. La langue et la terre se confondent et se substituent chez lui. C’est pour cela qu’il n’a eu de cesse d’habiter la langue et de la faire fructifier.

Il a été aussi le poète du témoignage. Il a senti le besoin d’une parole solide pour donner sens à l’absurdité de l’Histoire. Il a travaillé la langue pour qu’elle puisse témoigner. Je pense par exemple à ce poème insoutenable qui évoque l’enlèvement et l’assassinat de cinq fillettes à la sortie de l’école. Sa parole était ainsi une parole vivante, une preuve de vie, au-delà de toutes les souffrances. Témoin, il l’a été de bien des événements douloureux de l’histoire du Proche-Orient. Il était présent à Beyrouth, lors du siège de 1982. Il a connu l’emprisonnement. Mais jamais il n’a cessé, à travers ses poèmes, de dire et de montrer. Mahmoud Darwich a voulu transmettre une expérience particulière en montrant au monde ce qu’elle avait d’universel. Ce faisant, il a refusé le repli sur la souffrance. Il y a remarquablement réussi. Comment expliquer sinon une renommée mondiale, d’Amérique en Europe.

Mais surtout, il a été le poète de la rencontre et de la paix. Le témoignage ne lui suffisait pas. Pour lui, la poésie était surtout un acte de rencontre. C’était un pont entre deux êtres humains, entre deux peuples. Ce n’est pas un hasard si l’anthologie française qui lui a été consacrée s’achève sur un Art d’aimer. Tout y est apaisement, avec le monde, avec les hommes. Cette rencontre, c’est toujours en même temps la rencontre de la femme aimée. Car elle aussi, elle se confond avec la terre. Ne parle-t-il pas des cils de la terre, à propos des épis de blés. D’ailleurs, l’exil aussi, il le vivait dans la séparation avec la femme aimée. Il refusait l’abstraction des grands mots pour s’ouvrir à la vraie rencontre. Il a toujours cru à l’autre. Je me souviens que c’est ce qu’il m’a dit, la première fois que nous nous sommes rencontrés, au Quai d’Orsay, à Paris. Il l’a répété plusieurs fois, la paix n’est pas divisible, la terre suppose l’acceptation de l’autre. Inlassablement, il a agi pour la paix. Il a rejeté la violence, sous toutes ses formes. Car elle était, pour lui, l’antithèse de la parole. Elle était ce qui rend la parole impossible. Pire, elle est ce qui la prive de sens.

Nous pouvons essayer de réunir ces trois facettes. En définitive, je crois en effet que Mahmoud Darwich a été, au sens plein du terme, un passeur. Tous les grands poètes sont de tels passeurs. Il a été passeur, parce qu’il connaissait la frontière. Il l’avait éprouvée, elle l’avait éprouvé. Il connaissait celle qui tranche et qui blesse. C’est celle, hérissée de postes de contrôle. Mais il connaissait aussi cette autre frontière qui est contact et rencontre. Celle qui est la chaleur d’une peau entre les hommes. Mahmoud Darwich a été poète, mais il a été Homme avant tout.

 

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Rencontre avec Zao Wou-Ki et Pierre Soulages

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40 ans après la Lune, quel défi pour l'humanité? (Site internet, juillet 2009)

Le temps des grandes aventures collectives est-il fini ? Je ne le crois pas, car c’est l’antienne qui revient au lendemain de toutes les grandes conquêtes. Le dépassement des limites autant que l’esprit d’invention s’ancrent au plus profond de la destinée humaine. Nous ne pouvons faire autrement : nos racines plongent dans notre avenir.

Mais je crois cependant que nous avons changé d’époque. Le sens de la conquête s’est modifié. Il ne s’agit plus de partir à l’assaut de nouveaux territoires. Cinq siècles de grandes découvertes, de mondialisation hémiplégique exclusivement occidentale et d’épuisement d’un monde infini sont en train de s’achever. Nous entrons dans le temps de la maturité. L’enjeu c’est désormais moins la conquête que la responsabilité et la maîtrise de nos forces.

Responsabilité de soi tout d’abord car il reste un continent presque inconnu c’est celui de l’humanité, de sa capacité à dépasser ses passions et ses haines pour trouver en elle-même les ressorts de l’édification d’une authentique cité des hommes. Il nous faut apprendre à préserver ou à établir les grands équilibres, à assumer la responsabilité attachée à la maturité. C’est une chose que l’humanité ait conquis le monde, c’en est une autre de le gouverner, en s’appuyant sur une légitimité réelle fondée sur des principes enfin universels.

