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1024 522 Dominique de Villepin

Emmanuel Macron is an opportunity for Europe

Dans une interview en anglais pour la BBC, Dominique de Villepin est revenu sur l’opportunité que représente l’élection d’Emmanuel Macron pour l’Europe. Il a également analysé les conditions du succès de la présidence à venir ; la nécessité d’obtenir d’une majorité, la capacité à recréer un couple franco-allemand efficace, la propension à redonner confiance dans le futur…

 

1024 520 Dominique de Villepin

France can write a new page

Dans une interview en anglais donnée à CNN, Dominique de Villepin a souhaité mettre en valeur l’opportunité que représente l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République française, avant de revenir sur les défis qui l’attendent dans les prochaines semaines.

1024 532 Dominique de Villepin

Nous avons une opportunité historique de réconcilier les Français entre eux

Invité d’Yves Calvi dans l’émission « 24h en question » sur LCI, Dominique de Villepin s’est exprimé sur la personnalité d’Emmanuel Macron et sur les défis majeurs qui s’imposeront au cours du quinquennat à venir. Ilen a également appelé à privilégier ce qui unit le peuple français plutôt que ce qui le divise, et à l’esprit de responsabilité du personnel politique, dans l’intérêt de la France

 

1024 527 Dominique de Villepin

Ne laissons pas détruire notre maison commune

– Invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC/BFMTV, Dominique de Villepin s’est exprimé sur les enjeux du second tour de l’élection présidentielle et a appelé à faire le choix d’une citoyenneté debout, qui refuse la résignation pour défendre une certaine idée de la France –

1000 625 Dominique de Villepin

Contre l’esprit de querelle, faisons le choix de la volonté

– Dans une tribune parue dans Le Parisien, Dominique de Villepin s’exprime sur les élections présidentielles françaises –

 

Cette campagne présidentielle aura-t-elle été à la hauteur des enjeux pour le pays?

Evidemment non, cette campagne a été atterrante. Elle a ajouté de la confusion à la confusion, donnant l’image d’un pays en proie à toutes les peurs et toutes les colères et d’une société française sentant terriblement le renfermé. Le rituel démocratique est devenu un risque pour nous. L’heure est à la gravité. Nous avons besoin avant tout de raison, d’esprit de sérieux et de sens des responsabilités. Si nous n’avons pas un Etat solide, la France court toujours le risque de se défaire.

La montée des populismes est-elle inexorable ?

La colère est mondiale. Nous ne sommes pas une île. Nous assistons au reflux global du libéralisme, vingt cinq ans après la chute du Mur de Berlin. Les régimes autoritaires et les hommes forts ont partout le vent en poupe ; regardez la dérive de la Turquie. C’est le rejet de la greffe d’une mondialisation libérale, source d’homogénéisation culturelle et de désordres sociaux. Au Royaume Uni du Brexit, dans l’Amérique de Trump, en France, partout se manifestent les mêmes fractures territoriales, peuple des villes contre peuple des champs, classe centrale contre minorités et élites. Nous devons refuser ces logiques de guerre civile qui ne mènent qu’à l’impasse.

Emmanuel Macron affirme que vous partagez beaucoup de terrains d’entente, que vous vous parlez régulièrement: soutenez-vous le candidat d’En Marche? 

C’est vrai, nous avons une relation amicale et échangeons sur les grandes questions internationales. Il a une vraie qualité d’écoute, une détermination et un sens de l’Etat indispensable. Le choix électoral se ramène à une offre simple. D’un côté les radicaux qui jurent de renverser la table et la soupière avec elle. De l’autre les partis traditionnels, qui, quelles que soient les qualités des candidats ou des projets, restent prisonniers de leurs divisions et voient le pouvoir comme une rente à partager. Il y a   enfin une nouvelle voie, que veut ouvrir Emmanuel Macron, celle du rassemblement. Contre l’esprit de querelle, faisons le choix de la volonté.

Peut-il répondre à la colère et aux attentes des Français ?

