• 13 décembre 2013

Pourquoi faut-il réformer les agences de notation

Pourquoi faut-il réformer les agences de notation

1024 738 Dominique de Villepin

– Dans une tribune publiée par The Huffington Post, Dominique de Villepin insiste sur la nécessité d’une réforme des agences de notation financière –

Le monde des agences de notations est à un moment décisif de son existence. Dans un récent rapport, l’Autorité européenne des marchés financiers (AEMF) a de nouveau souligné les failles importantes des agences de notation d’avant la crise économique. Les notations financières des trois grandes agences -Moody’s, Fitch et Standard & Poor’s- sont fréquemment critiquées à cause de leurs conflits d’intérêts potentiels, de leur manque de confidentialité et de leur piètre qualité.

Parallèlement, de nombreuses institutions de Chine et de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est, d’Inde et d’Afrique ont souligné la nécessité de créer un nouveau modèle qui brosserait un portrait plus fidèle de l’économie mondiale. Tout cela met en lumière la nécessité d’une réforme dans ce secteur, car ce n’est rien de moins que la croissance mondiale dans son ensemble qui est en jeu. Il y a deux raisons à cela; l’une concerne le passé, l’autre concerne l’avenir.

La raison concernant le passé est simple: la crise de 2007-2008 nous a clairement démontré l’ampleur de l’impact qu’une mauvaise notation financière peut avoir. Les agences de notation ne sont pas à l’origine de la crise, mais elles en ont sans contredit été les catalyseurs. Elles ont ralenti la prise de conscience des dangers à venir avant la crise en sous-évaluant les risques sur les marchés financiers et leurs produits dérivés. Une fois la crise en place, les agences ont précipité la chute d’entreprises et d’États en les déclassant rapidement, ce qui a entraîné une surévaluation du risque.

En résumé, les agences de notation ont fait exactement le contraire de ce qu’elles sont censées faire, et si nous désirons un monde financier plus stable, nous devons procéder à une réforme de la notation financière. Les solutions sont simples et à portée de main: là où, de nos jours, on retrouve des idéologies et des monopoles, nous devrons les remplacer par le pluralisme et l’objectivité. La deuxième raison concerne l’avenir de l’économie mondiale. Nous entrons dans l’ère d’une économie globale plus complexe et plus diversifiée dans laquelle l’évaluation du risk sera encore plus cruciale à la croissance et à la stabilité qu’elle l’est aujourd’hui.

Le système de notation financière en place a été adapté aux économies occidentales ou à tout le moins dominées par l’Occident, mais la montée des économies des pays en émergence a changé la donne. Le grave déséquilibre du crédit à travers le monde où toutes les liquidités se trouvent dans les pays émergents, qu’on pense à la balance commerciale positive de la Chine, aux ressources naturelles de la Russie, de l’Amérique latine et du Moyen-Orient, tandis que toutes les dettes -privées, des entreprises et souveraines- se trouvent en Occident, en plus du monopole occidental sur l’évaluation du risk rend la situation non seulement injuste, mais terriblement périlleuse.

13 décembre 2013, Huffington Post