Responsabilité envers notre monde également. De nouvelles relations à notre environnement doivent être inventées, tout le monde s’en rend désormais compte, de nouvelles limites technologiques peuvent être dépassées pour dompter les énergies de la fusion nucléaire par exemple.

Est-ce si différent d’un départ pour la lune ? C’est aussi une aventure collective, c’est aussi un puissant appel aux capacités d’imagination, de connaissance, d’organisation collective. Cette fois, pourtant, l’aventure ne concerne pas seulement trois ou quatre champions nationaux, mais l’ensemble des pays du monde, sans séparer de façon définitive acteurs et spectateurs de l’exploit.

Quelle pourrait-être la réalisation collective symbolique d’une telle énergie née de la diversité, de la coopération, d’un nouvel et authentique universalisme ? Pourquoi ne pas accomplir un pas emblématique à l’échelle mondiale pour déclarer l’eau bien public mondial et en réguler les usages. Offrant ainsi l’accès à tous du bien le plus essentiel et mettant ne œuvre concrètement les règles d’un partage durable.

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L’Europe à l’heure du défi bulgare (La Tribune, juin 2009)

Dans l’indifférence générale se noue aujourd’hui une grave crise entre l’Union et un de ses Etats membres.

La Bulgarie, le pays le plus pauvre de l’Union, est à la croisée des chemins. Face aux défis de la corruption et du crime organisé, les progrès restent trop lents. La Commission, dans le cadre du suivi de l’adhésion, a marqué son inquiétude, jusqu’à suspendre, en juillet 2008, une partie des fonds européens.

L’UE ne peut s’accommoder d’un tel risque, pour la Bulgarie comme pour elle-même.

Il y a urgence à trouver une réponse satisfaisante à partir d’un diagnostic lucide. C’est ce que s’est attaché à faire le Comité Consultatif International pour la Bulgarie, composé de personnalités européennes indépendantes qui vient de remettre son rapport « La Bulgarie dans l’UE : construire un nouveau partenariat » au gouvernement bulgare.

Les efforts bulgares ne sont pas encore à la hauteur des enjeux. Depuis 2007, les réformes n’ont pas permis de surmonter les défaillances des administrations et du système judiciaire. De nombreux scandales ont éclaté. Les cours peinent à poursuivre les suspects.

Les besoins sont immenses : une restructuration cohérente des administrations et de la justice pour garantir indépendance et efficacité, une réhabilitation du service public autant qu’une meilleure coordination entre justice et forces de police. Un Pacte National de Tolérance Zéro à l’égard de la corruption mobiliserait les énergies et les moyens avec le pilotage d’une agence indépendante. Le Gouvernement élu en juillet devra définir un consensus national sur des réformes en matière d’éducation, de compétitivité et de lutte contre la corruption. Il faut un bouleversement des mentalités, après des décennies de dictature et une transition démocratique inachevée.

L’enjeu central est l’émergence d’un véritable intérêt général bulgare. Tout jugement sur la situation de l’Etat de droit en Bulgarie ne peut faire l’impasse sur les réalités économique, culturelle et sociale. Le temps est le facteur clé.

L’approche de la Commission Européenne a été vigilante et exigeante. Mais elle reste insuffisante, car le Mécanisme de Coopération et de Vérification a favorisé, ces dernières années, une lecture strictement technique et statique d’une situation dynamique. Ce faisant, les critiques de la Commission ne sont pas sans se heurter à des incompréhensions.

Les interdépendances sont désormais un fait. L’engagement décisif a eu lieu lorsque l’adhésion bulgare a été acceptée. Le choix d’une adhésion rapide relevait du pari politique. Les faiblesses de l’Etat bulgare étaient connues. Les enjeux stratégiques et énergétiques ont été déterminants. Il faut aujourd’hui assumer ces choix. Rien ne serait pire que de rester au milieu du gué.

Face aux difficultés de la Bulgarie, toute stratégie rigide de l’Europe serait vouée à l’échec.

Le suivi et l’évaluation, dans le cadre technique existant, sont nécessaires, mais sans s’enfermer dans une logique de sanction risquant de placer la Bulgarie en marge de l’UE.