Il y a en effet aujourd’hui un risque majeur de voir la France s’affaisser et pour le prochain président de n’être que le marchepied de la colère. Mais il reste une chance historique de refonder les institutions de la Ve République et de leur réinsuffler du sens. C’est une tâche titanesque. Les présidents successifs s’y sont épuisés, tant les exigences de la conquête du pouvoir sont souvent contraires aux nécessités de l’exercice du pouvoir. Ne nous y trompons pas. Une fois élu, son travail ne fera que commencer. Trois chantiers majeurs l’attendent.

Lesquels ?

Le rassemblement d’abord pour que son mouvement ne soit pas un nouveau parti, lié uniquement par une allégeance personnelle, mais un espace de renouveau et de débat.

La réconciliation ensuite, car il s’agit non de l’emporter contre la France de la peur et de la colère, mais de la ramener au bercail, de lui montrer qu’il y a un chemin commun. Pendant trop longtemps les laissés-pour-compte de la mondialisation et de l’Europe sont restés sur le bord du chemin. Leur donner une place, cela passe par un Etat fort et protecteur, garant de notre unité et porteur d’un esprit de fraternité et d’humanisme.

La réforme enfin, car le pays a besoin de se donner la preuve qu’il est capable de changer. Il ne s’agit pas de brusquer ou de triompher, mais de dégager une nouvelle méthode de consensus autour de larges majorités d’idées sur des sujets cruciaux pour notre vitalité économique – notamment la question du coût du travail et de la fiscalité. Il faut tirer les leçons de ce qui a marché et de ce qui a échoué dans les vingt dernières années. Cela a été mon combat entre 2005 et 2007, avec Thierry Breton et Jean Louis Borloo, lorsque j’étais Premier ministre, sur les deux chantiers prioritaires de la lutte contre les déficits et le chômage.

L’Europe, est redevenue un enjeu de la campagne. Mais plusieurs candidats  ont un projet de rupture avec l’Europe…

On ne décide pas de l’avenir d’un continent sur la base d’un mouvement d’humeur. Soixante ans après le traité de Rome, c’est une question existentielle qui est posée à l‘Union Européenne. Car l’Europe est malade, rongée à l’est par l’illibéralisme traditionaliste, au nord par les pulsions identitaires, au sud par les anti-systèmes. La France est aujourd’hui le principal champ de bataille européen : Frexit n’est pas Brexit. Il n’y a pas d’Europe sans la France. Quant aux plans B et aux rapports de force, on voit où ils ont mené la Grèce. Le nouveau président aura une occasion majeure de relancer le couple franco-allemand, après l’élection allemande de septembre, et, ainsi de relancer l’Europe autour de projets concrets, susceptibles d’être compris par les peuples, et une gouvernance de la zone euro plus efficace. Le sentiment anti-européen est un diable facile à sortir de sa boîte, mais difficile à y faire rentrer une fois élu.

Il aura également été assez peu question de politique internationale. La France joue-t-elle un rôle à sa hauteur sur la scène internationale? Comment le renforcer, ou le restaurer? Son engagement doit-il prendre d’autres formes – vous avez évoqué l’excès de « guerre »? 

A l’heure où nous parlons, la France est engagée sur plusieurs terrains d’opération, un porte avions américain croise vers la Corée du Nord, des troupes de l’OTAN sont renforcées en Europe orientale. Nous avons basculé dans un nouveau monde, multipolaire et menaçant, où apparaissent des lignes de failles entre toutes les puissances, tandis que nationalisme et protectionnisme s’aiguisent. Malheur à ceux qui n’ont ni vision, ni politique, car ils seront la variable d’ajustement. L’Europe est cernée de crises, en Ukraine, en Turquie, en Syrie et en Irak, en Afrique du Nord et nous n’avons pas d’autre stratégie que de parler plus fort que les Etats Unis tout en agissant moins.