Une prise en compte des difficultés spécifiques de l’Etat bulgare est souhaitable, mais sans laisser prospérer des menaces criminelles et politiques qui affecteraient l’ensemble des Balkans orientaux.

La seule solution est d’accompagner les changements, sans oublier que nous avons, nous-mêmes, parfois mis des décennies à les accomplir. Il faut repenser les mécanismes de coopération pour faire face à la situation inédite d’un Etat nécessitant une reconstruction, avec tous les partenaires, la Bulgarie, la Commission, les Etats membres ainsi que le Parlement européen.

Cette voie offre seule à l’UE des garanties pour son propre avenir, tout en donnant une chance à la Bulgarie de se saisir du sien. Inventons un nouveau partenariat orienté vers l’intégration à long terme.

En renouant les fils du dialogue grâce à une mise à plat des mécanismes existants, par de meilleurs échanges entre la Bulgarie et la Commission.

En développant de nouvelles coopérations entre Etats membres, sur le modèle de certains échanges fructueux dans le domaine policier.

En établissant un calendrier ambitieux échelonnant les objectifs de manière réaliste.

L’essentiel, c’est de fonder ce partenariat sur des principes solides, partagés et valables à l’avenir dans des situations similaires.

La confiance, tout d’abord, car il convient d’éviter toute stigmatisation contre-productive et de garantir la libre mise en œuvre des politiques nécessaires par l’Etat membre.

La responsabilité, ensuite, car chaque pays doit être mis face à ses engagements. L’Union doit veiller à ne pas se substituer à des nations défaillantes.

La solidarité, enfin, car le pacte d’adhésion lie toutes les parties. Il crée une communauté de destin. La convergence économique et politique est l’intérêt supérieur de l’Union. Cela suppose un effort financier accru en faveur de l’Europe de l’Est.

L’Europe s’écarte de son modèle original, en raison d’approches techniques et d’égoïsmes nationaux. La construction européenne s’est, depuis les Pères fondateurs, souciée de faire émerger un intérêt continental. Celui-ci ne peut exister en l’absence d’intérêts nationaux clairement assumés. Aider à construire un intérêt général bulgare, c’est ainsi contribuer à la consolidation de l’Union, au renforcement du dialogue avec les voisins orientaux et à une confiance retrouvée dans l’avenir de l’Europe.

Ne nous y trompons pas. L’exemple de la Bulgarie est révélateur des défis que doit relever l’Europe, en son sein comme dans son voisinage. Son intégration réussie conditionne tout nouvel élargissement et tout approfondissement. Elle sera exemplaire de la capacité de l’Europe à passer un nouveau cap de son histoire.

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L’Europe est l’avenir du monde

La campagne européenne n’est pas à la hauteur des enjeux. Or, le besoin d’Europe n’a jamais été aussi évident. Notre modèle social, si critiqué par le passé, permet d’amortir le choc de la récession mondiale et stabilise tant bien que mal les économies. Notre tradition de dialogue est légitimée par la multipolarité. Pourtant, jamais l’Europe n’a été autant en proie au doute.

L’Union européenne traverse sa crise la plus grave. L’illusion d’optique d’une stabilisation apparente, avec la possible ratification du traité de Lisbonne et le volontarisme de la Présidence française, n’y change rien. Les Européens doutent de son efficacité parce qu’elle est divisée et corsetée de procédures complexes et opaques. Ils doutent de sa légitimité quand des approches techniciennes et souvent dogmatiques dominent au sein de ses institutions. Ils doutent même de son identité lorsqu’ils se tournent vers le passé pour y chercher des racines univoques ou des remparts naturels.

 

Les causes du blocage sont multiples.

La première est une erreur d’appréciation historique. Avec la chute du mur, les moteurs de la construction européenne se sont éteints mais on a feint de ne pas s’en apercevoir. L’adhésion des pays d’Europe de l’est s’est nourrie de malentendus, devenus avec le temps des facteurs de divisions ; la réunification allemande a déséquilibré l’ancienne Europe, fondée sur les prémisses d’une Allemagne rhénane et faible, sans en inventer une nouvelle ; la fin de la menace soviétique n’a pas été exploitée pour refonder la relation transatlantique, ni repenser le lien avec la Russie.

L’Europe souffre également d’un déséquilibre structurel car ce déni de l’histoire a mené à des élargissements successifs et précipités au détriment de son approfondissement. La volonté d’affichage a livré les institutions à la loi du nombre. Or, cette loi reflète la loi du marché car elle implique une gouvernance automatique et a minima. Elle consacre aussi la loi du plus fort dans la mesure où cette Europe tend d’autant plus à s’aligner sur la puissance américaine que ses divisions l’obligent à vivre au rythme chaotique des coalitions et des tractations entre Etats.

Enfin, il y a un basculement mondial. Les défis auxquels la construction européenne se trouve confrontée ont changé de nature. Essentiellement intérieurs du temps de la réconciliation, de la reconstruction et du marché unique, ils sont désormais surtout extérieurs. Or, il faut prendre l’initiative pour peser sur une mondialisation qui recompose les puissances… mais ne les efface pas.

Nous vivons la fin d’un âge. Orpheline de son idéal, l’Europe doit être refondée, car elle reste une idée neuve. Quoi de plus nécessaire aujourd’hui que l’appui sur les piliers des pères fondateurs : l’apprentissage du partage du pouvoir, le principe de la solidarité entre riches et pauvres et le dépassement des intérêts nationaux dans l’élaboration d’un intérêt général continental ? L’audace de la vision gaullienne lui a légué un autre héritage tout aussi actuel dans l’exigence de l’indépendance. L’Europe est l’avenir du monde.

 

 

Un sursaut est urgent car le monde ne nous attendra pas. Il faut renouer avec la fidélité à l’aventure européenne originale pour être pionniers dans la nouvelle mondialisation. Notre message et notre légitimité sont ces valeurs humanistes qui demeurent le ciment de l’Union et le socle de cette Europe-modèle.

La construction politique européenne est faite de volontarisme. Avant d’entériner tout nouvel élargissement, il faut consolider les fondations et retrouver l’effet d’entraînement d’un moteur. La France pourrait donner l’exemple avec l’Allemagne en mettant en œuvre, comme je l’ai proposée en 2003, une Union d’Etats assurant un rapprochement fiscal et social ainsi que la convergence concrète et durable de politiques nationales dans les domaines d’avenir : l’énergie, où la sécurité d’approvisionnement exige la mise en commun de nos besoins, l’environnement, l’éducation ou l’innovation. Les divergences croissantes font aujourd’hui du renouveau du couple franco-allemand une ardente nécessité.

En matière industrielle, Paris et Berlin devraient relancer de grands programmes industriels. Galileo, le futur GPS européen, doit être suivi d’autres programmes dans le domaine des infrastructures, des énergies renouvelables ou de l’aéronautique, pour faire face à la compétition économique mondiale.

Une telle initiative n’a de sens que si elle se veut souple et ouverte aux autres Etats désireux de s’y joindre pour avancer plus vite, tandis qu’un effort accru de solidarité envers l’Europe de l’est doit en parallèle assurer la solidarité du centre et des périphéries.

 

L’Europe, et plus particulièrement la France, incarne aussi un modèle social, un « capitalisme à visage humain » au point d’équilibre entre la liberté d’entreprendre et la justice sociale. Il exige aujourd’hui d’être renforcé, modernisé, diffusé à l’échelle du continent. Renouvelons en profondeur la logique des fonds structurels pour faire de l’Europe un acteur stratégique de la redistribution entre riches et pauvres, en faveur à la fois de secteurs industriels en difficulté et de populations fragiles, via un plan européen pour l’emploi des jeunes par exemple.

 

L’Europe-modèle, c’est enfin le dialogue et le rapprochement des cultures fondé sur la mobilité de la jeunesse et le respect de la diversité. Il serait souhaitable d’élargir les programmes ERASMUS à l’enseignement professionnel et à la formation continue.

 

Nous pouvons reprendre l’initiative en lançant de grands projets fédérateurs, précurseurs d’un gouvernement économique européen.

Une Europe de la régulation permettrait de réfréner les dérives du marché avec la création d’une Autorité de contrôle des établissements financiers.

Une Europe de l’innovation donnerait naissance à un espace intégré de la recherche et de l’enseignement supérieur avec des universités européennes et une Agence de l’Innovation articulée autour de grandes filières prioritaires.

Une Europe de la protection doit également émerger à travers la constitution de véritables services publics européens, une convergence des politiques sociales et la recherche de minima sociaux.