Nous sommes à un tournant mondial, un des ces moments diplomatiques où la place des nations se redéfinit pour plusieurs décennies. La France peut contribuer à dessiner la nouvelle carte du monde, elle peut y avoir une place, mais à condition de se donner un cap diplomatique. Elle pèsera toujours plus par le dialogue que par les armes. Il faut pour cela mettre fin à la dérive interventionniste qui a trop longtemps servi de substitut à une diplomatie réfléchie, en limitant l’usage de la force à des cas ponctuels, en dernier recours et avec l’assentiment des Nations Unies. Soyons en pointe de la consolidation des Etats, face à l’épidémie d’Etats faillis, afin d’enrayer la violence et le terrorisme qui y prospèrent.

La vocation de la France ce n’est pas de propager l’esprit de guerre. Car je veux le répéter encore, la guerre ne nourrit que la guerre. La vocation de la France c’est l’indépendance et l’équilibre, c’est de parler à tout le monde dans un esprit de responsabilité. Deux exemples : en Europe Orientale, nous pouvons prendre l’initiative d’une conférence dessinant une nouvelle architecture de sécurité avec la Russie. Vers l’Afrique, c’est notre devoir et notre intérêt de tendre la main, au nom des liens entre les peuples. A l’image de ce que la Chine a engagé avec la nouvelle route de la soie, nous devons proposer un grand projet de partenariat à l’Afrique et au Maghreb, avec l’Union Européenne, à la fois économique, politique et culturel.

Le nom de De Gaulle est revenu sans cesse dans la campagne, dans la bouche de la plupart des candidats: qu’est ce que cela vous inspire ?

En tant que gaulliste, je ne peux que m’en réjouir, mais je ne suis pas dupe, la référence au général de Gaulle, c’est la pantoufle de verre que l’on cherche à faire enfiler à tous les candidats. Plus on en parle et s’en réclame, d’un bout à l’autre du spectre, de Jean Luc Mélenchon à Marine Le Pen – plus son absence se fait sentir. C’est au fond la statue du Commandeur d’institutions détournées de leur esprit – par les primaires, par le quinquennat, par les partis. Nous sommes à un moment de refondation comparable à 1958.

Quel avenir voyez-vous au parti Les Républicains? 

La droite républicaine a besoin d’une colonne vertébrale. Face à la recomposition politique en cours, les tentations de durcissement, dans les discours ou dans les alliances, risquent d’entretenir une spirale de radicalisation et beaucoup de mes amis politiques, aujourd’hui déjà, peinent à se retrouver dans leur propre famille. Il y a un travail de clarification et de modernisation indispensable.

Si Emmanuel Macron est élu président de la République, pourriez-vous travailler avec lui? 

Je suis un homme libre et je le resterai.

 

20 avril 2017, Le Parisien

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L’avenir de la paix

Invité par l’Institut Diderot à livrer ses réflexions sur la politique étrangère de la France, Dominique de Villepin a donné une conférence sur le thème de « l’avenir de la paix ». Il y développe une analyse des principales crises de notre temps, et des propositions pour parvenir à instaurer davantage de dialogue et de stabilité dans ces régions.

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La grande utopie de Kijno

Dominique de Villepin a assisté au vernissage de l’exposition « La grande utopie de Kijno », qui se tient à Saint-Germain-en-Laye du 18 mars au 4 mai 2017, pour laquelle il a prêté quelques oeuvres du peintre dont il était proche

 

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La politique étrangère de la France

Lors d’une conférence-débat donnée à Sciences Po aux côtés d’Alain Juppé et de Hubert Védrine, Dominique de Villepin est revenu sur les grands défis auxquels la politique étrangère française devra faire face à l’issue des élections

 

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On ne joue pas avec la parole donnée, on ne joue pas avec la rue

Invité de Jean-Jacques Bourdin sur RMC/BFMTV, Dominique de Villepin estime que la campagne menée par François Fillon prend une tournure aventureuse, alors que la montée des populismes invite partout à la prudence

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La diplomatie, c’est tout le contraire d’une utopie

– Dans un entretien pour la revue Philitt, Dominique de Villepin revient brièvement sur certaines thèses et idées développées plus amplement dans son dernier ouvrage, Mémoire de paix pour temps de guerre 

PHILITT : Votre dernier essai Mémoire de paix pour temps de guerre est un vadémécum pour la paix dans lequel la diplomatie apparaît comme la clef afin de sortir des crises de notre monde. Ne craigniez-vous pas d’apparaître comme utopique dans une époque secouée par la guerre ?