 

 

Le défi de cette Europe refondée est à l’horizon du monde. L’Europe-puissance peut être le fer de lance de la multipolarité. Son absence ouvre la voie à la « Chimérique », un duopole économique sino-américain où l’atelier du monde hyper-épargnant s’accorderait avec le consommateur hyper-endetté d’outre-Atlantique. Son silence encourage aussi les logiques de blocs, comme avec la Russie qui restaure son ancienne zone d’influence.

Dans ce monde dangereux, un pôle de puissance européen capable d’organiser un vaste espace de sécurité, de prospérité et de stabilité réunissant près d’un milliard de personnes s’avère indispensable avec l’émergence de l’Inde et de la Chine. Sans pour autant préjuger de l’issue des négociations d’adhésion, la Turquie aurait vocation à rejoindre, ainsi que la Russie et les pays du Maghreb, cette alliance paneuropéenne élargie où les bénéfices des politiques communes pourraient être partagés sans conduire à l’intégration politique, réservée au noyau dur que resterait l’Union.

L’Union pour la Méditerranée exprime, en dépit des blocages actuels, notre responsabilité particulière envers le Sud. Son approfondissement sera crucial pour la gestion des flux migratoires, la maîtrise du risque terroriste et l’approvisionnement énergétique.

L’histoire ne sera écrite en grand que par le partage de la paix et le dialogue des cultures. Avec la Russie, nous avons en commun un passé conjuguant le rêve de l’universel et le deuil des Empires. Persister à lui tourner le dos revient à la précipiter vers ses démons nationalistes et la reconstitution d’un bloc rival à l’Est.

 

Pour devenir enfin une réalité, l’Europe ne peut se replier sur son aire. Elle a vocation à contribuer au règlement des crises comme médiatrice et comme actrice d’une nouvelle gouvernance mondiale.

Elle peut promouvoir la stabilité financière, en assignant un rôle accru à l’euro face à la prééminence du dollar.

Elle a une chance de contribuer davantage à la paix en préservant son indépendance et en s’appuyant sur son exemplarité pour conjurer les logiques de force. Saisissant l’occasion historique de l’élection de Barack Obama, l’Europe doit conserver sa relation profonde avec les Etats-Unis, en valorisant les complémentarités d’action pour prévenir toute tentation unilatérale et en devenant une force de proposition sur les grands enjeux, le conflit israélo-palestinien, l’Afghanistan ou l’Iran.

Pour y parvenir, il faut inventer une sécurité européenne indépendante, grâce en particulier à un état-major autonome, une Agence de Défense dédiée à des grands programmes européens et une force de projection rapide.

 

Elle serait légitime pour promouvoir l’équité d’une gouvernance mondiale refondée, par une réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies et par une promotion des organisations régionales.

A l’heure où l’Europe hésite entre repli et fuite en avant, son défi consiste à renouer avec sa vocation pionnière. Antidote à la mondialisation subie, l’Europe choisie doit trouver un second souffle pour construire un nouveau demi-siècle de progrès et de paix.

 

150 150 Dominique de Villepin

Le risque révolutionnaire (Le Monde, Hors-série, 19 mai 2009)

En janvier 1848, Tocqueville prononça un discours prophétique. Le déclin apparent des passions politiques allait de pair avec la montée réelle de l’indignation sociale contre les élites : « Ne croyez-vous pas que, quand de telles opinions prennent racine, (…) quand elles descendent profondément dans les masses, qu’elles doivent amener tôt ou tard, je ne sais pas quand, je ne sais comment, mais qu’elles doivent amener tôt ou tard les révolutions les plus redoutables ? » Il quitta la tribune sous les rires de la majorité conservatrice. Un mois après, la monarchie de Juillet n’existait plus.

Existe-t-il aujourd’hui un risque révolutionnaire ? Il y a des peurs. Il y a des désespoirs. Il y a toujours un terreau dès lors que la France s’ennuie, dès lors que la France s’inquiète, dès lorsqu’elle doute de son destin. Face à une crise d’une gravité exceptionnelle, à la crue sans précédent du chômage, souvenons-nous qu’il n’est pas d’exemple dans l’histoire de France d’une dépression économique sans fièvres politiques, de 1789 aux Ligues des années trente en passant par 1830 et 1848.

Il y a bien une prédisposition de la France aux révolutions qui a toujours fait sa singularité. La Révolution française a-t-elle jamais été achevée ? Le débat est plus actuel que jamais. Notre pays demeure hérissé de méfiances et disparate dans ses aspirations.

La France est prompte à s’enflammer parce qu’elle n’a pas été en mesure, en deux siècles, de construire un consensus politique et social durable, rejouant sans cesse les affrontements de son passé.

Les mécontentements s’y transforment facilement en explosions, parce que la société française manque de relais et de corps intermédiaires capables de catalyser le changement. L’effritement d’un syndicalisme toujours faible, le vide laissé par le parti communiste dans sa fonction tribunitienne, l’absence de contrepoids locaux d’envergure sont autant de causes d’accumulation des révoltes.

Notre esprit d’absolu a conduit à la surenchère, à la fuite en avant et à l’intransigeance. Le culte abstrait de la Loi et de l’universel nous a souvent interdit le compromis et le pragmatisme.

Aujourd’hui, cette prédisposition se double de nouvelles vulnérabilités : le sentiment de l’impuissance, le délitement des solidarités et le vide de projet politique.

La France craint d’être dépossédée de son destin. Les grandes ruptures de la génération écoulée – décentralisation, construction européenne, mondialisation – ont fragilisé l’Etat, socle historique de la nation. Elles ont créé une complexité croissante du pouvoir et rogné ses marges de manœuvre. L’Europe et le monde deviennent des boucs émissaires commodes pour une société de plus en plus bloquée.

Les classes moyennes s’affaiblissent et la grande pauvreté se développe, au moment même où l’ascension sociale, par l’école ou par le travail, se grippe. La concentration des richesses aux mains d’une minorité avive le sentiment d’injustice. Au confort annoncé d’un embourgeoisement global s’est substituée une société de la peur, hantée par la précarité et le déclassement, minée par la fracture des générations et le scandale du chômage des jeunes.

Le mécontentement trouve-t-il encore un exutoire pacifique ? La France reste en attente d’un idéal collectif que ne lui apporte plus la politique. L’absence de projet alternatif à gauche, l’échec de l’ultralibéralisme à droite, la laissent sans horizon ni repères. Le déséquilibre institutionnel ne permet plus de servir efficacement l’intérêt général. A l’idéal d’une politique qui agit et qui rassemble, nous avons préféré la rupture en trompe-l’œil de demi-réformes érigées en tableau de chasse médiatique. Il faut sortir de cette dérive parce qu’elle accroît les frustrations et les divisions. Parce qu’elle menace de tuer l’idée même de réforme.

Face à un risque révolutionnaire, la politique ne saurait se réduire à la myopie gestionnaire ou à l’aveuglement courtisan. La lucidité et l’esprit de responsabilité peuvent seuls nous guider vers des réformes justes pour désamorcer les tensions et éviter la violence. Notre histoire nous montre assez qu’une révolution devient vite incontrôlable et ouvre la voie aux pouvoirs autoritaires. Soyons toujours en initiative pour préserver ce bien essentiel qu’est la cohésion du pays.

Il y a eu par le passé des révolutions évitées grâce à l’audace de personnes capables de mener à temps des réformes difficiles. La séparation de l’Eglise et de l’Etat, le Front Populaire, la fondation de la Ve République en sont autant d’exemples.

Il y a toujours eu une capacité de la France au sursaut, à dépasser ses contradictions en s’appuyant sur ses atouts de protection, ses capacités d’innovation ou son ambition universaliste. On l’a vu avec la République de Waldeck Rousseau, comme à la Libération.

L’histoire sourd toujours là où on ne l’attend plus. Peut-être est-ce un nouveau cycle qui s’amorce, relayant celui commencé à Versailles en mai 1789. Aujourd’hui, la révolution s’annonce mondiale. Elle est déjà en cours. Car de grandes transformations se dessinent. Sur la ligne de faille entre Nord et Sud, les frustrations, les désespoirs et les ressentiments s’accumulent. Ils sont répercutés par une conscience mondiale naissante et une interdépendance accrue. La crise économique a révélé la fragilité d’un modèle occidental renonçant à ses idéaux et trahi par la démesure de la spéculation et de l’hyperconsommation. Les centres de pouvoir basculent du Nord vers le Sud, de l’Ouest vers l’Est. Le réchauffement climatique nous met face à l’obligation d’un nouveau partage des ressources.

Aujourd’hui plus qu’hier, la France ne saurait vivre à l’écart du monde. Nous avons été à l’avant-garde de la révolution des libertés, nous devons être aujourd’hui parmi les pionniers d’une nouvelle donne planétaire, en réveillant en chacun de nous le devoir d’engagement.