Dominique de Villepin : Selon la formule d’Oscar Wilde, le progrès ne serait que l’accomplissement des utopies ! Dans un monde qui s’abandonne sans cesse à l’enivrante folie de la guerre, nous avons en réalité plus que jamais besoin de diplomatie. Ne serait-ce que parce qu’elle constitue le premier bouclier d’un pays ; elle garantit en amont la sécurité de l’État, pouvant tour à tour l’exposer ou le protéger. Elle a donc un rôle fondamental, d’autant plus qu’elle conditionne à l’international la perception de l’image des États par les opinions publiques. La diplomatie, c’est tout le contraire d’une utopie, ce sont des initiatives et des propositions concrètes qui ont pour but de faire bouger les lignes. Cela nécessite de parler à tout le monde et de porter un discours qui soit guidé par l’action et non par l’idéologie. Cela suppose de croire en la valeur de l’exemplarité ; il ne faut pas sous-estimer l’effet d’entraînement que peut avoir la diplomatie.

La véritable utopie se situerait plutôt du côté de ceux qui pensent que la guerre et les politiques de sanctions peuvent porter leurs fruits. Or, comme on a pu le voir avec l’Iran ou avec la Russie, les politiques de sanctions ont tendance à durcir les gouvernements et à renforcer l’adhésion des populations aux régimes autoritaires. Et il suffit de passer en revue les interventions militaires des dernières décennies pour se convaincre de leur caractère chimérique. Je crois qu’on fait fausse route à force de mener des guerres sans stratégie politique, et qu’il faudrait plutôt privilégier une logique de partenariat et de dialogue susceptible de créer de la stabilité en forgeant des ponts entre les peuples et les cultures. C’est d’abord l’absence de perspectives politiques qui condamne à la guerre, d’où l’importance primordiale du travail inlassable des diplomates. Si la paix demande bien plus de courage et d’exigences que la guerre, elle n’en demeure pas moins un horizon nécessaire et accessible.

Avec l’arrivée de Donald Trump et sa volonté clairement annoncée d’être en rupture avec la traditionnelle politique américaine vis-à-vis de l’Europe, quelles actions préconisez-vous au niveau européen face à cette nouvelle donne ?

C’est précisément l’occasion pour l’Europe de tout remettre à plat. Il lui est vital de profiter à la fois du Brexit et de l’élection de Donald Trump, pour se repenser, se renouveler et se moderniser. Ces deux événements doivent provoquer un électrochoc salvateur et nous permettre de nous recentrer sur nos valeurs et nos ambitions. Alors que Donald Trump semble prêt à remettre en cause le libre-échange, nous devons au contraire réaffirmer notre attachement au mouvement d’ouverture du monde. Sur le plan commercial, rien ne nous empêche de demander que soient intégrées dans les traités de libre-échange des clauses sur l’emploi, l’environnement ou d’exiger la mise en place de barrières douanières temporaires pour protéger des secteurs menacés.

Face au nouveau positionnement diplomatique américain très hostile à l’égard de l’Iran, l’Europe doit défendre la signature de l’accord sur le nucléaire de juillet 2015 avec Téhéran et encourager la continuité du processus d’ouverture qui est à l’œuvre dans le pays. Retrouver une certaine forme d’indépendance, cela passe aussi par la remise en cause de l’hégémonie du dollar et du privilège juridique qui lui est lié, lequel permet à la justice américaine de poursuivre toute entreprise qui effectue des transactions avec cette devise. L’occasion nous est également donnée de repenser le rôle et l’efficacité de l’OTAN. L’élection américaine pourrait permettre un véritable débat transatlantique pour renégocier le traité de 1949. Nous devons assumer une réelle défense collective tout en évitant un engrenage militaire qui pourrait surgir notamment en Europe de l’Est. Il s’agirait de rééquilibrer l’alliance entre un pilier nord-américain et un pilier européen. En cas de refus, il nous faudra faire preuve de lucidité et quitter un système qui offre moins d’avantages que de risques et contraintes. Il faudra également revoir la stratégie européenne vis-à-vis du voisin russe, qui s’est avérée jusqu’ici contre-productive, ce qui passe par la prise en compte des appréhensions qui existent aussi en Russie.

Enfin, d’autres chantiers restent à explorer si l’on souhaite favoriser l’émergence d’une Europe de la Défense : la mutualisation des équipements de défense ; le développement de l’interopérabilité et la création d’un véritable État-major européen ; la redéfinition des mandats de l’Eurocorps, la création de forces européennes d’interposition dédiées à la sécurisation de zones humanitaires refuge dans les régions en crise…

Vous avez affirmé récemment sur France culture que « La réflexion politique et la réflexion diplomatique sont éclipsées par l’action militaire, et ça c’est un signe d’un affaiblissement profond de la France dans le monde. » Comment redynamiser la politique étrangère de la France et lui donner plus de poids sur la scène mondiale ?

Ces dernières années, la France a commis l’erreur de privilégier trop souvent l’outil militaire en lieu et place de l’outil politique qu’est la diplomatie. Le Ministère de la Défense a pris le pas sur le Ministère des Affaires étrangères, notamment sur le terrain africain, avec l’issue que l’on connaît en Libye, au Mali et en Centrafrique. Au Moyen-Orient, le pari qui a été fait sur la chute rapide de Bachar al Assad n’aurait jamais dû entraîner dans le même temps un refus systématique de parler au régime syrien. C’est là un manque de réalisme, qui relève davantage du positionnement idéologique que d’une logique politique assumée. Changer un régime, aussi mauvais soit-il, et qui plus est par la force, ne constitue pas une solution.

Il nous faut préférer la diplomatie à la gesticulation guerrière et retrouver le message d’indépendance et de liberté de ton qui était celui du général de Gaulle. La France doit parler à tout le monde, mais aussi ancrer sa diplomatie dans l’action, et non dans le seul commentaire, spectateur des désordres de notre temps. Cela suppose de renouer avec notre connaissance du terrain, à l’appui de notre réseau d’ambassades exceptionnel et des nombreux travaux menés par nos chercheurs à l’étranger. Pour que sa voix porte à nouveau, la France doit retrouver un esprit d’initiative, capable de porter une diplomatie de projets. Il y a notamment un grand partenariat entre l’Afrique et l’Europe à construire au cours de la prochaine décennie, à l’image de ce que fait la Chine en développant la Nouvelle Route de la Soie comme un outil de stabilisation de l’Asie centrale et du Caucase. Notre diplomatie doit travailler à développer et renforcer les liens politiques, économiques et culturels nous unissant à l’Afrique, avec laquelle nous pouvons partager un avenir commun et plus seulement un passé passionnel et douloureux.

Vous évoquiez sur France Inter « l’absence de vision politique actuelle et une situation de défaillance de démocratie ». Selon vous, comment sortir de la crise politique que traverse le pays ?

La défaillance de la démocratie libérale a pris un tournant manifeste l’an dernier avec le Brexit et l’élection de Donald Trump. La crise de confiance qui s’est instaurée entre les peuples et le système politique pourrait bien être durable. Il faut dès lors être capable d’effectuer un diagnostic efficace : nos démocraties s’affaiblissent parce qu’elles ont cessé de produire du politique. Cette dépolitisation, c’est celle des élites internationales qui ont cru à la fin du politique et à la fin de l’histoire. Au politique, on a préféré l’hyperlibéralisme et ses lois économiques complexes, mais loin d’être infaillibles. Depuis la crise de 2007-2008, rien n’a été fait pour prévenir le risque d’éclatement de nouvelles bulles financières. Sans un retour assumé vers plus de politique, nos démocraties ne parviendront qu’à frustrer davantage des populations qui ne se sentent plus ou mal représentées, et qui ne croient plus en un système incapable d’offrir des perspectives d’espoir. Or la politique, c’est une espérance. Le risque qui pèse alors sur nos sociétés est bien connu : c’est celui de la dérive autoritaire, sur le modèle des démocraties illibérales qui se multiplient jusqu’au sein de l’Union européenne.

L’urgence, notamment en France, c’est d’être capable de recréer ce lien entre l’État et le citoyen, de restaurer la confiance en nos valeurs et en notre système politique. Nous devons pour cela remettre le service public au centre de nos préoccupations et lui donner les moyens de ne pas abandonner des pans entiers de la population française, en particulier dans les campagnes et les petites villes. En France, l’historicité de l’État est centrale, bien plus que chez nos voisins. Il réunit autour de lui les différentes composantes de la nation, auxquelles il offre protection et soutien grâce à son modèle social tant critiqué. Plaider pour un retour du politique, c’est plaider aussi pour un retour de l’État. Il faut pour cela que chacun prenne ses responsabilités, la société civile tout autant que les élites politiques et sociales du pays, car l’État et la démocratie appartiennent à toutes et à tous.

Vous dites être convaincu de la nécessité d’inventer de nouveaux types d’interventions militaires. Sont-ils la solution pour le problème syrien et plus globalement comment voyez-vous la sortie de cette crise ?

Je me suis en effet prononcé pour un usage limité de la force, par le biais d’interventions ponctuelles, dotées d’un objectif politique préalable clair et circonscrit. L’expérience montre que toute opération militaire de grande ampleur avec déploiement massif de troupes au sol, finit par apparaître comme une invasion aux yeux des populations locales. S’il faut rendre hommage à nos armées pour le travail qu’elles accomplissent au quotidien, les interventions militaires traditionnelles ne sont pas à même de préparer la paix parce que, la plupart du temps, elles ne s’accompagnent pas d’une stratégie de paix concomitante. Apprendre à s’interposer efficacement, à construire voire dans certains cas à imposer la paix, voilà les défis qui attendent les armées de demain et notamment l’armée française. En Syrie, je reste persuadé que la solution sera d’ordre politique et non militaire. Certes, l’intervention russe a changé la donne et a pu plaider en faveur de l’usage de l’outil militaire en Syrie. Pour autant, elle n’a fait que servir les intérêts russes et se limitera à la défense du régime syrien. Elle est l’exemple type, quand bien même cynique, d’une intervention militaire ponctuelle guidée par une solide stratégie politique. Si elle semble fonctionner, c’est parce qu’elle s’accompagne d’une vision politique : aujourd’hui la Russie, avec l’Iran et la Turquie, est aux avant-postes pour parvenir à une résolution politique du conflit.

Néanmoins, la crise syrienne risque de se prolonger tant que l’on ne prendra pas en compte le peuple syrien dans l’équation et que l’on refusera d’engager un dialogue avec le régime et ses alliés pour trouver les voies d’un règlement et d’un arrêt des bombardements. Aujourd’hui, la Syrie est prise en otage par ses voisins : l’Iran, la Turquie, les forces kurdes, la Russie, l’Arabie saoudite. Pendant ce temps, le peuple syrien est oublié, mais il ne cessera pas de se faire entendre. Il y a un risque de radicalisation durable des populations marginalisées par l’évolution actuelle du conflit, à l’image de ce qui s’est passé en Irak après 2003 et que l’on a redécouvert avec violence en 2014. Il faut pour cela mobiliser les acteurs régionaux, et la France a d’une part un rôle de médiateur à jouer – auprès de l’Arabie Saoudite notamment – mais également un rôle de soutien auprès des pays frontaliers que sont le Liban ou encore la Jordanie, afin que le sort du peuple syrien redevienne la priorité majeure.